par Charles Demoulin
20 septembre 2026
Pas besoin de longuement vous expliquer que la lecture suscite en nous une grande variété d’émotions intenses, allant de l’apaisement le plus profond à la joie, la peur ou la tristesse. Que seront-elles, lors de la lecture des ouvrages que nous vous proposons cette semaine ?
‘Le grimoire des Ensorceleuses’, d’Alice Hoffman chez Verso
Chez les Owens, l’amour a toujours un prix. Tout commence dans une bibliothèque, le lieu idéal pour invoquer les histoires.
Lorsque tante Jet entend le mystérieux scarabée annonciateur de mort, elle comprend qu’il ne lui reste plus que sept jours à vivre. Mais elle n’est pas la seule en danger : la malédiction qui frappe leur famille est déjà à l’œuvre…
Pour sauver un jeune homme condamné, trois générations de femmes, accompagnées d’un frère disparu depuis longtemps, se lancent dans une ultime quête. De Paris à Londres, ils remontent jusqu’à leurs origines et celle de l’Art sans nom, pratiqué autrefois par leur ancêtre Maria Owens.
Tandis que les secrets éclatent au grand jour, Kylie, la fille de Sally, découvre peu à peu qui elle est réellement, et les pouvoirs obscurs qu’elle porte en elle. Et pour briser le cycle qui les hante depuis des siècles, les femmes Owens devront décider ce qu’elles sont prêtes à sacrifier pour ceux qu’elles aiment.
La suite inédite de la saga culte ‘Les ensorceleuses’, à l’occasion de son adaptation et sa sortie au cinéma avec Sandra Bullock et Nicole Kidman. Une saga de sorcières qui n’a pas pris une ride et dont les thématiques résonnent plus que jamais aujourd’hui.
‘Alaska Parano’, de Jake Maynard chez Actes Sud
Venant tout juste de perdre son père dont il n’avait plus de nouvelles depuis des années, Garrett Hastor décide de tout plaquer et échoue dans une usine de transformation de saumon en Alaska, là où son défunt paternel a vécu et travaillé autrefois.
Sur place, il se plonge à corps perdu dans un travail répétitif, harassant, et complote pour devenir superviseur chez Klak Fancy Salmon, la société qui l’emploie, pensant que cela résoudra ses problèmes psychologiques et financiers. Sa vie va enfin pouvoir commencer.
Alors qu’il tutoie l’enfer au sein d’un paysage où le soleil ne se couche presque jamais et où la bruine est quotidienne, dans ce cauchemar d’écailles et de viscères aux allures de camp d’esclavage moderne, où les saisonniers étrangers affluent du monde entier, Garrett paraît bizarrement s’épanouir.
Mais tel le saumon qui, guidé par un inexplicable instinct, parcourt des milliers de kilomètres pour retrouver ses rivières natales, Garrett semble irrésistiblement et intuitivement foncer vers les emmerdes.
Un premier roman qui se présente comme une critique trempée dans de l’acide sulfurique, sur certains systèmes industriels
‘La vie en turquoise’, d’Élise Giraudau chez Solleyre poche
Ellie et Louise sont deux sœurs fusionnelles, l’une sportive et solitaire, l’autre coquette et ultrasociable. Leur vie bascule le jour où Louise apprend qu’elle est atteinte d’un cancer rare des ovaires.
Démunie, Ellie ne sait comment trouver sa place aux côtés de sa petite sœur. Pourtant, elles vont mener avec l’aide de leurs parents, un combat contre cette maladie.
Ce roman à deux voix, inspiré de l’histoire vraie de deux sœurs unies dans une bataille contre la maladie, retrace le quotidien des malades, l’impuissance des aidants, l’humour comme arme de défense, les soignants empathiques, ceux qui feraient mieux de changer de profession, les belles rencontres, les couples qui ne tiennent pas le choc, les amis perdus, les maladresses, l’espoir qui se meurt pour renaître.
Bien sûr, il y a le cancer, mais aussi et surtout l’amour sororal inconditionnel qui transcende et sublime tout.
Un roman de sensibilisation magnifique, qui fait énormément de bien, à recommander à toutes les personnes atteintes par cette maladie, mais aussi et peut-être surtout, à tous ceux et celles qui les entourent et les soutiennent face au ‘crabe’.
‘Hanoi stories’, de Line Papin chez Albin Michel
Une jeune femme sent que la vie lui échappe : aimer, écrire, croire ne vont plus de soi. Lorsqu’on lui pose la question « Qu’est-ce que le bonheur ? », elle est incapable d’y répondre.
Elle se décide alors à quitter Paris pour revenir au Vietnam, le pays de ses origines. Mais comment retrouver sa place quand les autres ont avancé sans vous ?
À Hanoi, elle renoue avec les odeurs, les lieux et les figures de son enfance : son père, dépositaire du passé ; sa marraine, Thi, qui l’initie au bouddhisme ; et Max, son amour d’enfance. Entre filiation, spiritualité et désir, se dessinent peu à peu les contours de sa quête.
Au-delà d’une quête de soi, au-delà d’être une lecture ample, sensorielle et vibrante, ‘Hanoi stories’ est une véritable déclaration d’amour au Vietnam et aux histoires de son peuple. Une lecture empreinte d’une vive émotion.
‘Le garçon qui a perdu la guerre’, de Julia Navarro chez HarperCollins
Madrid. Hiver 1938. Clotilde, illustratrice pour la presse républicaine, assiste aux derniers mois de la guerre civile. Alors que la chute de la République est imminente, son mari, militant communiste, décide d’envoyer leur fils Pablo, cinq ans, à Moscou. Cela contre la volonté de Clotilde.
Le commandant Boris Petrov se charge de ce voyage à travers une Espagne en feu, pour conduire l’enfant en Union soviétique, où Staline façonne un nouveau pays.
Moscou. Printemps 1939. Pablo est accueilli par une famille qui le recueille avec émotion. Anya l’élève comme son propre fils et lui transmet son amour de la musique et de la littérature, malgré un régime où ces passions sont jugées suspectes.
Tandis que Clotilde lutte, de loin, pour récupérer son enfant, Pablo grandit entre deux femmes, deux pays et le reflet des idéologies totalitaires qui ont marqué le XXe siècle.
Un enfant. Deux pays. Deux idéologies. Une fresque romanesque ambitieuse et bouleversante qui rappelle que, même au cœur des pages les plus sombres de l’Histoire, la vie trouve toujours un chemin.
Vous allez adorer ce récit superbement écrit par une Julia Navarro qui jongle entre réalité et fiction, avec ces périodes à la fois sombres et tendues de l’Histoire de l’Espagne de Franco et de la Russie de Staline. Sans oublier cette émotion dans laquelle baignent les quelques 665 pages de ce récit prenant au possible.
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