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Gaëlle Bracker : La force de surmonter

par Elodie Lambion

10 novembre 2022

Son histoire personnelle assez lourde, Gaëlle Bracker, infirmière, la raconte à sa fille sous la forme d’un conte de fées. Encouragée par ses amis, elle l’édite : « Les aventures de July ». Ayant un sentiment d’inachevé, elle se lance dans la rédaction d’un second roman, destiné aux adultes, alliant fiction, humour et épreuves de la vie : « Un jour, ton prince viendra… ou pas ! » Avec sincérité et humilité, elle se livre sur les thèmes, parfois rudes, qui l’ont inspirée.

Déjà auteure du conte destiné aux enfants « Les aventures de July », quel a été l’élément qui a déclenché la rédaction de ce second roman ?

J’ai trois enfants. Ma fille, vers l’âge de 4 ans, à l’heure du coucher, a commencé à me poser beaucoup de questions sur ma famille, sur mes parents qu’elle ne connait pas. Je ne savais pas comment lui avancer la chose, car c’est une histoire assez lourde quand même, donc je ne voulais pas qu’elle ait peur, mais je ne voulais pas non plus qu’elle ne comprenne pas. De ce fait, j’ai commencé avec une version conte de fées : « Il était une fois une petite fille coincée dans une grotte gardée par une méchante dragonne… » De fil en aiguille, tous les soirs, je rajoutais des détails. Tandis que ma fille me reprenait souvent en me disant : « Maman, hier, ce n’était pas comme cela ! », j’ai commencé à la rédiger. Après l’avoir passée à une amie au travail, elle m’a conseillé de l’éditer. Cela m’a fait rire au début puis encouragée par mes proches, j’ai tenté l’édition participative. Cela m’a lancée dans le premier livre. Après celui-ci, j’avais l’impression qu’il me restait quelque chose à raconter. J’étais très fiction, j’ai été élevée par « Sex and the City », « Desperate Housewives ». Je voulais raconter un truc à ma sauce, avec un humour un peu décalé. C’est devenu « Un jour, ton prince viendra… ou pas ! »

S’adresser aux enfants puis aux adultes, comment passe-t-on de l’un à l’autre sans trop de difficultés ?

Pour les enfants, j’ai essayé d’écrire comme je parle avec ma fille, c’est-à-dire avec des mots simples tout en mettant des clins d’oeil, des références. Pour le roman destiné aux adultes, j’ai fait comme si je parlais à mes amis. En fait, je n’ai pas réfléchi, je n’ai pas cherché à être une auteure primée, j’ai essayé de rester la plus simple possible comme si j’avais une conversation avec des enfants, puis une avec des adultes.

Le lien mère-fille est omniprésent dans vos livres. Comment justifiez-vous la présence de ce thème ?

C’est une sorte de thérapie pour moi. Il n’y a pas de maman parfaite, c’est un mythe. Moi, ce sont mes enfants qui m’apprennent à être maman. Je n’ai pas de repères « sains », car j’ai vécu une enfance très maltraitante. Je suis infirmière et je crois que quand on fait ce métier, c’est qu’on a besoin de protéger les autres, car on ne l’a pas été. J’ai souvent entendu la phrase : « Je ne sais pas ce que c’est que d’être une bonne mère ? ». Moi non plus. De ce fait, mon roman est peut-être un moyen de rassurer les femmes autour de moi. Lorsque j’ai accouché, on m’a donné une phrase que je n’oublierai jamais : « Tant que tu essaies de faire du bien à ton enfant, tu ne peux pas te tromper ». J’espère que mon livre va déculpabiliser les femmes. C’est bien si celui-ci peut aider à ouvrir les esprits sur ce que c’est que d’être une mère. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas eu une enfance heureuse, une bonne relation avec ses parents qu’on ne sera pas une bonne mère !

En quoi est-ce primordial de s’entourer des bonnes personnes comme vos héroïnes July et Emma sont amenées à le faire ? 

L’amie, elle existe en vrai, moi, je l’ai même en plusieurs exemplaires. J’ai la version blonde, la version brune (rire). J’ai souvent eu des hauts et des bas dans ma vie, j’ai rencontré des personnes très malintentionnées qui m’ont fait tomber. J’ai mis du temps à me relever, mais les épreuves que j’ai vécues m’ont montré qui était là pour moi. J’ai une chance extraordinaire, car dans les bons et les mauvais moments, j’ai eu toute une équipe qui est autour de moi. Mes proches mettent plus d’espoir dans ce que je fais que moi-même. Je ne les lâcherai jamais, je serai toujours là pour eux. Ces deux livres ont mis en évidence des choses que je savais déjà, mais qui étaient peut-être discrètes. C’est ma team.

Dans vos écrits, vous parlez des leçons que la vie vous a enseignées ? Quelle est celle que vous retenez particulièrement ?

J’ai tendance à faire confiance très rapidement et ce n’est pas bien. Apprendre à observer avant de foncer dans le tas, de faire confiance aveuglément. Une main tendue n’est pas toujours une main bienveillante. C’est peut-être une leçon que j’aimerais vraiment apprendre à mes enfants.

La dédicace de votre roman cite votre grand-mère. Pourquoi représente-t-elle un modèle de femmes fortes ?

Elle a eu trois enfants très rapprochés, un peu comme moi. Je lui tire mon chapeau, car à l’époque, elle n’avait pas tout ce que j’ai aujourd’hui. Elle a 89 ans, elle ne lâche rien, elle garde la tête haute, elle est droite, elle a un sens de l’humour que j’adore. C’est ma confidente, je parle de tout avec elle, elle m’inspire. C’est la première qui a reçu mon livre d’ailleurs.

« Un jour, ton prince charmant viendra… ou pas ! », croyez-vous qu’il faut y croire ou plutôt accepter que l’homme idéal n’existe pas ? 

Cela ne fait pas de mal d’y croire. Ce n’est pas forcément la version qu’on attendait quand on était petite, qu’on voit dans les films de Noël. Il faut accepter que comme nous, les hommes ont des défauts et finalement, cela leur donne du charme. C’est pourquoi il y a le « ou pas ». 

Des thèmes durs tels que la maltraitance, la violence conjugale, le mensonge, la trahison, le deuil, les familles dysfonctionnelles, sont abordés. Comment parvenez-vous à mettre des mots sur des maux ? 

La moitié, malheureusement, je les ai vécus. J’ai constaté que beaucoup de copines vivent des choses très difficiles une fois qu’elles ont fermé la porte de leur foyer. Elles ne montrent rien à l’extérieur. C’est un peu la version Instagram : tout est beau alors que derrière la porte, ce n’est pas du tout la réalité. Le but de ce livre, c’est de dire aussi aux femmes : vous n’êtes pas seules, ne croyez pas ce que vous voyez. Si on osait en parler, on se sentirait mieux. J’espère leur donner un élan supplémentaire pour sortir des relations toxiques.

En lisant votre roman, nous avons l’impression que le passé influence sans cesse les décisions prises par Emma dans sa vie de femme. Comment éviter de reproduire le schéma familial ?

On ne peut pas l’éluder à 100%. On se construit comme on peut, il faut se servir de ce qu’on a vécu et de ce qu’on a observé lorsqu’on était enfant pour essayer – pas toujours d’aller contre, car cela est hyper fatiguant – de se rendre compte de ce qui est bien et de ce qui l’est moins dans ce qu’on a reçu. La psy m’a appris que ce n’était pas normal de se prendre une gifle alors que moi, c’était ancré en moi : si tu ne fais pas bien quelque chose, tu te prends une gifle. Jusqu’à la fin de ma vie, je vais prendre des leçons, contrebalancer ce que j’ai appris quand j’étais enfant, c’est un combat de chaque jour. 

Mieux vaut être seule que mal accompagnée, cette expression prend tout son sens lors de la lecture de votre roman. Est-ce un message que vous souhaitez véhiculer à celles qui ne parviennent pas à être seules ?

Je suis du genre à me dire que j’ai besoin d’un homme dans ma vie pour vivre. Je suis amoureuse donc je ne me vois pas vivre sans mon mari. À l’heure actuelle, il y a a contrario un groupe de nanas qui s’assument. Si j’étais célibataire et sans enfant, je ferais partie de ce groupe. Avec mon vécu, je ne voulais pas me marier, je ne voulais pas avoir d’enfant. Je me rappelle la phrase de mon beau-père : « Tu ne vas pas finir vieille fille quand même ! » C’était très accusateur, négatif. Pour montrer à mes parents que j’étais « normale », j’ai été en couple avec un homme qui m’a fait du mal. J’ai pris du recul par rapport à cela et quand je me suis mariée, je l’ai fait parce que je le voulais. Certaines de mes copines revendiquent leur célibat, elles sont au-dessus de tous ces préjugés. Cela fait avancer les mentalités. J’ose espérer que les femmes qui arrivent à vivre sans homme vivent aussi bien que mes amies. Il faut s’accepter tel qu’on est. Il ne faut pas se mettre en prison pour respecter les diktats de la société. 

Peut-on espérer une suite du genre « Un jour, ton prince viendra pour de vrai ! » ?

Vu la fin, il n’y aura pas de suite. Certaines personnes m’ont demandé pourquoi je ne rédigeais pas la version masculine. J’ai dit : « Excusez-moi, mais je n’ai pas assez de recul pour me plonger dans la tête d’un homme ! (rire) ». On m’a demandé si je ne pouvais pas écrire le roman du point de vue de Sarah, avec ses conquêtes, mais non. Ce livre-là, je l’ai écrit comme je l’avais dans la tête donc pour moi, il est fini. J’ai déjà une autre idée, mais je ne vous en dis pas plus !

Janette vous conseille : Les aventures de July aux éditions Amalthée et Un jour, ton prince viendra… ou pas ! aux éditions Baudelaire.

Rencontrez Gaëlle lors d’une séance de dédicaces à la Fnac le 25 novembre de 15h à 18h.

Toutes les questionnettes posées à Gaëlle Bracker sont dans l’interview Zapette !

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