#Rencontres | #Janette, toujours au fait

Janette rencontre Flavie Rougier, de l’association What Water

par Elodie Lambion

26 mars 2024

À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, ayant eu lieu le 22 mars dernier, Janette est partie à la rencontre de Flavie Rougier, secrétaire générale de l’association What Water. Implantée au Luxembourg, celle-ci a choisi d’utiliser un langage universel, l’art, afin de sensibiliser le grand public par rapport à la problématique liée à l’accès à l’eau en Afrique centrale, notamment au Cameroun.

 Quel parcours vous a menée à vous impliquer dans l’association What Water ?

Je ne sais pas si c’est une coïncidence, une bonne étoile ou une belle amitié. Pendant le covid, j’ai eu une discussion avec un ami par rapport à mon investissement personnel. Suite au décès de sa grand-mère, Gwen, un ami, a dû se rendre au Cameroun. Sur place, il a été choqué de constater que de 7h à 19h, il n’y avait aucun accès à l’eau. Il m’a raconté cela et il m’a dit : « Que penses-tu si nous créons une association ensemble pour remédier à cela ? » Nous avons démarré d’une page blanche. Gwen a vraiment porté le projet. Nous étions trois donc nous nous sommes répartis les rôles très naturellement. Par rapport à What Water, beaucoup de coïncidences se produisent. Nous avons rencontré telle et telle personne, cela s’est fait de manière très naturelle. C’est même déstabilisant parfois, mais on espère que cela va continuer. 

Est-ce facile de concilier vie professionnelle, privée et engagement associatif ?

Pas toujours. Cela dépend de l’implication qu’on veut mettre dans l’association. Parfois, c’est compliqué, cela l’était surtout au début, car il faut connaître ses limites, savoir quand dire « stop ». Cela reste une start-up. Évidemment, plus il y a de membres investis, moins la charge est intense.

L’engagement associatif a-t-il toujours été une évidence pour vous ?

C’est davantage une coïncidence qui devient une évidence. Nous sommes tous conscients de cette problématique, mais quand nous grattons un peu et que nous nous rendons compte que l’accès à l’eau est un droit de l’Homme, c’est une évidence de s’investir. Particulièrement pour les enfants, car c’est très touchant.

Quel est le plus grand obstacle que vous rencontrez actuellement avec What Water au Luxembourg ?

Pour obtenir davantage de financements, pour optimiser l’impact positif, nous oeuvrons pour que l’association reçoive le statut ONGD. Or, celui-ci n’est pas donné à la volée. Pour obtenir un tel statut d’utilité publique, il faut faire ses preuves. Ce n’est pas vraiment un obstacle, mais pour l’instant, nous n’avons pas pu bénéficier de certains financements qui sont primordiaux. C’est plus compliqué d’obtenir un soutien financier quand on n’a pas ce statut. La transparence à tous les niveaux, elle est essentielle, nous veillons à celle-ci. Actuellement, nous sommes très vigilants, car nous réservons le maximum de donations pour oeuvrer sur le terrain.

Quels moyens mettez-vous en place afin d’obtenir des dons ?

Nous utilisons plusieurs moyens. Tout un chacun peut devenir membre en effectuant un don annuel. Nous tenons informés les donateurs par rapport aux actions que nous menons. Il existe également plusieurs packs réservés aux sponsors. Ils peuvent nous apporter du temps ou de l’argent, ou même un mixte des deux. Nous organisons également des expositions et des ventes d’oeuvres d’art. Ensuite, nous sensibilisons le grand public vis-à-vis de cette problématique. Par exemple, en décembre 2023, lors de la dernière exposition, nous avons invité les élèves de l’École européenne à visiter celle-ci afin de les sensibiliser. L’art engagé est une des valeurs de l’association. Nous avons aussi mis en place des partenariats, notamment avec Thalus. 

Pour quelle raison la sensibilisation est-elle l’une de vos priorités ? 

Nous constatons que les jeunes sont conscients de la problématique liée à l’eau, mais en tant que jeunes adultes s’adressant à des étudiants, cela leur prouve que c’est possible de s’impliquer à tout âge. Cela leur rappelle également que les populations touchées là-bas ont leur âge. 

Pourquoi avez-vous opté pour l’art ?

L’art est un langage universel. Nous agissons actuellement au Cameroun, mais nous aimerions nous étendre à l’Afrique centrale. L’art s’engage de plus en plus ! Aujourd’hui, What Water est implantée au Luxembourg et en Suisse, mais nous aimerions nous étendre dans d’autres pays. 

Comment sélectionnez-vous les artistes exposant et vendant leurs oeuvres ?

Par rapport aux artistes camerounais, c’est parti d’une rencontre. Gwen, le fondateur, a rencontré Dieudonné Fokou ainsi que Barthélémy Toguo, artiste pour la paix de l’UNESCO en 2021. Ceux-ci nous ont présenté une paire d’artistes. Au Luxembourg, par contre, c’était un peu du porte à porte. Peu à peu le bouche-à-oreille a fonctionné et des artistes belges, français, originaires d’autres pays d’Afrique, ont rejoint l’aventure tout comme des acteurs locaux tels que le président de la Luxembourg Art Week, Alex Reding. Ils soutiennent tous le projet, c’est incroyable. 

Connaissez-vous des moments de découragement ?

Gwen ne s’épuise jamais, c’est un vrai moteur. On récupère l’énergie à gauche et à droite. Parfois, nous nous donnons le temps de récupérer afin de mieux revenir. C’est crucial.

Parlez-nous des expositions organisées par l’association.

La première exposition a eu lieu en décembre 2021 et la dernière en décembre 2023. Monter une exposition demande énormément de temps et d’énergie physique et psychologique. Nous sommes en train de réaliser des brochures promotionnelles pour mettre en avant les oeuvres disponibles. Les expositions sont nécessaires pour sensibiliser le grand public à cette problématique, aux fondements de l’association, mais nous réfléchissons également à une autre alternative pour faciliter l’accès aux oeuvres d’art disponibles à l’achat.

Comment procédez-vous pour oeuvrer avec des partenaires locaux sur place ?

Nous effectuons des partenariats avec des communes locales donc nous utilisons un système de co-financement. En concertation avec la commune, nous choisissons des experts sur place. Nous disposons aussi d’une délégation là-bas. Louis-Yves est notre intermédiaire. Il a rapidement rejoint l’association en 2022. Il dispose de toutes les connaissances vis-à-vis de What Water, c’est vraiment notre représentant sur place. 

Racontez-nous les expériences que vous avez pu vivre au Cameroun.

Je suis partie plusieurs fois. À chaque fois, c’est impressionnant, car il y a tous les climats là-bas. Il y a de l’eau, mais celle-ci n’est généralement pas potable. Quand nous sommes avec la population et que nous voyons l’eau jaillir, c’est indescriptible. Quand nous arrivons et que les habitants nous montrent où ils vont chercher de l’eau, nous passons par toutes les émotions. Sur le moment, lorsque le puits fonctionne, nous ressentons de la joie et de la fierté, car nous espérons aussi inspirer d’autres personnes. Par contre, le chemin est long, il y a énormément de travail afin d’aboutir à cela. Leur accueil lorsque nous arrivons est même un peu gênant, car ils sont incroyablement généreux. Cela nous montre à quel point la solution que nous apportons est inestimable à leurs yeux. Sur place, cela nous donne un coup de boost. Nous nous prenons une vague de réalité dans la figure qui donne envie de continuer.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée lors de ces expériences au Cameroun ?

C’est le nombre d’enfants. L’âge moyen est de 18 ans. 40% ont entre 0 et 14 ans. Voir tous les enfants qui se rendent à l’école, on se dit qu’il faut rendre le temps à ses enfants et aux femmes. Le temps qu’ils perdent à aller chercher l’eau au puits le matin et le soir devrait être utilisé pour leurs études, pour leurs apprentissages, pour améliorer leur avenir. L’eau a un impact considérable. L’accès à l’eau potable est un premier battement de l’effet papillon. Comme ils le disent là-bas, l’eau, c’est la vie !

Qu’est-ce qui vous donne le plus d’espoir ?

Le contact avec les membres de l’association. Les membres restent des amis donc il ne faut pas cacher les moments de faiblesse. J’en parle aussi avec mes autres amis qui connaissent tous What Water. Ils me boostent. De plus, après avoir vécu de telles expériences au Cameroun, on relativise énormément.

Comment se passe la sélection des projets financés ?

Les projets sont co-financés à 50%. Nous avons un rôle d’information au Cameroun. Nous avons choisi deux communes pilotes. Nous avons peu à peu mis un modèle en place. Un formulaire que la commune remplit incluant le nombre de kilomètres à parcourir pour se procurer l’eau ainsi que des critères précis. Elle nous envoie aussi une lettre d’intention. Ensuite, nous rentrons en contact avec elle, nous lui proposons un contrat minutieusement ficelé pour éviter la corruption. En fonction des experts de la commune et des nôtres, nous concrétisons le projet. Les premières actions viennent de la commune. Celle-ci doit assurer la maintenance, la surveillance, un comité d’utilisateurs veille au maintien du puits. La population est impliquée dans le projet puisque c’est elle qui va l’utiliser. Tous savent que c’est pour un mieux. Généralement, c’est difficile pour la commune de recevoir le financement en fonction du budget alloué à l’eau. Cela peut donc prendre du temps. 

Comment est né le partenariat avec Thalus ?

Lors d’un événement au Luxembourg, Sarah, artiste partenaire de l’association, m’a présenté Pit, fondateur de Thalus. Naturellement, je lui ai expliqué l’association et il a directement accroché. Il m’a rapidement dit : « Je veux faire quelque chose avec vous ! » Start-up investie dans le développement durable, vu la bouteille sans plastique et réutilisable, ensemble, nous sommes venus à l’idée de reverser un certain pourcentage des ventes à l’association et de mettre en lumière l’une des oeuvres de nos artistes en la plaçant directement sur la bouteille.

Quel message souhaitez-vous partager suite à la Journée mondiale de l’eau, ayant eu lieu ce vendredi 22 mars 2024 ?

C’est nécessaire de rappeler que l’accès à l’eau potable est un droit de l’Homme. Il appartient à chacun d’oeuvrer pour ce droit à sa manière. L’eau, c’est la vie. Imaginons une pénurie d’eau au Luxembourg. Comment réagir ? Il faut se mettre à la place des autres quelques instants. 

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