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De Pompéi au Kremlin en passant par des sans-abri, la BD s’attaque à tous les sujets

par Charles Demoulin

8 septembre 2026

Aujourd’hui, ce 9e Art qu’est la bande dessinée s’est affranchi de ses frontières traditionnelles pour devenir un art total, capable d’aborder absolument tous les sujets. Autrefois cantonnée aux genres populaires (humour, aventure, jeunesse), elle explore désormais des territoires d’une immense diversité créative, intellectuelle et sociétale. La preuve…

‘L’Homme de fer-blanc’, de Camille Jourdy chez Actes Sud

Branle-bas de combat dans la maison de Blanche et Marcelle ! Le temps d’un été, trois générations sont rassemblées sous le même toit : Blanche, 86 ans, sa sœur Marcelle, Mathieu et Jeanne, les enfants de Marcelle, et enfin Billie, 12 ans, la fille de Mathieu.

Tout le monde est occupé à ranger la maison familiale qu’il faudra bien se décider à quitter, la faute à ces escaliers qui ne font pas de cadeaux aux vieilles personnes. Pendant que Jeanne s’active à faire des cartons sous le regard facétieux des aïeules, Mathieu,

lui, semble se désintéresser de tout : de la maison, des souvenirs qu’elle recèle, mais aussi de Billie, qui va pourtant déménager à la rentrée pour aller vivre avec sa mère.

Au fil des jours, la communication entre Mathieu et Billie se tend. Et quand Mathieu apprend que le vieux fusil de son père, dont il pensait hériter, a été donné à son demi-frère, il se vexe… et c’est toute la maisonnée qu’il finit par se mettre à dos.

Alors que le village prépare la ‘Fête de l’Homme de fer-blanc’, Mathieu et son vieux pote Nono, ont, un soir d’ivresse, une ‘grande idée’…

C’est le début d’une aventure rocambolesque, aussi fantaisiste qu’émouvante, sans grands méchants, mais avec de vrais gentils, empêtrés dans leur difficulté à faire table rase du passé et à affronter l’immuable course en avant de la vie.

Famille joyeusement dysfonctionnelle, secrets pas très bien gardés, déguisements loufoques et personnages hauts en couleur, ‘L’Homme de fer-blanc’ est une merveille d’humour et d’humanité. Quant au dessin délicat de l’auteure, il se veut totalement libéré et dans le ton de chaque moment du récit.

Attention : l’album sera seulement disponible en libraires le 7 octobre prochain.

‘L’Homme de fer-blanc’, de Camille Jourdy chez Actes Sud

‘Pompéi – Victorius’, de Paolo Grella, Rudi Miel et Fabienne Pigière chez Anspach

À Pompéi, le gladiateur Victorius, invaincu et adulé, incarne la réussite spectaculaire qu’offre la violence des jeux.

Luna, jeune fabricante d’huile de massage, l’admire en silence depuis les gradins. Mais derrière le héros se cache un homme en proie à un secret pesant. À mesure que sa renommée grandit, Victorius devient plus brutal, poussé par la foule et par ceux qui profitent de la violence de l’arène.

Sa rivalité avec Manius, autre champion, dégénère sous l’effet de la jalousie, tandis que Luna découvre la part sombre de l’homme qu’elle idéalisait. Leur lien fragile se heurte à un monde dominé par la brutalité.

Alors que le duel final approche, les premiers signes de la catastrophe apparaissent : les destins de Victorius, Luna et Manius se confondent avec celui de Pompéi, vouée à la destruction.

L’idée principale, autant qu’originale de cette série  intitulée ‘Pompéi’, est de suivre le destin de divers personnages peu avant que le Vésuve n’entre en éruption et n’engloutisse à jamais cette cité antique de la Campanie.

En vous rappelant que chaque album peut être lu séparément, on mettra à nouveau en exergue le dessin et la mise en couleur à l’aquarelle d’un Paolo Grella perfectionniste en diable pour nous restituer atmosphères et décors de l’époque.

‘Pompéi – Victorius’, de Paolo Grella, Rudi Miel et Fabienne Pigière chez Anspach

‘Le mage du Kremlin’, de Luc Jacamon d’après le roman de Giuliano da Empoli chez Casterman

On l’appelait le ‘mage du Kremlin’. Vadim Baranov, ancien metteur en scène devenu éminence grise de Poutine, fascine autant qu’il intrigue. Un soir, il livre enfin son histoire au narrateur : des coulisses du pouvoir russe surgit un monde de manipulations et d’illusions, où la politique devient théâtre.

De la Tchétchénie à l’Ukraine, ‘Le Mage du Kremlin’ dévoile les ressorts du régime et médite sur la nature du pouvoir. Dans cette adaptation, Luc Jacamon donne corps à la Russie postsoviétique grâce à son réalisme stylisé, parfaitement adapté à cet univers implacable.

Il faut reconnaître que l’adaptation en BD par Luc Jacamon du roman de Giuliano da Empoli s’avère une totale réussite. Par le biais d’un dessin oscillant entre réalisme et stylisation graphique, il nous restitue fidèlement la teneur émotionnelle de chaque ambiance qu’il nous décrit. C’est tout simplement génial !

‘Le mage du Kremlin’, de Luc Jacamon d’après le roman de Giuliano da Empoli chez Casterman

‘Yolo’, d’Aymeric Lompret et Allan Barte chez Dargaud

« J’ai perdu mon chien, vous avez pas vu mon chien ? » Un sans-abri déambule dans les rues de Paris, invectivant les passants, dissertant sur la société avec insolence.

Les punchlines font mouche et les gags sont hilarants, et pour cause ils sont signés un certain Aymeric Lompret ! L’humoriste adapte son spectacle ‘Yolo’ en bande dessinée.

Un album jubilatoire, agrémenté de scènes exclusives, porté par le trait naïf et ultra-efficace du dessinateur de presse Allan Barte. Humour grinçant et dialogues exceptionnels !

Un album qui ne se raconte pas. Un album qui se lit avec jubilation. Un album qui vous entraîne bien loin des événements peu réjouissants que connaît actuellement notre monde. Un album qui fait vraiment du bien !

‘Yolo’, d’Aymeric Lompret et Allan Barte chez Dargaud

‘Dust to Dust’, de JG Jones et Phil Bram chez Delcourt

Début des années 1930, au fin fond des États-Unis d’Amérique… Alors que d’immenses tempêtes de poussière se lèvent, la petite ville de New Hope, en Oklahoma, fait également face à une mystérieuse et terrifiante présence, celle d’un tueur en série.

Le shérif Meadows, en lutte avec ses démons intérieurs, fait équipe avec Sarah, une photojournaliste itinérante, pour affronter la mort qui rôde et accompagne ces terribles événements climatiques.

Ce récit complet se déroule pendant la Grande Dépression aux USA, au cours du Dust Bowl, une catastrophe météorologique et écologique qui traversa le sud des États-Unis dans les années 1930.

J.G. Jones et Phil Bram y voient une manifestation inquiétante des dérives de l’humanité, et concoctent un récit obsédant qui prend aux tripes, sublimé par un dessin magnifique.

Un album violent, qui nous plonge le plus souvent dans la noirceur, mais qui est surtout porté par un graphisme à colorisation sépia tout simplement incroyable de réalisme. On pourrait même le qualifier de ‘photographique’.

‘Dust to Dust’, de JG Jones et Phil Bram chez Delcourt

‘Ensemble on aboie en silence’, de Gaët’s et Monier chez Dupuis

Ils sont deux frères, Guillaume l’aîné et Thibault le cadet. Guillaume est le rageur, Thibault le candide.

En 2001, Thibault est diagnostiqué schizophrène. À cela, son grand frère, son protecteur de toujours, ne peut rien.

Voilà le point de départ de cette histoire hors du commun, une histoire de famille qui aurait pu tourner à la tragédie, mais qui se transforme en voyage de découverte de l’un et de l’autre. Une sorte de virée initiatique qui invite les deux garçons à forger d’autres liens, hors des conventions, au travers d’une fraternité forte et de l’acceptation de l’autre et de ses différences.

Une lettre d’amour bouleversante du rappeur Gringe à son frère cadet atteint de schizophrénie, mise en images par Gaët’s et Julien Monier, le tandem d’auteurs de la série à succès ‘RIP’.

Très caractéristique, le graphisme de Julien Monier met plus encore en exergue ce roman autobiographique d’une profonde sincérité, à la fois bouleversant et émouvant. C’est tout simplement beau !

‘Ensemble on aboie en silence’, de Gaët’s et Monier chez Dupuis

‘Le soleil va se lever’, de L’Homme Étoilé au Lombard

Depuis qu’il est infirmier en soins palliatifs, Xavier a, par la force des choses, égrainé les deuils en accompagnant ses patients vers la mort, souvent inéluctable, mais aussi en se confrontant au chagrin de leurs proches démunis.

Mais cette connexion qu’il entretient avec le deuil date d’il y a bien plus longtemps. Elle semble comme inscrite dans ses gènes… Si cette proximité quotidienne avec la fin de vie peut en étonner plus d’un, il n’est pas le seul à avoir dédié son existence à cette étape qui peut sembler obscure.

Car d’obscurité il n’en est rien, ou du moins pas tout à fait : le deuil est un chemin humain et naturel que nous traversons tous et toutes, parfois même sans nous en rendre compte.

À travers une bande dessinée reportage aussi intime que passionnante, L’homme étoilé part à la rencontre des facilitateurs du deuil, ces personnes qui prennent le relais quand le pire est advenu et que les soignants, comme lui, sont contraints de se retirer.

À ses côtés, le lecteur se familiarise avec l’approche spirituelle et bienveillante du psychiatre Christophe Fauré, observe l’engagement de l’ombre de la thanatopractrice Stéphanie Sounac, expérimente l’apéro de la mort de Sarah Dumont par le biais du collectif Happy End, embrasse la générosité et l’humanité de la thanadoula Vanessa Maier et découvre les capacités de médium de Florence Hubert.

Autant de profils et d’approches complémentaires qui convergent, avec humilité et bienveillance, vers le même horizon : revoir le soleil se leverdans l’existence de ceux qui restent.

Premier volet d’un diptyque, cette BD est une superbe découverte faite d’émotions diverses et d’humanité. Une BD à ne manquer sous aucun prétexte si vous cherchez à comprendre ce que représente véritablement le deuil.  

‘Le soleil va se lever’, de L’Homme Étoilé au Lombard

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