par Emilie Geoffroy
22 août 2026
Qui a réservé le rendez-vous chez le pédiatre ? Pensé à renouveler l’assurance ? Vérifié les inscriptions aux activités des enfants ? Anticipé les anniversaires, les vacances, les cadeaux, les repas et les horaires de chacun ? Si vous avez répondu « moi » à plusieurs de ces questions, bienvenue dans un poste à responsabilités dont vous n’avez pourtant jamais signé le contrat : DRH de votre propre famille. Parce qu’entre gérer les agendas, anticiper les besoins de tout le monde et faire circuler les bonnes informations au bon moment, on finit parfois par se demander : à quel moment notre vie de famille est-elle devenue une entreprise ?
Il y a cette phrase que l’on entend régulièrement : « Tu sais quand est le rendez-vous de… ? »
Et, mystérieusement, la personne qui pose la question ne consulte pas son agenda. Elle vous demande à vous. Parce que vous savez.
Vous savez qui doit être où, à quelle heure, avec quel sac, quelle tenue, quel document et éventuellement quel goûter. Vous connaissez le calendrier scolaire. Les activités extrascolaires. Les anniversaires. Les rendez-vous médicaux. Les vacances. Les réunions de parents. Les dates limites d’inscription.
Vous êtes devenue le Google Calendar humain de la maison. Et le plus drôle ? Personne ne vous a officiellement nommée.
Le problème, ce n’est pas forcément de faire. C’est de devoir penser à faire.
Faire les courses, ce n’est pas seulement remplir le frigo. C’est savoir qu’il n’y a plus de lait, que mercredi il y a entraînement à 18 h, qu’il faut prévoir un repas rapide ce soir et que quelqu’un n’aime soudainement plus les courgettes.
Préparer les vacances, ce n’est pas seulement réserver un hôtel. C’est penser aux passeports, aux valises, aux médicaments, aux affaires de plage, aux horaires, aux réservations et à cette fameuse peluche sans laquelle votre enfant ne survivra probablement pas au trajet.
C’est cette charge invisible qui transforme parfois une simple maman en responsable logistique, RH, comptable, intendante et chef de projet. Le tout avec un téléphone qui sonne toutes les trois minutes.
Le plus surprenant, c’est que nous avons souvent fini par prendre ce rôle sans vraiment nous en rendre compte. Au début, c’est pratique : « Je vais m’en occuper, ce sera plus simple. »
Puis on prend l’habitude. Et les autres aussi. Petit à petit, tout remonte vers la même personne. Celle qui sait. Celle qui pense à tout. Celle qui anticipe. Jusqu’au jour où l’on réalise que si l’on ne fait rien, plus rien ne bouge.
Et là, forcément, on craque un peu. Pas parce qu’on n’aime pas sa famille. Parce qu’on aimerait parfois que quelqu’un pense à nous aussi.
« Tu peux sortir les poubelles ? » Ce n’est pas vraiment déléguer la charge mentale.
Parce que si vous devez rappeler qu’il faut sortir les poubelles, vérifier qu’elles l’ont été et rappeler le jour de collecte… vous restez quand même la responsable du dossier « poubelles ». La vraie délégation, c’est laisser à l’autre la responsabilité complète. Pas seulement l’exécution. Alors oui, cela signifie parfois accepter que les choses soient faites différemment.
Que les courses ne correspondent pas exactement à votre liste. Que les valises soient préparées d’une autre manière. Que le rendez-vous soit noté dans un autre agenda.
Et surtout : ne pas repasser derrière. Sinon, vous n’avez pas délégué. Vous avez recruté un stagiaire.
Et si, au lieu de tout gérer pour eux, on leur donnait progressivement une partie du boulot ?
Selon leur âge, évidemment. Préparer leur sac. Vérifier leur tenue de sport. Mettre leurs affaires dans la valise. Se souvenir d’une activité. Participer à la préparation d’un repas.
Cela prend parfois plus de temps au début. Mais c’est aussi leur apprendre à devenir autonomes. Et accessoirement, vous libérer quelques cases dans votre cerveau.
Votre famille n’a pas besoin d’une directrice des ressources humaines. Elle a besoin de plusieurs personnes capables de prendre des responsabilités.
Et vous avez le droit de ne pas savoir où se trouve le carnet de santé. Le droit de dire : « Je ne sais pas, regarde dans ton agenda. » Le droit de ne pas organiser chaque anniversaire dans les moindres détails. Le droit de partir quelques jours en laissant les autres se débrouiller. Le droit, surtout, de ne pas être indispensable à chaque seconde.
Parce que se remettre au centre, ce n’est pas abandonner sa famille. C’est arrêter de croire que tout repose forcément sur vous.
Alors, Janette, petite question pour aujourd’hui : si vous étiez vraiment la DRH de votre famille, ne serait-il pas temps de revoir l’organisation du travail ?
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