par Victoria Lecointe
19 septembre 2025
Mélina Hoffmann a passé 17 ans dans l’enfer des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Aujourd’hui guérie, elle a fait de son parcours un roman, ‘Faim de vie’, paru aux éditions Michalon. Elle se consacre également à la sensibilisation du grand public et des professionnels de santé à travers ses formations (Comme une Plume). Janette a eu l’honneur d’interviewer cette femme courageuse et inspirante.
Quand vous évoquez votre parcours, quels sont les évènements qui selon vous en sont les jalons ?
Les trois mois que j’ai passés en unité de soin pour adolescents, vers 14 ans, ont été un marqueur de départ. Puis mes deux premières années d’études, qui furent sans conteste la période la plus difficile de la maladie, je vomissais jusqu’à 15 fois par jour. Par la suite, mon tour du monde m’a reconnectée à des sensations physiologiques de faim, de satiété. Les crises se sont espacées. Enfin, la dernière étape a certainement été la publication de mon livre, car je me suis rendu compte quelques mois après que je ne vomissais plus. Et c’est précisément de ne pas m’en être rendu compte immédiatement qui m’a fait réaliser que j’étais bel et bien guérie.
Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je suis complètement guérie. La prise de poids n’est plus un sujet, au contraire mes aliments favoris restent ceux qui étaient au cœur de la boulimie, comme le beurre.
Quel est votre état des lieux ?
Je me sens alignée. L’avantage de vivre des choses difficiles, c’est de redéfinir ses priorités et j’ai décidé de me faire passer avant tout le reste. Dans un avion, on nous dit de mettre notre masque à oxygène avant de secourir notre voisin et c’est exactement cela : on ne peut pas être là pour quelqu’un si l’on n’est pas là pour soi-même avant. Sur le plan personnel, je vis une relation très équilibrée avec mon conjoint depuis de nombreuses années et au niveau amical j’ai réussi à me défaire de certaines relations, je n’essaie plus d’être aimée coûte que coûte. Et professionnellement, j’ai compris que ma grande sensibilité impliquait que certaines contraintes créaient un mal-être chez moi. J’ai donc travaillé 7 ans à temps partiel puis j’ai augmenté et je suis désormais à mon compte, ce qui me convient mieux.
Dans votre livre, vous évoquez l’agoraphobie qui vous a frappée. Quel impact a eu la maladie sur vos relations ?
Je ne sais pas être avec les autres autrement que dans la joie, ce qui me prend beaucoup d’énergie et je n’en avais aucune dans ces périodes de dépressions au début. Je m’enfermais chez moi, dans ma chambre, dans l’espace le plus restreint possible. J’ai dû réapprendre après ma première hospitalisation. À l’inverse, dès lors que j’ai eu le sentiment de contrôler mon image, j’ai mené une vie sociale très riche, qui dissimulait complètement ma maladie.
Vos relations avec vos proches ont-elles guéri elles aussi ou la maladie laisse-t-elle des séquelles ?
La relation avec ma mère, très fusionnelle, a joué un rôle important. J’ai éprouvé de la colère, mais en grandissant, on comprend mieux certains morceaux de notre histoire, j’en ai eu une lecture différente. Ma relation plus saine avec ma mère m’a aussi permis de laisser plus de place au lien affectif avec mon père. Et dans mes relations amicales, j’ai appris à ne plus porter un masque pour répondre à ce que l’on attendait de moi.
Quel a été le rôle de l’écriture de votre roman dans votre parcours, dans votre guérison ?
L’écriture aide énormément à condition d’en faire quelque chose. Il faut travailler à partir de ce que l’on écrit, relire ce que l’on a posé, prendre de la distance, cela donne une autre perspective. Il y a souvent un mot ou une phrase qui résonne très fort. Cela donne un sens à ce que l’on vit. Dans la première version de mon roman, il y avait beaucoup de colère. Je l’ai retravaillé par la suite, mais ça m’a libérée. En écrivant mon livre, j’ai peut-être fini de vomir ce qu’il me restait à vomir.
Comment participez-vous à la prévention et à la lutte contre les TCA ?
Chaque évènement de promotion de mon livre est l’opportunité de transmettre un message. Je travaille par ailleurs sur un autre projet avec une illustratrice, sur les idées reçues liées aux TCA. J’ai aussi créé l’organisme « Comme une plume » par le biais duquel je dispense une formation de sensibilisation auprès des professionnels de santé et des proches. Je vais bientôt créer un compte Instagram dédié, qui sera un lieu de partage bienveillant et éducatif. Et j’aimerais encore organiser une journée de sensibilisation au grand public.
Quel message souhaitez-vous porter à nos lectrices ?
Prenez soin de vous, de vos émotions, de votre corps. Il est le seul endroit dans lequel vous passerez toute votre vie. Si l’on se sent bien en soi, on se sentira bien partout. Soyez donc bienveillantes envers vous-mêmes et demandez de l’aide autour de vous. Enfin, aux personnes malades : on s’en sort. Croyez-le, je l’incarne.
Si vous souhaitez en savoir davantage sur son histoire, nous vous invitons à participer au second salon littéraire de Janette aux cotés de Ludivine Grétéré, où vous aurez l’occasion d’échanger avec les autrices.
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