par Salomé Jeko
4 juin 2026
À 33 ans, alors qu’elle s’apprête à fonder une famille, Irene del Olmo apprend qu’elle est atteinte d’un cancer rare et agressif. De cette épreuve, entre ménopause induite, parcours de PMA et maternité inattendue, elle fera de la sensibilisation à la santé hormonale et reproductive des femmes son combat… et son métier.
Irene, tout commence lorsque vous décidez d’avoir un enfant et que vous vous rendez chez votre gynécologue pour un contrôle.
En 2015, j’ai eu envie de fonder une famille.Travaillant comme avocate à l’époque et étant très méthodique, j’ai voulu faire une visite préconceptionnelle pour vérifier que tout allait bien. Je me sentais en bonne santé, même si, comme beaucoup de personnes aujourd’hui, j’étais stressée et fatiguée. Lors de cet examen complet, ma gynécologue a détecté une petite masse dans mon sein. J’avais 33 ans, aucun antécédent familial de cancer, donc je pensais honnêtement qu’il s’agissait simplement d’un kyste. Une biopsie a été réalisée immédiatement et deux semaines plus tard, le 6 janvier 2016, on m’a annoncé que j’avais un cancer rare et agressif. Mon monde s’est arrêté.
À ce moment-là, la priorité n’est donc plus d’avoir un enfant, mais de combattre le cancer…
Oui, le projet de maternité a été stoppé immédiatement. La priorité était de me soigner. Avant les traitements, les médecins ont mis en place un protocole de préservation de la fertilité, mais comme le cancer était déjà avancé, il fallait aller très vite : nous n’avons pu congeler qu’un seul ovocyte. On m’a aussi administré un traitement pour mettre mon corps en ménopause artificielle afin de protéger au maximum mes ovaires pendant la chimiothérapie. Ensuite, j’ai subi une opération, douze séances de chimiothérapie puis de la radiothérapie.
Finalement vous venez à bout de ce cancer. Comment vous portez- vous à ce moment-là, après les traitements ?
D’un point de vue médical, j’étais guérie. Mais physiquement et moralement, c’était extrêmement difficile. À 34 ans, j’avais l’impression d’avoir le corps d’une femme de 55 ans, voire plus. Les symptômes de ménopause étaient très violents : brouillard mental, difficultés à suivre des conversations, fatigue intense, coups de chaleur suivis de sueurs très fortes… Au travail aussi, c’était compliqué. J’avais parfois l’impression de ne plus être capable de fonctionner comme avant. Je ne savais plus vraiment qui j’étais et de quoi j’étais capable. Mon projet d’enfant n’était plus ma priorité à ce moment-là, j’essayais simplement de retrouver un équilibre dans ce nouveau corps.
C’est là que vous commencez à vous renseigner sur des solutions pour mieux vivre dans ce corps.
Oui. J’ai commencé à passer tout mon temps libre à lire des études scientifiques, des publications universitaires, tout ça dans plusieurs langues. Je voulais comprendre comment retrouver de l’énergie, comment mieux vivre cette ménopause induite, comment soutenir mon corps après les traitements. Petit à petit, je me suis intéressée à la santé reproductive et hormonale. J’ai compris l’importance de l’alimentation, du foie, de l’activité physique, des fibres, des antioxydants, des vitamines et de certains micronutriments. J’ai commencé à mettre en place toute une série de micro-changements dans mon quotidien : marcher tous les jours, revoir mon alimentation, prendre certains compléments ciblés…
Et vous voyez de premiers résultats…
Je sentais que je reprenais du pouvoir sur mon corps. Petit à petit, mon énergie est revenue. Mes symptômes de ménopause se sont atténués – sauf le brouillard mental – et surtout, mes cycles ont commencé à revenir. D’abord de manière irrégulière, puis de façon plus stable.
Vous commencez alors à repenser à la maternité, vous retentez un traitement PMA et plusieurs FIV.
Oui, j’ai voulu tenter une PMA avec l’unique ovocyte congelé avant mes traitements. Malheureusement, cela n’a rien donné. Je suis ensuite allée dans plusieurs cliniques, en Belgique et en Espagne. J’ai essayé pratiquement tous les traitements possibles pendant plusieurs années. Mais aucune grossesse n’a abouti. C’était très éprouvant, physiquement, émotionnellement et financièrement. À force, toute la vie finit par tourner autour de cette quête : ce qu’on mange, ce qu’on fait, les produits qu’on utilise, les voyages qu’on évite… Cela peut devenir très anxiogène. Finalement, nous avons commencé une procédure d’adoption au Luxembourg avec mon compagnon. Nous suivions les démarches et les for- mations et puis la pandémie est arrivée et tout s’est arrêté.
Et c’est à cette période que vous tombez enceinte…
J’ai eu une première grossesse naturelle pendant la pandémie, oui. Les médecins m’avaient prévenue qu’elle risquait de ne pas évoluer, et malheureusement elle s’est arrêtée au bout de presque trois mois. La douleur a été immense. Mais malgré cette épreuve, j’ai décidé d’y croire encore. Je sentais que mon corps récupérait certaines fonctions alors que, dans plusieurs pays, on m’avait dit que je ne pourrais jamais tomber enceinte naturellement. J’ai continué à prendre soin de moi, à suivre cette hygiène de vie et cette supplémentation très réfléchie. Trois mois plus tard, je suis tombée enceinte à nouveau. Cette grossesse-là a abouti à la naissance de ma fille.
Qu’est-ce que cette grossesse, cette victoire sur la maladie et sur les pronostics médicaux, a fait émerger en vous ?
Après la naissance de ma fille, des personnes de mon entourage, puis des amis d’amis ont commencé à me demander des conseils parce que cela faisait des années que je lisais, que je cherchais, que j’expérimentais et que ça avait porté ses fruits. J’ai eu un déclic : j’ai voulu créer ce que j’aurais aimé trouver moi-même à l’époque. Alors j’ai étudié, j’ai passé un master en nutrition féminine à la faculté de pharmacie. J’avais besoin de donner une base scientifique solide à tout ce que j’avais appris pendant ces années.Je me suis spécialisée dans les vitamines liposolubles et leur lien avec la fertilité. Ensuite, j’ai développé ma propre marque de compléments alimentaires, Birtz — inspirée du mot «birth» en m’entourant d’experts. Ce n’est pas un simple projet commercial, c’est quelque chose de très personnel, qui est né d’une expérience qui a complètement changé ma vie et il y a toute une volonté de transmission et de sensibilisation derrière.
Et vous insistez bien sur le fait que prendre soin de sa santé reproductive concerne toutes les femmes, pas seulement celles qui envisagent d’avoir un enfant…
Tout à fait. La santé reproductive représente près de 70 % de la santé générale des femmes. Les hormones influencent énormément de choses : le système cardiovasculaire, la santé osseuse, la santé cognitive, l’énergie, l’humeur, le métabolisme, l’absorption des nutriments… Beaucoup de femmes pensent que les cancers sont la première cause de mortalité féminine après 55 ans, alors que ce sont les maladies cardiovasculaires. La chute hormonale a un impact énorme sur le cœur. C’est pareil pour l’ostéoporose ou encore la santé cognitive. Je voudrais vraiment que les femmes comprennent qu’elles ne sont pas simplement une version du corps masculin. Nous avons des besoins spécifiques, des profils hormonaux spécifiques, et il faut apprendre à les écouter et à les accompagner.
Pourquoi, selon vous, est-ce encore si difficile pour les femmes de prendre soin de leur propre santé ?
Aujourd’hui, les femmes doivent être performantes dans leur vie professionnelle sans que la charge du quotidien et de la maison ne s’allège pour autant. On cumule les rôles et on a aussi tendance à prendre soin de tout le monde avant de prendre soin de soi. Tout ce qui n’est pas sacrificiel chez les femmes est encore parfois perçu comme suspect ou égoïste. Pourtant, prendre soin de sa santé hormonale, de son énergie, de son corps, ce n’est pas de l’égoïsme. C’est presque de l’autopréservation. Parce qu’au final, tout notre entourage va mieux quand nous allons bien.
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