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Quand le crime frappe à votre porte

par Charles Demoulin

28 juin 2026

Privés de thrillers et de polars la semaine dernière, les accros à ce type de littérature vont être gâtés, puisque les ouvrages présentés ici leur sont totalement dédiés.

‘Avant d’être des monstres’, de Katniss Hsiao chez Actes Sud actes noirs

Yang-Ning travaille pour une société de nettoyage de scènes de mort à Taipei. Née avec un odorat ultra-sensible, ce don disparaît à la suite du décès de son petit frère. Depuis, elle cherche désespérément à le retrouver grâce aux scènes de décomposition dans lesquelles elle trouve un certain réconfort.

Le jour où elle se rend dans un appartement pour y faire le ménage après ce qui semble être un suicide, sa vie bascule. Sans le savoir, elle a effacé minutieusement toute trace d’un crime atroce, faisant d’elle la principale suspecte de la police.

Déterminée à laver son nom de tout soupçon, Yang-Ning se lance dans la traque infernale du meurtrier, ne reculant devant rien, pas même s’allier à l’un des plus grands tueurs en série du pays.

Katniss Hsiao signe ici un thriller olfactif audacieux, aussi fascinant que dérangeant, et dans lequel elle joue habilement sur une exploration sensorielle à travers laquelle se mêlent souvent nos peurs et nos dégoûts. Un premier roman très remarqué et extrêmement riche en réflexion, issu de la plume pour le moins poétique, mais terriblement efficace, d’une jeune auteure à suivre absolument.

‘Dérives-sur-Sambre’, d’Armand Gabriel chez Academia

Carla Michetti est une jeune femme comme il en existe tant d’autres, à la différence qu’elle n’exerce pas un métier banal. L’aventure, le goût du risque ont pris le pas sur la normalité d’une vie qu’elle n’a jamais souhaité formater. Son job d’enquêtrice dans la région de Charleroi est devenu une passion dévorante, au point que la jeune recrue ambitionne de gravir les échelons à la vitesse du son.

En parfaite tête brûlée, Carla se retrouve plongée en solo au cœur de la pègre carolorégienne dans une enquête aux confins de la légalité, mêlant trafics en tous genres, meurtres et bikers déjantés.

Oui, mais voilà, quand on tire le fil de ce genre d’affaires, on ne sait jamais ce qui va vous exploser à la figure. Il arrive parfois que l’on réveille un monstre. Mais lorsque ce genre de monstre glorifie en plus un dieu abject, l’enfer ouvre grand ses portes.

Un polar à la sauce belge, truffé de personnages en tous genres, et qui vous plongera au cœur du milieu criminel carolo comme si vous y étiez. Il faut savoir que Charleroi, ville industrielle par excellence, était bâtie essentiellement sur l’extraction du charbon, la sidérurgie et la verrerie. Le décor est planté !

‘Dérives-sur-Sambre’, d’Armand Gabriel chez Academia

‘Les archanges de la nuit’, d’Eric Fouassier chez Albin Michel

Avril 1834. On retrouve un homme assassiné dans le palais de la Bourse, l’un des lieux emblématiques de cette monarchie de Juillet qui a fait de l’argent son nouveau dieu. Sur le cadavre, un texte aux accents

prophétiques, sur son front un symbole mystérieux gravé au fer rouge et dans sa bouche, du plomb fondu.

L’affaire, d’autant plus délicate que la victime est un riche banquier soutien du régime est confiée à Valentin Verne. Ce meurtre semble s’inscrire dans une série d’assassinats commis dans des circonstances similaires. 

En outre, les textes, extraits du ‘Livre d’Hénoch’, dénoncent l’accumulation des richesses. Et les métaux qui obstruent la bouche des victimes, ainsi que les symboles gravés sur leur front, correspondent aux étapes du ‘Grand Œuvre’, celles de la transmutation alchimique.

Qui sont ces archanges qui suivent des préceptes hermétiques pour tuer des personnalités emblématiques de la société nouvelle ?

Une cinquième enquête à coloration historique de l’inspecteur Valentin Verne, le génial créateur du Bureau des affaires occultes, où la science flirte avec le vice et le crime. Une enquête savamment menée, et qui constitue un excellent moment de détente.

‘Les archanges de la nuit’, d’Eric Fouassier chez Albin Michel

‘Phase 3’, d’Åsa Ericsdotter chez Babel Noir

Une souris pète les plombs dans un labo à Boston, un ancien juriste de soixante-dix ans se tire une balle dans la tête à Paris, un homme de soixante-dix-sept ans ouvre le feu dans le rayon enfants d’lkea dans le Massachusetts, un résident d’une maison de retraite à Hull, en Angleterre, poignarde quatre de ses voisins de chambre.

L’équipe des scientifiques de Re-cognize est sous le choc : ils faisaient tous partie d’un essai clinique sur un médicament très prometteur contre Alzheimer. Tout comme deux mille autres personnes.

Après ‘L’Épidémie’, roman glaçant qui décortiquait le basculement d’une société vers le totalitarisme, Ericsdotter fait de nouveau preuve d’une originalité terrifiante dans ce thriller insidieux qui interroge l’époque et ses dérives. 

Si la mise en train peut paraître un tant soit peu longuette, dès le passage à la vitesse supérieure, le lecteur se trouve aspiré dans une intrigue qui devient de plus en plus complexe, de plus en plus captivante.

‘Phase 3’, d’Åsa Ericsdotter chez Babel Noir

‘Meurtre sous les caméras’, de L. D. Hathaway chez Eyrolles

Londres, 1926. Alors que l’Angleterre subit la plus brutale canicule qu’elle ait jamais connue, Posie Parker, détective privée, est convoquée aux studios de cinéma de Worton Hal, où elle se retrouve au cœur d’un nouveau mystère plus que sinistre.

Silvia Hanro, la célèbre star de cinéma, fait l’objet de terrifiantes menaces et Posie est chargée de la protéger. Aidée par ses amis lady Cardigeon et l’inspecteur Lovelace, Posie se rend vite compte que derrière les décors et le glamour des studios Worton Hall se cache un terrible secret.

Si elle souhaite s’en tirer à bon compte, elle ne pourra faire confiance à personne : ici, il y a autant de traîtres que de mètres de pellicule.

Posie pourra-t-elle démêler les indices et découvrir l’auteur des menaces avant qu’il ne passe à l’action ? Comment se protéger dans un monde où, par définition, rien n’est conforme aux apparences ? Pourra-t-elle apprendre au passage quelques astuces pour sauver ses propres fiançailles avec le sublime Alaric Boynton-Dale ?

Parfait pour les fans d’Agatha Christie et de Downton Abbey, ‘Meurtre sous les caméras’ est le cinquième volet de la série des enquêtes de Posie Parker, mais peut être lu comme une histoire à part. Parfait également pour vous si vous appréciez grandement les rebondissements, les quiproquos à la pelle et les enquêtes qui vous tiennent en haleine jusqu’à l’arrivée du mot fin.

‘Meurtre sous les caméras’, de L. D. Hathaway chez Eyrolles

‘Que Dieu les garde’, de Peter Grainger chez Flammarion

Lorsque l’une des résidentes de la maison de retraite Villa Rosemary House est retrouvée morte dans son fauteuil, un samedi soir de décembre, personne n’est vraiment surpris. Du moins jusqu’aux révélations extraordinaires des résultats de l’autopsie.

Lorsque DC Smith et son équipe commencent à enquêter sur le personnel et les résidents, ils découvrent que ce qui devrait être un environnement parfaitement sécurisé recèle d’étranges secrets.

Un résident s’amuse clairement à provoquer la police, mais cela signifie-t-il pour autant qu’il soit l’assassin ? La tension monte et culmine lorsque d’autres morts surviennent…

Cette deuxième enquête menée par DC Smith va non seulement nous permettre de mieux cerner l’auteur, mais surtout sa façon d’échafauder une intrigue. Chez lui, le mot humanité a toute sa raison d’être. Quant à la façon dont l’enquête est menée, elle repose essentiellement sur le qualificatif méthodique. Méthodique à l’image de la façon dont entend travailler ce vieux flic de DC Smith. 

Du coup, Peter Grainger nous offre à nouveau un polar délicieusement savoureux et qui fait vachement du bien.

‘Que Dieu les garde’, de Peter Grainger chez Flammarion

‘Le Mystère de la chambre jaune’, de Gaston Leroux chez GF Flammarion

Minuit passé, un château reculé aux abords de Paris. Des cris déchirants viennent troubler le silence de la nuit. Mathilde Stangerson, fille du propriétaire des lieux, est retrouvée grièvement blessée dans sa chambre.

Contre toute logique, son agresseur a disparu alors que la pièce est fermée de l’intérieur. Comment a-t-il pu s’échapper ? Une énigme vertigineuse qu’on appellera bientôt ‘Le mystère de la chambre jaune’, et à laquelle va s’atteler le jeune et brillant reporter Joseph Rouletabille.

Entre fausses pistes, secrets enfouis et coups de théâtre, Gaston Leroux signe un chef-d’œuvre du roman policier où le sens aigu du raisonnement se mêle à l’ironie mordante.

Paru pour la première fois en septembre 1907 sous forme de feuilleton, ce polar vit le jour sous forme de roman en 1908. Depuis, devenu un classique du polar à énigmes où la narration alterne investigations et témoignages, il a été moult fois réédité. Preuve s’il en est de l’immense qualité de cet ouvrage qui, si vous ne l’avez jamais lu, est tout simplement un petit chef-d’œuvre du genre. 

‘Le Mystère de la chambre jaune’, de Gaston Leroux chez GF Flammarion

‘Le secret d’Alger’, d’Adib Benazzi aux Presses de la Cité Noir

Alger, 2016. Un jeune homme est sauvagement assassiné à la cité Malki. Djalal, pilote de ligne tourmenté, apprend que ce jeune Ukrainien était venu du Kazakhstan pour lui révéler un secret capable de bouleverser l’ordre du monde.

Commence alors pour Djalal une traque internationale mêlant services de renseignement, complots révolutionnaires et secrets d’État. De l’Algérie au Kazakhstan, de l’Inde à l’Afrique du Sud, Djalal abandonne son existence ordinaire pour remonter la piste d’un mystère enfoui depuis 1785, au cœur même de l’histoire d’Alger. Et plus il approche de la vérité, plus il comprend qu’elle interroge aussi sa propre filiation.

Un thriller haletant où l’histoire, la politique et l’intime se percutent. Un ouvrage passionnant et instructif au possible, qui nous parle de faits méconnus ayant pour port d’attache une Algérie de la fin des années 1700.

‘Le secret d’Alger’, d’Adib Benazzi aux Presses de la Cité Noir

‘Les crimes de la maison bleue’,  d’Yukito Ayatsuji chez Verso

Tsunojima, au large des côtes japonaises. Un an après le quadruple meurtre qui a ensanglanté l’île, c’est l’endroit parfait pour la retraite annuelle des membres du Club des amateurs de roman policier. Ils vont pouvoir se concentrer sur la rédaction du prochain numéro de leur revue et, qui sait, résoudre le mystère de ce crime à huis clos dont l’auteur reste encore inconnu. C’est néanmoins le programme qu’ils se sont fixé.

Pourtant, quand dès la première nuit sur l’île, une de leurs camarades est retrouvée morte dans sa chambre, sans autre signe d’effraction qu’un panonceau ‘la première victime’, les membres du club se rendent compte qu’ils auront besoin de toute leur expertise en roman policier pour sortir vivants de l’île.

Alors que les morts s’additionnent, les survivants sombrent dans la paranoïa, et tous se soupçonnent mutuellement. Découvriront-ils le coupable avant qu’il ne soit trop tard ?

Comment, avec ce roman à énigmes, ne pas penser aux ‘Dix petits nègres’ chers à Agatha Christie ? Paru en 1987, ce polar, d’une extrême ingéniosité, est considéré comme l’un des mystères japonais les plus cultes, ayant du reste inspiré toute une nouvelle génération d’écrivains du Pays du Soleil-Levant.

‘Les crimes de la maison bleue’,  d’Yukito Ayatsuji chez Verso

‘Puzzle macabre’, de  Nadine Mousselet chez XO

Dans un bois, près de Lille, un chasseur bute sur une jambe de femme portant un bas résille et un escarpin. Dans le même temps, un bras est découvert dans les poubelles d’une rue de la capitale du Nord. Puis une tête, ne ‘matchant’ pas avec le bras et la jambe, est récupérée dans le canal de Furnes, à la frontière franco-belge.

Devant un tel carnage, les légistes font appel à la psychocriminologue Laura Claes, dont le flair et le sens de l’observation impressionnent. Pour elle, pas de doute, des pièges sont tendus par un tueur froid et organisé. Mais quelles sont ses motivations ? Là est la clé de l’enquête.

Le temps est compté, le tueur s’emballe. Il n’hésite plus à provoquer Laura, qui a su le cerner. Qui sera le vainqueur de ce jeu macabre ?

Plus que d’être plongé dans le vécu des différentes victimes, le lecteur va se retrouver totalement  immergé dans l’équipe des enquêteurs que supervise Laura Claes. Une position qui va lui offrir un incroyable plus afin de tenter de résoudre ces énigmes et d’ainsi découvrir qui est l’auteur d’un tel carnage. 

‘Puzzle macabre’, de  Nadine Mousselet chez XO

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