par Charles Demoulin
23 juin 2026
Cette semaine, ce sont des BD qui vous obligeront à voyager dans le passé que nous allons vous présenter. Des BD qui vous emmèneront dans le New York de 1876 ou La Nouvelle-Orléans de 1883, puis vers le Pérou des années 1640, avant de filer au XIIIe siècle à l’époque du pape Innocent III et des cathares ou encore dans ce Moyen Âge peuplé de chevaliers et autres fées aux pouvoirs surnaturels.
‘Stern T6 – Hors du monde’, de Frédéric et Julien Maffre chez Dargaud
Elijah Stern est dans une mauvaise passe. Depuis qu’il est venu en aide à trois immigrés italiens accusés à tort d’un hold-up, il a perdu son emploi de croque-mort. Le voilà sans un sou en poche, contraint d’accepter une proposition d’honnêteté douteuse : servir de traducteur dans une vente d’armes effectuée par des mafieux à des révolutionnaires originaires de Cuba.
Mais il n’est pas en position de faire la fine bouche. Et quand il se retrouve en situation d’otage, emmené par les Cubains dans une île perdue en attendant que son commanditaire revienne avec la cargaison, il lui faut apprendre à trouver sa place parmi ses nouveaux compagnons. Et ce dans un huis clos où les tensions s’exacerbent et où la violence va crescendo.
Le retour attendu du croque-mort le plus sympathique et le plus littéraire de la bande dessinée n’a rien d’un long fleuve tranquille. En ces années 1880, dans le sud des États-Unis, les relations humaines sont guidées plus souvent par les intérêts financiers que par les grands élans révolutionnaires, lesquels doivent parfois céder la place à des considérations terre à terre.
Avec ce sixième album de Stern, les frères Maffre continuent de façonner une épopée souvent dérisoire et d’autant plus originale. Leur antihéros est un jeune homme qui cherche sa place dans une société américaine en construction loin des clichés héroïques et illusoires du Far West hollywoodien.
Un western atypique où le graphisme de Julien Maffre nous enchante à nouveau par sa précision, et où la palette de coloris utilisés le magnifie plus encore.
‘L’Inca Blanc – Le Yuraq Runa’, de Perrotin et Foche chez Soleil.
Pérou. 1641. Werner de Hook prend la route du retour après une mission scientifique pour le compte de la couronne d’Espagne.
En Amazonie, il fait la rencontre de Hans, un très vieil Européen qui dit être le Yuraq Runa, le dernier souverain de l’Empire inca
Avant d’être le Yuraq Runa, le jeune Hans vivait paisiblement dans un village bavarois lorsqu’un terrible drame le fit basculer dans la haine et la violence.
En 1566, il s’engage dans l’armée protestante qui lutte contre les catholiques de la Contre-Réforme. Sa soif de vengeance tourne court et l’oblige à fuir sur un bateau. Le naufrage de ce dernier lui fait alors prendre un tout autre chemin, une route semée d’embûches qui va le mener au contact des derniers résistants de l’Empire inca.
Une fiction qui ne passe guère sous silence la violence et la cruauté des humains, et qui s’inscrit dans une réalité et des faits historiques avérés. Une histoire qui sera développée sous forme de triptyque et qui combine habilement les codes du récit d’aventures et de l’Histoire.
On vous dira encore que le dessin hyper réaliste d’Alberto Foche possède toute la technique nécessaire pour mettre en exergue ce scénario captivant imaginé par Serge Perrotin.
‘La vie extraordinaire d’Arizona Joe T1 – Baby Boxer Banker’, de Piatzszek & Meddour chez Grand Angle
New York, 1876. Newland Arrow, 13 ans, vient de perdre sa mère. Fils d’un riche banquier de Wall Street, il s’enfuit, incapable d’affronter le regard froid et brisé de son père.
Dans un train, il rencontre Arizona Joe, un vagabond colossal et charismatique. De cambriolages en bars miteux naît une amitié improbable entre l’enfant bien-né et l’homme de la route. Le point de départ d’une aventure qui les transformera à jamais.
Ce premier volet d’un diptyque qui voit la haute société croiser la liberté des rails s’impose comme un roadtrip tragique et haletant, servi par des personnages d’une rare humanité, au cœur d’une Amérique qui invente sa légende.
Outre, en fin d’album, un cahier explicatif de cette période, il convient d’épingler que le scénario mis en place par Stéphane Piatzszek s’est essentiellement attaché à mettre en évidence cette énorme différence sociale existant (déjà) à l’époque, entre pauvres et riches. Quant au dessin et aux coloris sépia de Fabrice Meddour, ils se conjuguent à merveille avec le ton de ce récit social.
‘Innocent III, l’hérésie cathare’, de Beaupré et Babonneau chez Glénat/cerf
Au XIIIe siècle, la chrétienté vacille. L’hérésie cathare qui s’étend dans le midi de la France menace la sainte Église. Alors que certains puissants défient Rome, la papauté se doit d’affirmer son autorité face aux ambitions.
Innocent III, chef spirituel, se lance donc dans une lutte sans concession pour préserver la foi et l’ordre… Diplomate et fin stratège, il prépare une croisade inédite contre les hérétiques. Mobilisant les princes, il affronte les résistances et les trahisons. Mais jusqu’où un pape peut-il aller pour défendre l’unité de l’Église ? Entre idéal évangélique et recours à la force, faut-il imposer la foi catholique par la guerre ?
Alors que le comte de Toulouse plie sous l’autorité de l’Église et met ses hommes à son service, une guerre sanglante, ponctuée par le massacre de Béziers, marque le début d’une répression sans précédent…
Innocent III convoque alors le IVe concile de Latran (1215). Il y codifie la discipline ecclésiastique pour asseoir une fois pour toutes l’autorité pontificale. Influençant toute la politique européenne, il ne réformera pas seulement l’Église, mais l’ensemble de la société occidentale de son époque.
À travers l’histoire de l’un des plus puissants papes du Moyen Âge, Rémi Beaupré et Christophe Babonneau nous plongent dans un biopic passionnant où se mêlent intrigues politiques, passions et spiritualité pour une fresque saisissante.
Un album complété par un dossier des plus instructifs en fin d’ouvrage.
‘Agnès la Chevaleresse’, de Damien Geffroy chez Fluide Glacial
Voilà un album humoristique d’heroic fantasy qui introduit une héroïne méga badass dans l’univers Fluide Glacial !
Agnès n’est pas une princesse comme les autres. Au diable les robes et les manières… Elle rêve d’armures étincelantes, de combats glorieux et d’aventures au grand galop !
À ses côtés, Gérard, chevalier du dimanche et loser patenté qui l’accompagne bon gré mal gré. Car la destinée d’Agnès n’a rien d’ordinaire : elle est la seule à avoir arraché de la roche l’épée magique de Gunthar. L’unique élue de la prophétie. Son devoir est clair : accomplir la Quête, et affronter le plus terrible des monstres… le dragon Gorzola.
Avec ‘Agnès la Chevaleresse’, Damien Geffroy signe son premier récit en auteur complet et choisit d’entrer en scène par la grande porte : celle de l’épopée ! Cette aventure d’heroic fantasy teintée d’humour est un voyage au long cours, savoureux, trépidant et délicieusement drôle, et durant lequel de très bons gags ne manquent certes pas.
‘Pax Elfica T3 L’épée de Bren’, de Mayen & Bruno au Lombard
Depuis qu’ils ont délivré le monde de la menace d’un Nécromancien, les Elfes ont instauré la ‘Pax Elfica’, un régime autoritaire qui interdit toute utilisation de la magie aux autres races.
Mais le jeune Tano a grandi dans le petit monde multiculturel de l’auberge de son père Klaus, où se côtoient nains, halfelins, barbares et réfugiés. Alors pour lui, pas question d’obéir docilement aux maîtres autoproclamés de la ville : chaque nuit, sous la capuche de ‘La Flèche’, il sabote leurs patrouilles et défie leur autorité. Jusqu’au soir où il se retrouve contaminé par une mystérieuse graine elfique.
Avec ce troisième tome, Cédric Mayen poursuit son exploration d’un univers de fantasy qui emprunte autant aux codes de l’heroic fantasy classique qu’aux récits de résistance et d’occupation. Adapté du jeu de rôle éponyme de Claude Guéant, ‘Pax Elfica’ se distingue par sa capacité à tisser des intrigues politiques complexes dans un monde peuplé de créatures féériques.
Côté graphique, Pietrantonio Bruno confirme son talent pour donner vie à cet univers riche et contrasté : son trait précis et dynamique capture aussi bien l’intensité des scènes d’action que la profondeur émotionnelle des moments plus intimes. Quant aux couleurs d’Axel Gonzalbo, elles viennent sublimer ce travail en jouant sur des atmosphères tantôt chaleureuses, tantôt oppressantes, qui renforcent la dualité de ce monde partagé entre espoir et tyrannie.
Vivement la suite et fin de cette saga prévue dans un quatrième et dernier album, qui devrait paraître au milieu de l’année 2027.
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