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Quand ces dames s’imposent comme héroïnes de BD

par Charles Demoulin

9 juin 2026

Au travers des six bédés présentées cette semaine, pas moins de cinq héroïnes. Mamie Luger, une centenaire au langage fleuri et au passé explosif ; Jones issue de la série XIII ; Margaret Thatcher, alias la Dame de fer ; Julie Wood, cette pilote moto enfantée par Jean Graton le papa de Michel Vaillant, et enfin, Miss Tattoo, qui prend la relève de Caroline Baldwin.

‘Mamie Luger – La tentation du mâle’, de Nicolas Kéramidas chez Casterman

Berthe Gavignol, 102 ans, est arrêtée par la police après avoir tiré sur un homme avec un Luger, un vieux pistolet allemand.

Mais ce n’est que le début : au fil de l’interrogatoire, cette ‘petite mamie’ au langage fleuri révèle un passé explosif, fait de cadavres, de secrets bien enfouis, et de luttes contre les violences faites aux femmes.

Cette adaptation en trois tomes du roman noir et burlesque à l’humour grinçant vendus à plus de 290 000 exemplaires de Benoît Philippon est un hommage à la justice par les armes d’une femme qui refuse de rester victime.

Entre rires et frissons, Mamie Luger est une ode déjantée à la liberté, à la vieillesse badass et à la vengeance sur fond de critique sociale et de féminisme.

C’est jubilatoire en diable. Le dessin de Kéramidas est celui qu’il fallait pour nous disséquer d’un coup de crayon vif et dynamique, les situations piquantes et déjantées dans lesquelles se retrouve cette pionnière de la lutte féministe. C’est le genre d’album dont on attend la suite avec une impatience non dissimulée.

‘Mamie Luger – La tentation du mâle’, de Nicolas Kéramidas chez Casterman

‘Jones – La Danse du soleil T3’, d’Olivier Taduc et Yann chez Dargaud

Après avoir pris le contrôle de l’ancien pénitencier d’Alcatraz, des activistes amérindiens enragés détiennent un grand nombre d’otages afin de médiatiser leurs revendications ethniques. Depuis, ils ont fait capturer le général Carrington et repoussé un assaut de la police de San Francisco.

Infiltrée clandestinement sur l’île, la sous-lieutenante Jones a les cartes en main pour débloquer la situation. Avec toutefois une contrainte de poids : Marcus, son frère aîné, est présent à Alcatraz dans les rangs des Warriors. Aucun faux pas n’est permis pour la protégée de Ben Carrington.

Avec ‘La Danse du soleil’, Yann et Taduc achèvent leur trilogie consacrée aux premiers pas du sous-lieutenant Jones, un des personnages emblématiques de la série XIII, dans la carrière militaire.

Situé en 1970, le récit s’appuie sur des faits réels, l’occupation de l’île d’Alcatraz par l’American Indian Mouvement, un épisode qui dura dix-neuf mois, de manière pacifique. Sa transposition en fiction l’est beaucoup moins, afin de pouvoir faire intervenir Jones et les SPADS de Ben Carrington. Les débuts du sous-lieutenant dans l’armée montrent le caractère déjà bien trempé de la jeune femme.

On sait qu’avec Yann au scénario, l’intrigue ne connaître pas de temps morts et percutera à souhait. Quant au graphisme d’Olivier Taduc, il est en accord parfait avec celui du regretté William Vance. C’est dire si les amateurs de ‘XIII’ vont se régaler avec ce qui est malheureusement la fin de cette superbe trilogie.

‘Jones – La Danse du soleil T3’, d’Olivier Taduc et Yann chez Dargaud

‘Julie Wood – Secrets de famille’, de Pelaez et Stassi chez Graton 

Les parents de Julie Wood ont été assassinés. Mais par qui et pourquoi ? L’oncle Chris, qui s’occupe de la jeune Julie, de ses frères et de l’ancien garage de la famille Wood, pourrait sans doute répondre à cette question, s’il n’avait pas subitement disparu !

Une disparition qui semble concerner le cruel Stefan Marowski, truand polonais passionné de traditions japonaises… Mais pour l’heure, Julie a un autre défi à relever : une importante course de Flat Track, discipline de motocross par laquelle elle espère percer sur les circuits pros. Et ce, bien évidemment, si les ‘tauliers’ du circuit lui laissent bien sûr le loisir d’exprimer son insolent talent ! 

Entre thriller tendu, quête des origines et fureur des moteurs, retrouvez la suite des aventures de Julie Wood, la mythique héroïne motarde de Jean Graton, dans un reboot aussi moderne que respectueux !

On notera toutefois que le crayon et la palette de coloris qu’utilise Claudio Stassi ne cherchent en rien à imiter ceux qui faisaient l’apanage de Jean Graton. L’homme entend imposer son propre style à cette nouvelle série d’une Julie relookée, et c’est très bien ainsi.

‘Julie Wood – Secrets de famille’, de Pelaez et Stassi chez Graton 

‘La Sorcière qui a changé le monde’, de Le Naour et Van Der Zuiden chez Grand Angle

En 1979, l’Angleterre était punk, la Première ministre encore pire… Angleterre, années 1970. Alors que le pays s’enlise dans une crise profonde, une femme discrète s’impose contre tous : Margaret Thatcher.

Fille d’épicier devenue cheffe du parti conservateur, elle accède au pouvoir en 1979 et engage une rupture radicale. Privatisations, affrontements avec les syndicats, guerre des Malouines, détestation de l’Europe qualifiée de ‘pays de cinglés’, lune de miel avec Reagan… Un grand sabbat néolibéral commence ! 

Experte en communication, la ‘Dame de fer’ fait marcher au pas ses collaborateurs et au bazooka ses adversaires. Détestée autant qu’admirée, Thatcher va bouleverser les codes du pouvoir et transformer durablement la société britannique, pour le meilleur et pour le pire…

Plus qu’une biographie, ‘La Sorcière qui a changé le monde’ est la chronique d’une révolution libérale qui continue encore aujourd’hui de nous influencer. C’est en fait le portrait acide et documenté de celle qu’on appelait Maggie la Dame de fer, et dont l’ascension fut aussi fulgurante que sa chute fut brutale au début des années 1990.

‘La Sorcière qui a changé le monde’, de Le Naour et Van Der Zuiden chez Grand Angle

‘Miss Tattoo – La chèvre et le tigre’, d’André Taymans et Elisabetta Barletta au Tiroir

En 2020, André Taymans mettait un point final à sa série phare ‘Caroline Baldwin’ avec un ultime album intitulé ‘Les Faucons’.

Quatre ans plus tard, il eut envie de retrouver l’univers de Caroline, dont …la suite lui était réclamée inlassablement par les nombreux fans de la série. 

Décision fut donc prise de propulser dans la lumière le personnage de Miss Tattoo, dont on apprenait dans les deux derniers épisodes de Caroline Baldwin qu’elle était la demi-sœur de celle-ci. Exit donc Caroline et bonjour à Miss Tattoo qui entre en scène en 2024 dans un premier album intitulé ‘L’Héritière’. La suite directe du dernier Caroline Baldwin.

Un peu plus d’un an plus tard, ‘La Chèvre et le Tigre’ vient conclure ce premier diptyque. Cette nouvelle série scénarisée et storyboardée par André Taymans est dessinée par la talentueuse dessinatrice italienne Elisabeth Barletta.

Les fans de Caroline Baldwin y retrouvent tous les ingrédients et les personnages qui ont fait le succès de la série. Gary Scott, l’agent du FBI ami de Caroline, et l’inspecteur Philips sont de la partie dans ce premier diptyque qui revisite les heures sombres de la politique américaine actuelle. Toute ressemblance avec des personnages existants n’est pas fortuite !

En conclusion : les fans de Caroline ne seront certes pas déçus par l’arrivée de Miss Tattoo. C’est vrai qu’elle est sa demi-sœur et que, comme elle, elle possède l’ADN de la famille. C’est dire si cette dame est tout aussi percutante et vit souvent un flingue à la main !

‘Miss Tattoo – La chèvre et le tigre’, d’André Taymans et Elisabetta Barletta au Tiroir

‘Criticopolis’, de Marie Baudet chez Glénat

Vincent Ballot est écrivain. Un matin, en ouvrant le journal, il découvre une critique assassine de son dernier livre. Par curiosité, il tape le nom de son bourreau sur Internet.

Ce qu’il trouve alors le propulse dans une filature aussi étrange qu’involontaire, où l’obsession flirte dangereusement avec le ridicule… Entre absurde et tension psychologique, Criticopolis nous emmène dans un monde où la critique ordinaire règne. Une comédie jubilatoire dans laquelle Marie Baudet dresse le portrait acide et corrosif de toute une génération, et interroge la légitimité d’une époque où tout est commenté, noté, jugé.

Au-delà, on s’attardera quelques minutes pour tenter de décrire le graphisme de Maria Baudet.  Pas d’yeux, pas de nez, pas de bouche pour finaliser ses personnages. Si elle tient à le faire, alors elle y ajoute une paire de lunettes de soleil, une barbe ou les deux à la fois. Quant aux décors, c’est souvent une rue, un pont, une fenêtre. Par contre, ses coloris sont très lumineux. Bref, un style graphique plus que personnel.  

‘Criticopolis’, de Marie Baudet chez Glénat

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