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La rentrée littéraire est bel et bien là. De même qu’Amélie Nothomb !

par Charles Demoulin

30 août 2026

C’est devenu une bonne habitude, lors de la rentrée littéraire, on retrouve quasi invariablement un nouveau texte issu de la plume à l’humour noir et grinçant signé Amélie Nothomb. De quoi comprendre pourquoi cette année 2026 voit arriver en librairie le 35e roman écrit par cette dame tout de noir et blanc vêtue, et qui utilise un français soigné, pour le moins ourlé de mots rares et de formules ciselées.

‘Celle qui sait’, de Riley Sager chez Verso

Le massacre de la famille Hope, lors d’une nuit sanglante de 1929, a bouleversé les habitants du Maine. Si la plupart des gens sont persuadés que Lenora, dix-sept ans, en est responsable, la police n’a jamais pu le prouver.

Après avoir nié à l’époque toute implication, l’intéressée n’a plus quitté Hope’s End, le manoir dressé en bord de falaise où le drame s’est produit.

Nous sommes en 1983 lorsque Kit McDeere, aide-soignante à domicile, se présente pour s’occuper de Lenora après la fuite inexpliquée de sa précédente infirmière. Âgée de plus de soixante-dix ans et en fauteuil roulant, Lenora a été rendue muette par une série d’AVC. Elle ne peut communiquer avec Kit que grâce à une vieille machine à écrire.

Jusqu’au soir où, de son seul doigt valide, elle commence à taper : « Je veux tout vous raconter. »

À couper le souffle. Addictif. Une lecture d’enfer. Terrifiant. Un vrai choc. Frissonnant. Les mots ne manquent pas pour qualifier ce thriller phénomène qui n’a pas quitté le top des meilleures ventes américaines depuis sa parution en 2023. 

C’est vrai que dès l’instant où vous franchissez les portes de cette étrange demeure qu’est ‘Hope’s End’, vous êtes soudain happés par une atmosphère étouffante, qui vous engloutit totalement jusqu’à ce qu’arrive le mot fin. 

‘L’adolescence du perroquet’, d’Amélie Nothomb chez Albin Michel

Alban, un jeune célibataire devenu chroniqueur à la radio, mais également visiteur inconditionnel du Louvre va voir sa vie totalement bouleversée suite à la lecture d’une petite annonce punaisée au bas de son immeuble.

En fait, le voisin du sixième proposait à qui en avait l’envie, l’offre d’un jeune perroquet. Sans trop réfléchir, mais surtout afin de pallier sa détresse affective, Alban s’en va frapper à la porte du sixième et se retrouve d’emblée en possession de Jo, un gris du Gabon. Une espèce au langage fleuri, très intelligente, dotée d’un plein d’humour, mais également d’une certaine forme de perversité.

Et c’est là la raison principale, mais pas que …, pour laquelle la vie de ce cher Alban va soudain basculer dans le désenchantement. Et pourtant il aime ce perroquet qui pourtant n’a de cesse que de lui pourrir la vie.

C’est plein d’humour, souvent grinçant, il est vrai. C’est truffé de situations cocasses. Comme d’habitude, via un roman court de quelque 150 pages, Amélie Nothomb nous offre une nouvelle comédie humaine teintée de noir, mais où l’on s’amuse beaucoup. Une comédie où elle s’interroge sur la faculté que possède l’être humain à pouvoir ou non gérer des blessures intimes. 

‘L’adolescence du perroquet’, d’Amélie Nothomb chez Albin Michel

‘Autobiographie de mon corps’, de Lize Spit chez Actes Sud

Fin 2021, Lize Spit reçoit un e-mail dans lequel sa mère lui annonce qu’elle est atteinte d’une maladie incurable. Alors que le temps d’Agnès lui est désormais compté, Lize tente un dernier rapprochement.

Jamais trouver les mots n’a été aussi difficile, jamais trouver les mots n’a été aussi nécessaire. Et l’auteure d’expliquer : « J’ai grandi dans une famille où la langue était importante, car on taisait les choses qui comptaient vraiment. La langue était utilisée comme une forme de violence, pour rabaisser. J’ai grandi avec une mère enfermée dans son rôle de mère et de femme, et qui tentait de s’en délivrer par l’alcool. Mais que valent les mots prononcés sous influence, combien d’eux disent la vérité ? »

Et de surenchérir : « Je voulais être proche d’elle, physiquement, je voulais la toucher, je voulais lui dire adieu comme il se doit, mais cela m’était impossible, car son corps suscitait en moi du dégoût par la quantité de souvenirs que mon propre corps avait emmagasinés. Ce fut pour moi le début d’une quête intérieure. La seule manière de me débarrasser de ce dégoût était d’essayer de le nommer, pour le démanteler. »

‘Autobiographie de mon corps’ est un véritable laboratoire d’écriture sur ce que produit la maladie sur le langage et sur les liens familiaux. Une lecture fascinante, à la fois douce et féroce, sous forme de radiographie du corps de la narratrice, Lize, se décrit uniquement à travers la souffrance ou la honte, de l’enfance jusqu’à aujourd’hui.

‘Autobiographie de mon corps’, de Lize Spit chez Actes Sud

‘Le grand rêve noir’, de Rob Franklin chez autrement

New York, 2019. Au terme d’un été étouffant, Smith, jeune diplômé de Stanford issu de la bourgeoisie noire d’Atlanta, est arrêté en sortant d’une soirée pour possession de cocaïne.

Contraint de suivre un programme de désintoxication en attendant son jugement, Smith doit résister aux attraits de la nuit new-yorkaise. Cet épisode intervient quelques semaines seulement après la mort tragique d’Ella, sa colocataire et amie, fille d’une célèbre chanteuse de soul.

Alors que l’enquête sur les circonstances de sa disparition avance, livrant des révélations déroutantes, Smith se demande s’il connaissait si bien Ella. Cherchant refuge chez ses parents à Atlanta, il est vite acculé par les attentes de sa famille et croule sous le poids de leur passé.

S’attachant à dépeindre les errances d’une jeunesse dorée, ‘Le Grand Rêve noir’ est un premier roman remarquablement puissant et teinté d’humour. Un roman autopsiant un homme pris au piège d’une spirale qui s’en vient entraver une ascension prometteuse : comment retrouver le chemin de l’espoir ?

‘Le grand rêve noir’, de Rob Franklin chez autrement

‘Des femmes sans bouche’, de Maud Jan-Ailleret chez HarperCollins traversée

À quarante-deux ans, Camille pense avoir verrouillé son existence de la même manière dont elle soigne ses patientes : avec précision et détachement.

Gynécologue obstétricienne dévouée, elle aide les autres à donner la vie tout en gardant la sienne à distance raisonnable du chaos. Mais lorsque Henri, las d’attendre un engagement qui n’arrive pas, la quitte brutalement, sa carapace se fissure.

Pourquoi l’idée de devenir mère la paralyse-t-elle autant ? Camille se lance alors dans une quête vertigineuse : démêler les secrets, les hontes et les traumatismes qui se transmettent de mère en fille dans sa famille.

De Belle-Île-en-Mer aux rives du Mékong, en passant par les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, Camille tisse un fil qui la mènera bien plus loin qu’elle ne l’imaginait.

‘Des femmes sans bouche’ est une fresque familiale bouleversante sur la résilience et la transmission, qui nous rappelle que pour avancer, il faut parfois oser regarder en arrière et, surtout, se parler.

Il faut dire que les personnages mis en scène par une Maud Jan-Ailleret à la sensibilité exacerbée font preuve d’une profonde humanité. De quoi comprendre que ce superbe roman est tout en émotions diverses.

‘Des femmes sans bouche’, de Maud Jan-Ailleret chez HarperCollins traversée

‘Ce que nous sommes’, de Nora Bossong aux Escales

Berlin, 1919. Hans et Hellmut, camarades d’école, deviennent amis. Une amitié intime teintée d’ambiguïté, car Hans tombe amoureux d’Hellmut, lui-même épris de sa belle-mère Magda.

Quand Hellmut disparaît, Hans se rapproche de Magda, et leur liaison s’étend jusqu’à ce que celle-ci rencontre son futur mari : Joseph Goebbels. Très vite, Magda, national-socialiste fanatique et ‘mère modèle’ du Troisième Reich saturent, en compagnie de ses enfants, les journaux de leur image de papier glacé.

Hans, quant à lui, est de plus en plus en danger à cause de son homosexualité. Pourtant, il continue à servir un régime qui le menace.

‘Ce que nous sommes’, ouvrage incroyablement intelligent, entrelace les trajectoires de Magda et de Hans pris dans la tourmente de l’Histoire, et pose la terrible question de ce que nous choisissons de faire ou de ne pas faire.

Au-delà d’une incursion historique dans l’Allemagne nazie, Nora Bossong fait entrer ses lecteurs de façon passionnante, dans l’intimité de celle qui vénérait à ce point Hitler, que le prénom de ses six enfants commence par un H.

‘Ce que nous sommes’, de Nora Bossong aux Escales

‘Petit Frère’, d’Anne Duvivier chez M.E.O.

En 1985, Louise, une ‘Madame Parfaite’, ayant un mari affectueux et des jumelles, est rattrapée par l’histoire souterraine des Anderson, sa famille d’origine.

Peter, le père aimant, mais faible ; Odile, la mère fantasque, alcoolique et hypocondriaque ; Brigitte, la sœur cadette partie aux antipodes dès qu’elle l’a pu ; Gilles, le petit frère dont on ne sait que faire, dissipé, frondeur, impertinent depuis l’enfance, une graine de mauvaise herbe incapable de se tenir à un emploi… 

Autour de ce noyau gravitent Wolf, l’ami ambigu, médecin gynécologue qui à la fois soigne et entretient

la dépendance médicamenteuse d’Odile ; ‘Mademoiselle’, une perle, femme à tout faire dans la maison ; Esther, concierge nature, confidente et grande amie d’Odile… 

Tout ce petit monde couve des non-dits, dont Louise cherche à démêler les fils. Une urgence, si elle veut pouvoir avancer dans sa vie.

Un récit axé sur chaque membre d’une famille, et dans lequel la psychothérapeute qu’est Anne Duvivier nous dépeint sans ambages, la personnalité et les pensées de chacun d’eux.

‘Petit Frère’, d’Anne Duvivier chez M.E.O.

‘Vie et mort d’une mite’, de Rowe Irvin chez Paulsen

Elles vivent dans une cabane isolée, au cœur de la forêt, là où rien ne peut les atteindre. À seize ans, l’adolescente ne connaît pas d’autre visage que celui

de sa mère. Son monde se résume à quelques arpents de terre, ses jours sont rythmés par le passage des saisons et les rituels que Maya lui impose pour la protéger de la corruption qui guette de l’autre côté de la barrière.

Mais un jour, leur fragile équilibre est bouleversé par l’arrivée d’un jeune homme venu du monde hostile dont Maya veut préserver sa fille. Cet étranger ne risque-t-il pas de détruire le cocon qu’elle a soigneusement tissé, et de provoquer l’effondrement de leur microcosme ?

Servi par une écriture viscérale, ce roman invite à une exploration plus que troublante de l’amour maternel.

Cet ouvrage pourrait en fait se présenter tel un conte se déroulant au cœur même de la forêt où seuls se croisent animaux et flore diversifiée. Un conte où Maya a emmené sa fille dans ce coin paisible, afin de la préserver d’un monde extérieur devenu ‘pourriture’. Et ce jusqu’au jour où un autre humain fait son entrée dans ce ‘sanctuaire’ jusque-là préservé.

Un réel tour de force que ce remarquable huis clos qui tisse, en toile de fond, un questionnement sur la violence faite aux femmes.

‘Vie et mort d’une mite’, de Rowe Irvin chez Paulsen

‘La vie, impair et passe’, de Jean-Michel Guenassia chez Albin Michel

À cause d’un stupide malentendu, Dany, fils et petit-fils de forains, se retrouve un jour abandonné par la communauté manouche où il est né.

Mais le destin a plus d’un tour dans son sac et c’est grâce à cette mésaventure que Dany va se retrouver à Sète, chez Lucy et son compagnon, Hector, un génial braqueur passionné d’opéra.

De la fête foraine au casino de Sète, de la prison de Fleury-Mérogis au couvent des Clarisses, vous ne pourrez plus oublier Dany le manouche baryton, Hector le braqueur mélancolique, Carole la fille qui chantait comme un garçon, Léna celle qui se trompait à tous les coups et Lucy la mère qui aimait si mal.

‘La vie, impair et passe’, c’est un jeu de dés que le destin s’amuse à lancer. Mais laissera-t-il sa chance à chacun de retomber sur ses pieds ? Là est la question !

Dans ce roman haletant, baignant constamment dans la musique, et où les destins de certains personnages s’avèrent incroyables, l’auteur explique de façon plus que lucide, qu’il ne faut jamais poser des jugements hâtifs sur des personnes dont on ne connaît rien de leur historique.

Un roman dédié aux aléas de la vie, d’une grande originalité, et écrit par une plume fluide et addictive tout à la fois. Une belle découverte que je vous conseille vivement.

‘La vie, impair et passe’, de Jean-Michel Guenassia chez Albin Michel

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