par Mariangelina Scigliano
24 août 2026
Il y a des choses que vous avez vécues sans même réaliser qu’elles allaient disparaître. Des petits gestes du quotidien, des habitudes aujourd’hui presque inconcevables, des objets que vous trouviez parfaitement normaux… et qui feraient presque office de pièces de musée pour les générations qui arrivent.
Vous souvenez-vous chères Janette de l’époque où il fallait attendre devant le téléphone fixe parce que quelqu’un d’autre était déjà en ligne ? Où l’on prenait des photos sans savoir immédiatement si elles étaient réussies ? Où l’on écrivait des SMS en essayant de faire tenir toute une conversation dans quelques caractères ?
Bienvenue dans le club très fermé de celles qui peuvent dire : « Nous, on a connu ça. »
Et finalement, nous avons peut-être eu une chance incroyable : celle d’avoir connu le monde avant Internet, puis le monde après. Une époque où l’on savait s’ennuyer, attendre, improviser… avant de découvrir qu’il était possible d’avoir tout, tout de suite.
Avant le smartphone, le téléphone avait une place bien précise dans la maison. Et surtout, il avait un fil.
Pour appeler une copine, il fallait composer son numéro sur le téléphone fixe et espérer tomber sur elle… plutôt que sur ses parents.
Et lorsqu’on sortait de chez soi ? Pas de localisation en temps réel, pas de « Je suis arrivée », pas de partage de position. Si vous disiez « je serai là à 20 heures », il fallait simplement… être là à 20 heures.
Vous vous rappelez des appareils photo jetables ?
On pouvait partir en vacances, prendre 24 ou 36 photos et attendre plusieurs jours avant de découvrir le résultat.
Et là, deux possibilités : soit vous aviez réussi votre photo… soit vous aviez immortalisé votre doigt devant l’objectif.
Pas de suppression. Pas de filtre. Pas de deuxième prise en mode « attends, je la refais ».
La photo était prise. Et il fallait vivre avec et que cela finisse dans un chouette album souvenir.
Et surtout, nous n’avions pas besoin que chaque moment soit « Instagrammable ».
Nous pouvions passer une soirée entière à regarder le coucher du soleil sans nous demander si la lumière était suffisamment belle pour une publication.
Nous nous baignions sans penser à prendre une photo dans l’eau. Nous mangions une glace sans faire de story. Nous découvrions un joli paysage sans chercher immédiatement l’endroit parfait pour nous prendre en photo devant.
Et parfois, personne ne prenait de photo. Et pourtant, nous nous en souvenons encore. Parce que le souvenir n’avait pas besoin d’être publié pour exister.
Pas de Wi-Fi ? Tant pis. Pas de réseau ? Encore mieux.
Nous étions capables de passer une après-midi entière à inventer des jeux avec trois fois rien : un ballon, quelques cartes, une serviette, des cailloux, un jeu de société déjà fait mille fois…
On inventait des règles, on se disputait parce que quelqu’un trichait, puis on reprenait le jeu cinq minutes plus tard.
Nous savions nous ennuyer. Et surtout, nous savions quoi faire de cet ennui.
Aujourd’hui, quelques minutes sans rien faire peuvent sembler interminables. À l’époque, elles pouvaient devenir le début d’une aventure.
Aujourd’hui, vous rencontrez quelqu’un pendant vos vacances et, avant même d’avoir quitté la plage, vous l’avez probablement déjà ajouté sur Instagram.
À notre époque ? On se disait simplement : « À l’année prochaine. »
Et c’était vraiment l’année prochaine. Pas de stories pour suivre leurs vacances. Pas de Snapchat. Pas de messages quotidiens pour savoir ce qu’ils faisaient.
Il fallait attendre douze mois pour retrouver cette bande de copains rencontrée sur la plage.
Et le plus fou ? Nous nous en souvenions encore parfaitement.
Aujourd’hui, une chanson est disponible en quelques secondes.
À notre époque, il fallait parfois attendre sa diffusion à la radio pour pouvoir l’enregistrer sur une cassette. Et surtout, il fallait être rapide sur le bouton « REC » pour éviter d’avoir la voix de l’animateur au début.
Puis sont arrivés les CD, et les fameux CD gravés.
Avant de partir en vacances, on préparait soigneusement la bande-son du trajet : les tubes du moment, les chansons qu’on adorait, celles qu’on connaissait par cœur et, évidemment, le morceau que quelqu’un avait absolument voulu ajouter alors que personne ne l’aimait.
On glissait le CD dans l’autoradio.
Et c’était parti.
La route des vacances avait sa propre playlist.
Le fameux bruit du modem. Quelques secondes de grésillements et de bips pour finalement accéder à Internet.
Et surtout : personne ne pouvait utiliser le téléphone pendant ce temps.
Aujourd’hui, une page qui met trois secondes à charger nous semble interminable. À l’époque, nous avions une patience que nous avons manifestement perdue en chemin.
Avant les claviers tactiles, écrire « coucou, ça va ? » pouvait devenir une véritable épreuve sportive.
Il fallait appuyer plusieurs fois sur la même touche pour obtenir la bonne lettre. Et évidemment, le nombre de caractères était limité. Chaque mot comptait.
Un « bisous » pouvait presque devenir une décision stratégique.
Vous ne pouviez pas regarder une série quand vous le souhaitiez. Il fallait attendre le jour et l’heure de diffusion.
Et si vous aviez raté l’épisode ? Tant pis.
Pas de replay, pas de plateforme de streaming, pas de « prochain épisode dans 5 secondes ».
Vous aviez simplement raté votre épisode… et vous deviez faire avec.
Vous connaissez encore ce geste ?
Déplier une carte gigantesque sur le capot de la voiture et essayer de comprendre où vous étiez.
« Tournez à droite après le rond-point. »
« Lequel ? »
« Mais celui après la station ! »
Et personne ne pouvait vérifier qui avait raison sur Google Maps.
Pas une photo dans une conversation de groupe.
Pas une story via nos réseaux sociaux juste pour impressionner notre communauté.
Une vraie carte postale.
On choisissait celle avec le monument le plus kitsch, on écrivait trois lignes avec un stylo qui marchait une fois sur deux, on cherchait un timbre et une boîte aux lettres.
Puis on la glissait dans la fente.
Et quelqu’un, quelque part, allait recevoir notre petit bout de vacances quelques jours plus tard.
Pour acheter quelque chose, il fallait aller dans un magasin.
Pas de livraison le lendemain matin. Pas de panier sauvegardé pendant trois semaines. Pas de 48 onglets ouverts pour comparer les prix.
Et surtout, pas de colis qui arrivent mystérieusement alors que vous aviez juré de « ne rien avoir commandé ».
C’est peut-être ça, finalement, le plus grand changement : nous avons connu une époque où il fallait attendre.
Attendre une réponse, une photo développée, sa chanson préférée à la radio, le prochain épisode d’une série… ou simplement les vacances et le retour des copains d’été.
Et même si aujourd’hui, nous sommes bien contentes d’avoir nos smartphones, nos playlists instantanées, nos GPS et nos séries à volonté, il y avait quelque chose de joli dans cette attente.
Nos vacances, elles, laissaient peu de traces numériques : quelques photos floues, un CD gravé pour la route, une carte postale, un bracelet de plage… et surtout des souvenirs que nous sommes parfois les seules à pouvoir raconter.
Pas de galerie de 2 000 photos. Pas de vidéo de chaque instant. Juste nous, nos amis, nos familles et cette sensation que l’été allait durer éternellement.
Alors oui, nous sommes probablement l’une des dernières générations à avoir connu tout ça.
Nous savons envoyer un GIF en trois secondes, mais nous savons aussi ce que c’était que d’attendre une photo développée. Nous savons partager notre position, mais nous avons appris à nous retrouver sans GPS. Nous pouvons regarder une saison entière en un week-end, mais nous avons connu l’excitation d’attendre le prochain épisode.
Et peut-être que c’est justement ce qui nous rend particulières : nous avons connu le monde avant qu’il devienne instantané.
Et vous Janette, quelle habitude de votre enfance vous semble aujourd’hui complètement incroyable ?
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