par Mélina Hoffmann
9 juin 2026
À Luxembourg-ville, on les a forcément déjà croisés. Deux lions de bronze, posés de part et d’autre de l’entrée de l’Hôtel de Ville, sur la place Guillaume II. Ils font partie du décor du Knuedler, au même titre que le marché, les terrasses ou les grands événements qui animent régulièrement la place. Pourtant, ces deux fauves signés Auguste Trémont, qui semblent monter la garde, méritent qu’on s’attarde sur eux. Ils racontent à leur manière un morceau très luxembourgeois de l’histoire de la ville.
Installés devant l’Hôtel de Ville depuis 1931, les deux lions encadrent le perron avec une assurance presque intimidante, il faut le reconnaître ! Et pour cause, Auguste Trémont ne les a pas traités comme deux simples ornements. Avec leurs pattes massives, leur crinière travaillée et leur tête bien droite, il a su leur donner une vraie densité, nourrie par l’observation précise des félins.
Auguste Trémont naît à Luxembourg en 1892. Avant de devenir l’un des grands noms de la sculpture animalière luxembourgeoise, il se forme au dessin, à la peinture et aux arts décoratifs. Son parcours le mène à Paris, notamment aux Beaux-Arts, mais aussi à Dudelange, où il observe le monde des aciéries. Une étape de son parcours qui comptera dans son travail et notamment dans son attention portée à la matière, aux gestes et à la force physique.
À Paris, Trémont fréquente aussi la ménagerie du Jardin des Plantes, où il observe longuement les animaux. Ceci explique cela ! Les félins deviennent peu à peu l’un de ses grands sujets : lions, tigres, panthères reviennent régulièrement dans son travail, avec un soin particulier porté aux corps, au mouvement et aux détails. Cela se retrouve dans les lions du Knuedler. Leur posture et leur expression leur donnent une apparence très vivante. Rien d’étonnant, donc, à ce que le nom de Trémont soit resté associé à ce bestiaire puissant, très présent dans l’espace public luxembourgeois.
Leur emplacement n’est pas non plus anodin. La place Guillaume II, le « Knuedler » pour les intimes, occupe l’emplacement d’un ancien couvent franciscain. Ce surnom viendrait du nœud de la cordelière portée par les moines. L’Hôtel de Ville, construit entre 1830 et 1838, aurait d’ailleurs été bâti en partie avec les pierres de ce couvent. Les lions de Trémont se tiennent donc devant un bâtiment politique majeur, sur une place qui garde aussi la trace d’un Luxembourg plus ancien.
Le choix du lion, quant à lui, parle immédiatement aux Luxembourgeois puisqu’il renvoie au Roude Léiw, le lion rouge héraldique, l’un des grands symboles nationaux. Placés ainsi à l’entrée de l’Hôtel de Ville, les deux fauves évoquent à la fois la protection, l’autorité et l’identité luxembourgeoise. Avec le temps, ils sont aussi devenus de véritables repères du quotidien.
Un détail vaut le coup d’œil : les sculptures portent la signature d’Auguste Trémont, mais aussi celle du fondeur parisien Hohwiller. Cette mention discrète rappelle que l’œuvre a aussi une histoire d’atelier, de fonte et de savoir-faire technique. On raconte même que Winston Churchill aurait possédé un exemplaire d’un lion en bronze de Trémont ! Une anecdote étonnante, qui dit assez bien la portée du travail d’Auguste Trémont, à la fois profondément luxembourgeois et capable de voyager bien au-delà du Grand-Duché.
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