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[C’est dans le mag] Sexperte! Le corps gravé, percé, tatoué, coupé… un nouvel aphrodisiaque?

par Sophie Pilcer

30 mars 2017

Un papillon à la naissance des seins, un bras viril gravé de “love Janette pour la vie”, des statiques prothèses mammaires sous un plongeant décolleté… Modifier son corps, transformer son corps, tenter de le rendre plus aimable, plus sexy, mais pour qui? Soi? L’autre? Le voisin? La voisine? Le mec du bureau d’à côté?…

Et puis cela permet-il d’avoir plus de plaisir sexuel ou s’agit-il juste de faire croire qu’on est une femme libérée sexuellement, et qui sait jouer de son corps?

Commençons par la chirurgie esthétique (j’exclus évidemment la réparatrice qui n’a rien à voir). Transformer son corps par la chirurgie esthétique, c’est participer d’une mise en conformité de soi, c’est se soumettre à des normes imaginaires qui soulignent qu’être belle est un devoir, une servitude à laquelle il faut se soumettre. Et oui chère Janette, laquelle d’entre nous n’a jamais rêvé de ressembler à ces lisses, jeunes et parfaites icônes dont les magazines féminins vont faire un véritable guide de vie (voire de survie pour certaines). Il y a une orthodoxie du corps, une obligation à ne pas se laisser aller… Sois mince, coiffée, épilée, maquillée, colorée, habillée, regardée… Ou sinon reste chez toi! Telle est l’invisible petit voix qui ronge nos Janette, même celles qui se disent les plus hyper féministes. C’est vrai, a-t-on déjà vu des Femen vieilles, grosses, laides, moches, le sein pendant…? Après cette pression populaire, il ne reste qu’un pas pour aller se faire botoxer, hyaluroniser ou décider que sa vieille paire de seins doit être remplacée par une carrosserie toute neuve, toute lisse, toute ferme.

A côté de ces diktats d’une mise au norme du corps féminin, il existe d’autres pratiques de modifications du corps, dites plus inventives voire rebelles. Les tatouages et piercings. Ces pratiques ancestrales deviennent aujourd’hui un véritable phénomène de mode. Qui se choquerait d’une petite coccinelle dans le décolleté portée par une jolie fashionista, ou d’un dessin signé et stylisé transformant un bras en une sublime manche de vêtement japonais? Cette mode d’écrire son identité à fleur de peau est devenue aussi banale que le trait d’eye liner de votre boulangère. Et pourtant, même si la tatouage n’est plus une pratique transgressive, il donne la sensation d’avoir fabriqué un bout de soi.
Citons par exemple un passage du roman Sous le règne de Bone de Russell Banks : “Je me sentais super bien, comme si j’étais une personne toute neuve avec un nouveau nom et même un nouveau corps. Un tatouage vous fait sentir ce genre de chose. Il vous fait penser à votre corps comme à un costume particulier que vous pouvez mettre ou cacher chaque fois que vous en avez envie”.

Je vous sens inquiète, Janette: où est passée notre sexperte? S’est-elle transformée en sociologue spécialisée dans les modifications corporelles? Quel est le lien entre ces corps modifié et l’érotisme? Pour répondre à cette question, je vais vous raconter une histoire tirée d’un film (“La femme tatouée” de Yoichi Takabayashi). Un homme tombe amoureux non pas d’une femme mais de sa peau belle, pure, transparente dans laquelle il voit d’emblée la plus excitante des pages blanches. Par amour réciproque pour cet homme, la jeune femme accepte de se faire tatouer de la base du cou jusqu’au reins. Et le tatoueur va procéder à un rituel très particulier. Ayant constaté que la peau n’est jamais aussi sublime que pendant la jouissance, il va demander à son assistant de s’étendre sous la jeune femme et de la prendre pendant le tatouage, considérant que la douleur du tatouage sera compensée par le plaisir qu’il saura lui donner.

Cette rapide présentation de ce sublime film japonais illustre parfaitement que le tatouage est une expérience érotique qui conjugue plaisir et douleur. C’est une chose vivante et sexuelle que le tatouage, il allie des substances liquides organiques. Il y a d’abord la sueur qui inonde le visage du tatoueur, il y a le sang qui s’écoule de la peau transpercée et puis l’encre qui se mêle et se mélange au filet rouge. L’encre pénètre, marque de façon indélébile la peau de l’être aimé. Le moment du tatouage peut avoir une fonction érotique et le tattoo en lui-même est parfois un piment sexuel selon sa place sur le corps… Celui bien caché sur le mont de Vénus que seul l’amant découvrira après de fougueux préliminaires est plus excitant qu’une lingerie coquine. Le piercing des seins, de la vulve donne à fantasmer, à imaginer qu’elle aime être fessée, pincée, caressée, léchée… Elle joue avec son corps. Cette lèvre délicatement percée par ce petit anneau d’argent donne à imaginer une sensualité débordante. Vrai ou faux… L’essentiel étant de l’imaginer.

En revanche, nos prothèses mammaires qui ont la capacité de nous faire ressembler à de banales poupées gonflables n’ont pas cet impact érotique. Elles nous placent dans une sorte de sexitude, c’est-à-dire à cette obligation de ressembler à ces femmes sexy et pornographiques mais qui paradoxalement ne recherchent pas le sexe… La prothèse ne sert pas à s’exciter ou à jouir, mais à s’aimer dans le miroir. Certes, parfois ça aide à rencontrer l’autre, mais en tant que “miroir dis-moi que je suis la plus belle” et rarement pour croquer la pomme!

Tatouée, percée, opérée, coupée, incisée ou naturelle… A vous de choisir entre érotisme et sexitude. Aider-la cher Jano à trouver les voies du plaisir!

Par Sophie Pilcer, Sexologue
Illustration – Pablo Picasso