par Charles Demoulin
25 août 2026
La rentrée arrive à grands pas, mais Janette a encore sur le coin de son bureau quelques BD d’avant septembre à vous présenter. Du coup…
‘La danseuse debout’, de François Duprat aux éditions de La Gouttière
Après ‘Les Bonshommes de pluie’, qui parlait des départs contraints, ‘La Danseuse debout’ vous permet
de retrouver Héloïse dans une autre étape de sa vie. Dans ce récit élaboré sous forme de tranche de vie et totalement indépendant, la jeune fille cherche sa place dans un nouvel environnement, à la campagne.
Et de fait, dans ce nouvel opus, Héloïse et sa maman s’installent en milieu rural, dans l’ancienne maison de leur lointaine aïeule Odette Duchemin. Cela afin de démarrer une nouvelle vie au vert…
Toutefois, privée de réseau et raillée par les élèves de son nouveau collège, la jeune fille se sent vite isolée. Pourquoi subit-elle de telles moqueries ? Quel est le lien avec cette fameuse Odette qui semble encore hanter la mémoire des gens ? Comment réussir à trouver sa place ?
Petit à petit, certaines personnes, notamment certaines femmes, vont s’ouvrir à l’adolescente. Portée par ces échanges et les choix audacieux qu’Odette a faits par le passé, Héloïse va grandir et s’affirmer, grâce aussi à quelques pas de danse.
Outre de nombreux clins d’œil au cinéma et aux années 1950-1960, François Duprat nous livre une lecture toute en sensibilité dans laquelle s’entremêlent plusieurs portraits de femmes et où il explique qu’avec le soutien d’autres personnes, on peut arriver à faire face au harcèlement. En témoigne la scène finale qui passe dans le bus.
‘Saboteuses – T5 Boxeur’, de Jean-Claude van Rijckeghem et Thomas du Caju chez Paquet
Londres, 1942… Gaby est une jeune femme indépendante, une femme de mauvaise vie, comme on dit. Et la ‘mauvaise vie’, cela peut vous conduire en prison, ou bien, en mission pour le S.O.E., car si on parle français et que l’on a un fort caractère, il est possible que Winston Churchill ait un travail pour vous !
Prostituée, Gaby offre ses charmes sous le nom de ‘Blanche Neige’. Mais, lorsqu’ invitée par Henry dans la magnifique demeure où vit la famille de ce dernier elle s’aperçoit qu’il a fait appel à deux copains pour venir ‘s’amuser’ eux aussi avec elle, les choses dégénèrent au point que Gaby met le feu à la maison tout en blessant plus ou moins grièvement Devlin, l’un des potes d’Henry.
Afin d’échapper à de graves poursuites judiciaires, mais également pour éviter de payer tous les dégâts causés lors de cette soirée pour le moins chahutée, Gaby se voit engagée pour rejoindre en France, l’équipe des ‘Saboteuses’. Son nom de code sera ‘Boxeur’.
À Paris, en 1944, la vie n’est pas simple pour les membres encore opérationnelles du réseau. Le danger est partout, surtout quand on a une enfant à protéger. La disparition de Mouche, de possibles trahisons et l’imminence du débarquement compliquent encore les choses. Mais le combat continue, car on n’abdique pas quand on est une ‘Saboteuse’ !
À l’image des quatre premiers volets de cette série, ‘Boxeur’ s’avère en tout point une magnifique BD où le scénario de Jean-Claude van Rijckeghem, superbement tissé, est remarquablement servi par le dessin et la palette de coloris de Thomas du Caju. Si vous aimez les histoires de la Seconde Guerre mondiale, c’est le genre d’ouvrage qui doit absolument figurer dans votre bédéthèque !
‘Pump – T2 Une si belle histoire’, de Laurent Gnoni et Rodolphe chez Anspach
Seul rescapé d’une attaque de diligence, Eddie a bâti sa survie, puis sa fulgurante ascension sur une imposture : il a pris l’identité d’une morte en se faisant passer pour son neveu.
Recueilli par le shérif, il a progressivement pris le contrôle de la ville, sans être très regardant sur les moyens employés. Cependant, son fragile équilibre est menacé par l’arrivée d’une jeune femme affirmant être sa cousine.
Fine mouche et aussi peu scrupuleuse qu’Eddie, ‘cousine’ Betty, a compris la supercherie. Loin de vouloir le dénoncer, elle choisit de s’associer à lui. Devenus amants et complices, ils forment un duo parfaitement cynique. Lorsqu’une vieille femme, détentrice d’informations compromettantes s’approche trop près de la vérité, ils orchestrent sa disparition en faisant accuser son mari.
Le couple s’intéresse ensuite aux papiers conservés par la pseudotante d’Eddie : des titres au porteur et un acte de propriété concernant une ferme située dans la ‘Vallée des serpents’. Sur place, ils découvrent que le terrain a perdu toute valeur depuis le détournement du tracé de la voie ferrée qui devait la traverser. Plutôt que de renoncer, Eddie et Betty élaborent un nouveau plan : remettre le projet ferroviaire d’origine sur pied, en manipulant hommes, décisions et intérêts économiques… Rien n’échappe à leur cupidité.
Un western savoureusement immoral, centré sur la prise de pouvoir et sur l’escroquerie, avec un personnage central qu’on adore détester. Un western basé sur un scénario solide et machiavélique à souhait, soutenu par un dessin séduisant et élégant tout à la fois, agrémenté de couleurs aussi chaudes que les ambiances dans lesquelles baigne ce deuxième volet satirique d’un triptyque jusqu’ici tout bonnement excellent.
‘L’île des riches’, de Pierre Christin et Titwane chez Dargaud
Dans cette île du Pacifique, tout n’est que luxe, calme et volupté. Les habitants appartiennent à la catégorie des ‘ultra-riches’. Ils vivent dans des demeures luxueuses construites par les meilleurs architectes, entre palais vénitien, maison art déco, riad marocain et palais d’été chinois.
L’énergie leur est fournie par une usine marémotrice souterraine, une ferme solaire et des éoliennes offshore, tandis que des cargos livrent les denrées nécessaires à la vie quotidienne.
C’est ici qu’un certain Sinclair a été envoyé par son richissime employeur pour négocier l’acquisition d’une villa auprès de Herr Zwingli, le propriétaire de l’île. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un tsunami, lancé à la vitesse de 800 km/h, ne menaçait pas de tout engloutir…
‘L’Île des riches’ est l’ultime scénario écrit par Pierre Christin décédé en 2024. On y retrouve son goût pour la satire sociale teintée d’un humour aussi grinçant que réjouissant, ainsi que cette capacité à saisir au plus juste la psychologie de ses personnages.
Comme toujours avec lui, le scénario remet l’être humain à sa juste place, celle d’un fétu de paille ballotté par les vents contraires de l’Histoire ou par les tornades que la nature nous envoie. Cela pour nous rappeler la fragilité de notre condition.
Un album jouissif pour ce qui s’impose comme une fable contemporaine et dans laquelle on appréciera les dessins à l’aquarelle de cet illustrateur de presse et dessinateur qu’est Titwane.
‘Falstaff’, de Pierre Boisserie, Goho et Isabelle Merlet d’après William Shakespeare chez Delcourt
Roi de la vantardise, prince des débauchés, le truculent Falstaff parviendra-t-il à corrompre l’héritier de la Couronne ? Le personnage le plus populaire de Shakespeare dans une tragi-comédie plus irrésistible que jamais.
Hâbleur invétéré, incorrigible vantard aux rondeurs débordantes, le Chevalier John Falstaff brille davantage dans les auberges malfamées de Londres que sur les champs de bataille ! Hal, héritier de la couronne d’Angleterre, n’est pas le dernier à se laisser séduire par ce prince de la débauche qui ne craint jamais le ridicule…
Mais le jeune homme pourra-t-il échapper longtemps à son devoir alors que la guerre revient, et que son père, le roi Henri IV, souffre d’une santé défaillante ?
Sublimissime fresque historique immortalisée au grand écran par Orson Welles, ce Falstaff ‘made in BD’, s’impose ici aussi comme une totale réussite. Il faut dire que le dessin de Goho, qui fut chef d’équipe chez Disney à Montreuil, possède en lui tous les atouts pour que cet ouvrage figure en bonne place dans la bédéthèque de tous les fanas du 9e art. Vraiment, selon moi, un grand moment bédéistique.
‘Jian – T2 La peau de l’ours’, de Ludovica Ceregatti, Frédéric & Julien Maffre au Lombard
Afin de payer les soins nécessaires pour Attius, Jian s’associe à Ghilas, un chasseur carthagénois qui leur propose de traquer ensemble une créature mythique : Jean de l’Ours.
Mais quand les méthodes brutales de Ghilas se révèlent, l’alliance se fissure et vire à la menace. Pris dans une spirale de violence où innocents et monstres se confondent, Jian et son père devront choisir leurs combats.
Après un premier tome salué par la critique pour son audace narrative, les frères Frédéric et Julien Maffre poursuivent l’aventure de leur duo de mercenaires dans un second volume qui pousse le curseur encore plus loin.
Déjà remarqués pour leur capacité à bousculer les codes du western avec la série Stern, les deux scénaristes insufflent à Jian une énergie résolument moderne, entre chambara japonais et survival brutal. Leur écriture ciselée alterne les scènes d’action haletantes et les moments d’introspection poignants, où la frontière entre l’homme et la bête ne cesse de se troubler.
Côté dessin, l’Italienne Ludovica Ceregatti, révélée par Gaijin Salamander, confirme ici tout son talent. Son trait expressif et nerveux donne vie à des paysages montagnards oppressants comme à des corps-à-corps d’une rare intensité. Ses planches, servies par une palette de couleurs qui magnifie les lumières hivernales et les ciels chargés de menace, instaurent une atmosphère crépusculaire du plus bel effet. Tout cela sans oublier un découpage d’une redoutable efficacité.
Une série qui s’impose comme l’une des propositions les plus singulières du catalogue du Lombard.
‘Alix Senator – T17 Le maître des masques’, de Valérie Mangin et Thierry Démarez d’après Jacques Martin
Après un très long périple qui l’a notamment ramené en Gaule, Alix rentre enfin à Rome, bien décidé à profiter de son fils et de ses amis, mais également afin de commencer à rédiger ses mémoires.
Alors que l’atmosphère romaine est des plus festives suite à de nombreux événements organisés à la gloire de l’empereur Auguste, Titus, qui avait rejoint les légions de Tibère, a été enlevé et forcé de combattre à Ostie, dans des jeux clandestins organisés par des aristocrates masqués.
Or, un matin, retrouvé grièvement blessé sur la via Appia, il est ramené mourant chez son père. Toutefois, grâce à une guérisseuse envoyée par Livie, la petite amie de Titus qu’Alix déteste, il va se remettre peu à peu, expliquant ce qu’on le forçait à faire depuis son enlèvement.
Bien décidé à mener une enquête sur ces jeux clandestins, Alix infiltre les bas-fonds pour retrouver les coupables et découvre que ces spectacles ont lieu dans un théâtre secret appartenant à son ami Mécène.
Principal coupable Mécène sera condamné à une mort discrète par le poison. Le scandale sera cependant étouffé, et l’ordre impérial pourra ainsi être préservé.
Un dix-septième opus où le suspense fonctionne à merveille et où le crayon de Thierry Démarez nous restitue de bien belle façon ce que devait être décors et costumes la Rome de l’an huit avant notre ère.
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