par Mélina Hoffmann
23 juillet 2026
On pourrait y voir une personnification amusante du printemps avançant d’un pas décidé vers l’été. Au Kirchberg, pourtant, cette grande silhouette colorée est bien une sculpture : La Grande Fleur qui marche, réalisée par Giovanni Teconi d’après l’œuvre de Fernand Léger.
Installée peu après l’arrêt Alphonse Weicker, non loin du centre commercial Auchan Kirchberg, elle se dresse au pied des immeubles de bureaux The Square, où sa silhouette joyeuse et colorée tranche avec les lignes plus sobres des immeubles alentour.Avec ses couleurs franches, ses formes ondulantes et son allure presque humaine, difficile de la manquer. Elle semble en mouvement, comme si elle avait décidé de quitter son socle pour aller voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ! C’est sans doute ce qui la rend si intrigante, presque attachante. On s’attendrait presque à la voir poursuive sa route avec son petit caractère malicieux.
Cette sculpture monumentale est réalisée d’après une œuvre en céramique de plus petit format imaginée par Fernand Léger au début des années 1950. À cette période, l’artiste français s’intéresse de plus en plus aux bas-reliefs, aux sculptures et aux créations destinées à sortir du cadre traditionnel du tableau. Son ambition est alors de faire entrer l’art dans la vie quotidienne, dans la rue, de créer une rencontre directe avec les passants. La Grande Fleur qui marche s’inscrit pleinement dans cette recherche.
Fernand Léger, né en 1881 en Normandie, est l’une des grandes figures de l’art moderne. D’abord proche du cubisme, il développe ensuite un langage très reconnaissable, composé de formes simples, de contours nets, de volumes puissants et de couleurs éclatantes. Chez lui, la couleur n’est pas seulement là pour faire joli mais pour réveiller, structurer, donner du rythme aux œuvres : « La couleur est une nécessité vitale. C’est une matière indispensable à la vie comme l’air et le feu.» affirmait-il.
La Fleur qui marche est aussi le fruit d’une collaboration avec Roland Brice, ancien élève de Fernand Léger devenu céramiste à Biot, dans le sud de la France. La céramique offre alors un terrain de jeu idéal : solide, lumineuse, résistante, elle permet d’imaginer des œuvres capables de vivre au grand air et au contact du monde. Léger y retrouve une possibilité qui l’obsède depuis longtemps : intégrer la couleur au paysage, et faire dialoguer ses formes avec l’architecture, la rue, les murs, les jardins. Ses motifs de fleurs, de fruits ou d’insectes viennent d’ailleurs nourrir plusieurs de ses créations, notamment à partir de ses peintures des années 1930. Mais ici, la fleur prend une autre dimension puisqu’elle devient presque un personnage. Une sorte de créature végétale, joyeuse et un peu étrange, venue fleurir le bitume.
Ce décalage fonctionne particulièrement bien au Kirchberg. Souvent associé aux banques, aux institutions européenneset aux grandes entreprises, le quartier cache, en effet, une vraie promenade d’art public où l’on croise les œuvres de nombreux artistes. Dans cet ensemble, La Grande Fleur raconte à sa manière le rêve de Fernand Léger : un art vivant, visible, accessible, capable de glisser un peu de couleur dans le quotidien.
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