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Lucien Wercollier et le ruban qui danse, une sculpture en mouvement

par Emilie Geoffroy

12 mai 2026

Lucien Wercollier compte parmi les grands noms de la sculpture luxembourgeoise du XXème siècle. En regardant son travail, on remarque tout de suite la netteté des lignes et cette façon très particulière d’entrelacer les formes. Qu’il travaille le bronze, le marbre ou la pierre, ce qu’il cherche avant tout, c’est cette impression de mouvement. Ses sculptures vont à l’essentiel, avec des lignes claires, des courbes précises et très peu d’effets.

Né à Luxembourg en 1908, Lucien Wercollier étudie d’abord dans sa ville, puis à Bruxelles et à Paris. Ses premières œuvres restent assez figuratives, puis son travail évolue peu à peu vers des formes plus simples, plus épurées. Ce tournant tient aussi à son histoire. Pendant l’occupation, il refuse d’adhérer à la Kulturkammer, une structure mise en place par le régime nazi pour contrôler la vie culturelle. En 1942, il est arrêté, emprisonné puis déporté. Après la guerre, quelque chose se durcit dans son travail. Les formes deviennent plus simples, mais elles portent davantage de tension. Peu à peu, Wercollier ne cherche plus à représenter fidèlement une silhouette ou un corps, mais à travailler des formes plus libres, plus abstraites.

Et c’est entre 1952 et 1955, sous l’influence de Brâncuși et Jean Arp, deux artistes majeurs de ce courant, qu’il passe pleinement à l’abstraction. Cette recherche apparaît très clairement dans son œuvre Interpénétration, plus connue sous le nom de Ruban qui danse. Le titre est déjà très évocateur. Puis, quand on la regarde, on a vraiment l’impression d’une forme qui monte, qui tourne, qui revient sur elle-même. Le bronze paraît presque souple, ce qui est assez saisissant. Et l’on remarque surtout la précision des courbes et la façon dont la forme tient dans l’espace.

Wercollier racontait d’ailleurs que la découverte de galets sur une plage bretonne l’avait marqué dans sa manière de penser les formes : des masses à observer sous tous les angles, avec leur poids, leur tension, leur équilibre propre. On retrouve en effet quelque chose de cela dans Le Ruban qui danse. La forme paraît simple au premier regard, mais elle repose sur un équilibre très précis. Quant au sens de l’œuvre, qui a d’ailleurs inspiré le logo de la Présidence luxembourgeoise du Comité des Ministres, il est loin d’être flou.

Si cette sculpture en bronze patiné a été offerte par le Luxembourg au Conseil de l’Europe en 1961, et installée à Strasbourg devant le Palais de l’Europe, ce n’est évidemment pas un hasard. Dans ces lignes qui se rejoignent, se replient puis repartent, on peut lire l’idée d’une union entre les nations, d’un mouvement commun, d’un dialogue entre différentes forces. Le vide central devient alors un espace où les tensions circulent. Mais Wercollier ne referme pas complètement la lecture pour autant. On peut aussi y voir un ruban qui s’enroule, une forme en huit, ou encore une subtile évocation de l’infini, et finalement y lire ce que l’imaginaire de chacun y projette.

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