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Post-Partum : « ne pas rester dans le silence »

par Salomé Jeko

11 mai 2026

Après avoir donné la vie, les bouleversements s’invitent sur tous les plans durant le post-partum. Une période pas toujours facile à vivre pour les femmes, devenues du jour au lendemain mamans. Regards croisés sur cette période entre Danièle Haag, sage-femme et directrice du centre périnatal Lunata et Margaux, toute jeune maman.

Pourquoi le post partum n’est pas une période à prendre à la légère ?

Danièle : Au niveau scientifique, le post-partum correspond aux six semaines après l’accouchement. Mais en réalité, cela recouvre surtout un véritable changement de vie. On passe du statut de fille à celui de mère. Comme la puberté ou la ménopause, c’est une étape et chaque femme le vit différemment.

Margaux : Pour ma part, cela fait six mois et demi que j’ai accouché et je me considère encore en plein post- partum. Ce n’est pas juste une période de quelques semaines, c’est vraiment un changement de vie que j’ai ressenti, effectivement.

Danièle : Sans oublier qu’aujourd’hui, le rôle de la mère a changé. Avant, les femmes restaient davantage à la maison. Maintenant on a des enfants plus tard, après avoir construit une autonomie et on doit concilier travail, couple et famille. La charge est plus importante. J’ai donc l’impression que c’est plus difficile qu’avant pour les femmes, mais c’est peut-être aussi parce qu’elles s’expriment davantage sur le sujet de nos jours.

C’est aussi la période durant laquelle on peut ressentir le fameux baby blues…

Danièle : Oui et il est très fréquent, il touche entre 70 et 80 % des femmes. Il est lié aux changements hormonaux après l’accouchement, notamment au fait que l’utérus reprend sa taille normale. C’est une transition physiologique. Beaucoup de femmes ressentent qu’elles sont différentes, elles peuvent se demander quand elles vont « revenir à la normale ». Mais cela fait partie du processus. On dit souvent qu’une grossesse dure neuf mois et qu’il faut aussi neuf mois pour que le corps revienne à la normale. Il y a donc tout un temps d’adaptation. Il existe aussi des questionnaires qui permettent aux femmes de s’auto-évaluer. Ceci peut les aider à situer ce qu’elles ressentent et à voir si elles sont encore dans quelque chose de normal. Car il ne faut pas confondre baby blues et dépression postnatale, qui est une maladie.

Margaux, comment avez-vous vécu tout cela de votre côté ? 

Margaux : On m’avait beaucoup parlé du côté négatif du post-partum. Et finalement, le premier mois, je l’ai super bien vécu, à ma grande surprise. On était dans notre bulle avec mon mari, qui était en congé aussi. On a vraiment pris le temps, profité, appris à connaître notre bébé. C’est plutôt après trois mois que la situation a changé, quand la reprise du travail approchait. Là, j’ai commencé à stresser et je me suis mis beaucoup de pression. Finalement tout s’est bien passé et j’ai réalisé que je m’étais complètement oubliée, car pendant trois mois, j’avais été non-stop avec mon bébé. Reprendre ma vie m’a finalement fait du bien, pouvoir boire un café chaud ou déjeuner sans interruption m’avait manqué (rires).

Danièle : C’est quelque chose qu’on entend énormément. On veut être la maman parfaite, l’épouse parfaite, la salariée parfaite… Mais on ne peut pas tout faire à 100 %.
Et on s’oublie. Il y a encore cette idée que la mère doit être dans le dévouement. Heureusement, aujourd’hui, les femmes osent davantage en parler et s’autoriser des moments pour elles.

Peut-on finalement vraiment se préparer au post- partum ou faire en sorte qu’il soit plus doux ?

Margaux : Sur le plan pratique, oui. Nous avions préparé des repas à l’avance, congelés, et cela nous a beaucoup aidés. On a aussi automatisé certaines choses, comme les courses et les couches qui nous sont livrées. Mais psychologiquement, je pense qu’on n’est jamais vraiment prêts… 

Danièle : On ne peut pas tout anticiper, parce que chaque expérience est différente. Mais on peut déjà prendre un moment, avant l’accouchement, pour se poser et réfléchir : comment on veut être en tant que parents, quels modèles on a reçus, ce qu’on a envie de reproduire ou non. Souvent, on s’identifie à ce qu’on a connu, parfois sans s’en rendre compte. On parle beaucoup de ce qu’il faut acheter avant la naissance, mais pas assez de ce qu’on va ressentir. Or, il y a tout un aspect émotionnel — le rapport à son corps, à l’intimité, à sa place de mère — qui est essentiel et qu’on aborde encore trop peu.

Et quel rôle peut jouer l’entourage ?

Danièle : Il est très important. Aujourd’hui, beaucoup de femmes sont isolées. Il y a moins d’échanges qu’avant, notamment depuis le COVID. Certaines n’ont pas leur famille à proximité, surtout dans un pays comme le Luxembourg où il y a beaucoup de cultures différentes. On dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant — et c’est vrai. Or, ce “village” existe moins aujourd’hui. Les mamans se retrouvent souvent seules avec leur bébé. Créer des espaces de rencontre entre mamans permet justement de recréer ce lien, de partager et de se sentir moins seule.

Margaux : Oui, échanger avec d’autres mamans m’a beaucoup aidée. On se rend compte qu’on a les mêmes questions, les mêmes inquiétudes. C’est rassurant de voir que ce n’est pas que nous, que c’est normal.

C’est un peu le but des cures postnatales que vous avez imaginées, Danièle ?

Danièle : Oui, mes années d’expérience m’ont permis, je crois, de comprendre ce dont avaient besoin les femmes. L’idée était vraiment de créer un espace pour les mamans, pour qu’elles puissent se retrouver, échanger et ne pas rester seules. Avant, dans les maternités, il y avait plus de contacts entre femmes. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus isolé. On a donc pensé cette cure comme une parenthèse de plusieurs jours, où les mamans peuvent se poser avec leur bébé, sans avoir à penser au quotidien.

Toute la logistique est prise en charge : elles n’ont pas à faire les courses, à cuisiner, à gérer la maison. Il y a aussi des échanges avec des professionnels, mais surtout entre mamans. L’objectif, c’est vraiment d’ouvrir le dialogue, de recréer du lien, de les rassurer et de leur donner confiance en elles.

Margaux : Pour moi qui ai fait cette cure, ça a été une super expérience. C’était un endroit où je pouvais être moi-même avec mon bébé, sans être stressée s’il pleurait. On a parlé de choses concrètes, comme le sommeil ou le portage avec des professionnels et d’autres mamans qui finalement avaient eu les mêmes soucis que moi, et ça m’a rassurée. On est aussi allés à la piscine thermale avec Danièle, où elle nous a montré comment mettre le bébé sous l’eau — je n’avais jamais fait ça ! Il a aussi eu un massage bébé… Je sentais le mien si heureux aussi !

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux futures ou jeunes mamans qui nous lisent et qui redoutent ou traversent le post partum ?

Margaux : Je dirais de ne pas forcément écouter toutes les expériences négatives. On entend souvent des récits difficiles, que ce soit sur l’accouchement, l’allaitement ou le post-partum. Mais chaque expérience est différente. Moi, j’ai été surprise par le bonheur du début, par cette bulle. Et même si on se demande souvent si on est prête, je pense qu’on ne l’est jamais vraiment, mais on s’adapte. 

Danièle : Je leur dirais de ne pas rester dans le silence. Il y a encore cette idée que si le bébé va bien, la maman doit forcément être heureuse. Mais il y a des hauts et des bas. C’est une période qui remet beaucoup en question. Et c’est important d’oser en parler, de dire ses doutes, et d’aller chercher de l’aide si besoin.

Le centre périnatal Lunata propose des cures de bien‐être prénatales et postnatales, en partenariat avec le Domaine Thermal de Mondorf‐les‐Bains. Pendant quatre jours, les mamans sont accompagnées par des professionnels pour préparer l’arrivée de leur bébé ou mieux vivre les premiers mois avec lui.
Plus d’infos sur lunata.lu ici et sur le site du domaine thermal de Mondorf.

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