par Emilie Geoffroy
27 avril 2026
Chaque année, à l’approche des beaux jours, le discours revient. Il faudrait “se remettre en forme”, “se reprendre en main”, “préparer son summer body”. Comme si l’été était une épreuve à réussir, et votre corps un projet à finaliser. Mais cette idée dit surtout quelque chose de notre rapport au corps : un corps qu’il faudrait corriger, optimiser, rendre plus acceptable selon la saison.
Votre corps n’est pas une version temporaire de vous-même en attente d’amélioration. Il vous accompagne déjà dans tout ce que vous vivez : les journées chargées, la fatigue, les moments de joie, les contraintes du quotidien.
Et pourtant, dès que l’été approche, il devient un “problème à régler”. Comme s’il fallait mériter le droit d’être visible, de porter un maillot, de se détendre sans condition.
Cette logique est épuisante. Et surtout, elle vous éloigne de l’essentiel : habiter votre corps plutôt que le corriger en permanence.
Ce qui est frappant, ce n’est pas seulement le discours extérieur, mais la façon dont il s’installe à l’intérieur. Une forme de surveillance douce, presque automatique : comparer, anticiper, se juger.
Sans même s’en rendre compte, on commence à penser l’été en termes de contrôle plutôt que de liberté. Moins de plaisir, plus d’anticipation. Moins de présence, plus de projection.
Et si cette fatigue-là, justement, n’avait rien à voir avec votre corps… mais avec la pression qu’on lui impose ?
L’été n’est pas un objectif à atteindre. Ce n’est pas une vitrine. C’est une saison de vie, avec ce qu’elle a de simple et d’imparfait.
Un déjeuner qui s’éternise. Une soirée qui se prolonge. Un moment où l’on respire un peu différemment. Ces instants ne demandent pas un corps transformé. Ils demandent juste d’être vécus.
Changer de regard ne veut pas dire ignorer son corps. Cela peut simplement vouloir dire cesser de le placer constamment sous évaluation :
C’est un déplacement subtil, mais profond : passer du contrôle à l’écoute.
Peut-être que la vraie question n’est pas “suis-je prête pour l’été ?”, mais plutôt : “qu’est-ce que je perds à me préparer en permanence à quelque chose que je suis déjà en train de vivre ?”
Vous n’avez pas besoin d’un autre corps pour vivre cette saison.Vous avez besoin de moins de pression pour habiter celui que vous avez déjà.
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