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Sophie Pilcer, sexologue réagit suite à l’avant-première de « 50 shades of Grey »

par Paule Kiénert

24 mars 2015

Janette, partenaire de la Ladies’ night organisée à Utopolis à l’occasion de l’avant-première de « 50 shades of Grey », a assisté à la séance en compagnie de Sophie Pilcer, sexologue et journaliste auteur chaque mois de la rubrique « Sexperte! » de Janette.
A chaud, Janette s’entretient avec Sophie pour connaître son avis professionnel…

Janette – Sophie, comment expliques-tu cet engouement pour le roman puis pour le film (2500 femmes étaient attendues dans les salles pour cette avant-première)?

Sophie – J’ai entendu dire que ces femmes devaient s’ennuyer à la maison pour être si enthousiastes à l’idée de ce roman ou film. Mais je ne suis pas d’accord avec ces propos. Pour moi, l’engouement pour « 50 shades » est plutôt le reflet d’une reconnaissance de la part de toutes ces femmes envers un auteur qui s’intéresse enfin au plaisir féminin! C’est très nouveau!
L’érotisme et la pornographie existent surtout pour les hommes, restent conformes à leur forme de plaisir. Les femmes sont sensibles à des stimuli différents, sollicitant notamment les 5 sens, et les ouvrages destinés à leur propre plaisir sont plus rares et bien plus tabous.
Ainsi, peu importe ce que l’on pense du roman ou du film, l’intérêt réside dans le fait que les femmes osent enfin se permettre d’avoir accès à l’érotisme sans devoir s’en cacher! Voir une femme lire « 50 shades » dans le train ou ces salles de cinéma combles représente selon moi une petite révolution positive!

Janette – Penses-tu que cela puisse avoir un impact sur la vie sexuelle des femmes?

Sophie – Un film ne peut pas tout changer, mais c’est un premier chemin d’accès à l’excitation féminine et une autorisation à cet accès. C’est déjà très débridant. J’ose donc espérer que cela va inciter les couples à s’essayer à des jeux sexuels et qu’il y aura également une prise en considération de l’excitation féminine.
Et puis, j’ai observé les réactions de ma voisine durant la projection du film qui s’est montrée plutôt très concentrée et troublée devant certaines scènes. Je pense donc que ce film aura un réel effet aphrodisiaque.

Janette – Nous parlons jusqu’ici de sexualité au sens large. Toutefois les pratiques de Christian Grey ne sont pas des plus habituelles…

Sophie – Certes non. Mr Grey est un adepte du BDSM (ndlr: Bondage-Discipline, Dominance-Soumission, Sadisme-Masochisme), une pratique bien particulière dont les codes sont retranscrits dans le film notamment au travers du contrat qui pose un cadre ne devant jamais dépasser les limites du Soumis. Je pense toutefois que le film n’est pas une incitation à ce type de pratiques et on ne peut pas dire que le mode de vie du richissime Mr Grey les démocratise! Certes « 50 shades » fait peut-être entrer le BDSM dans la chambre de Monsieur et Madame tout le monde, mais je pense que le film utilise ces pratiques pour mettre en exergue -au travers des rapports dominant/dominé- les rôles homme/femme et le lâché prise nécessaires à l’accès au plaisir.

Janette – BDSM, homme beau, riche et puissant… Cet accès au plaisir facilité dont tu parles semble toutefois demander des ingrédients peu courants ou difficiles à réunir…

Sophie – Parce que le film est une fiction… Comme le fantasme. Anastasia Steele sort bien de sa vie réelle. Pour vivre cette aventure, une mise en scène est nécessaire: lieux, habillement, salle de jeux sexuels… Ana s’autorise à se défaire des codes habituels, ce que toute femme pourrait faire… au moins en pensées. Trop de couples croient que la sexualité est naturelle. Or cela se travaille, s’invente, s’imagine. Que l’on ait aimé ou non le film, j’espère que ce message sera passé!

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