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Séparation, quand tu nous fais mal !

par Claudine Boulanger-Pic

29 mars 2020

Vrai ! Élever un enfant, c’est le préparer à quitter ses parents pour entrer dans sa vie d’adulte autonome. C’est très difficile, souvent douloureux ! Certaines Janette ne réalisent même pas que c’est ce qui leur pend au nez ; elles croient avoir un ou des enfants pour elles, longtemps, comme si rester maman tout près d’eux allait durer toujours !
Pourtant, il y a des caps majeurs délicats à opérer…

  • La naissance

L’accouchement est la première séparation qu’affronte une mère. Elle est violente, irréversible : son enfant la quitte, elle ne va plus le sentir bouger en elle, elle va le partager avec son père, avec les grands-parents, dont elle peut redouter qu’ils se l’approprient.

Les femmes qui ont vécu avec plénitude leur grossesse ont parfois du mal à vivre cette séparation. Elles se sentent vides, inutiles, dépossédées, elles ont perdu ce lien fusionnel et intime avec leur bébé. Ce sentiment, accentué par les bouleversements hormonaux et la fatigue, explique en partie le baby blues.

« La naissance d’un enfant est un moment chargé d’émotions positives et négatives, prévient Christine Brunet, psychologue clinicienne et psychothérapeute, mais les mères ne s’y attendent pas, et leur environnement a tendance à banaliser leur détresse. Elles sont parfois également déçues de n’avoir pas l’enfant dont elles avaient rêvé… Elles doivent se séparer, là encore, de l’image idéale qu’elles s’étaient forgée pendant leur grossesse. »

  • Le sevrage

L’allaitement représente un grand plaisir pour la mère. Elle tient son bébé serré contre son sein, quelque chose d’elle passe dans le corps de son enfant, qui lui est profitable et qu’elle est seule à pouvoir lui offrir. Ce contact très charnel rappelle la fusion parfaite vécue pendant neuf mois. Certaines ont du mal à sevrer leur enfant, et jouent les prolongations pendant un an, voire plus !

Sevrer son enfant, c’est renoncer à ce sentiment de toute-puissance, accepter de déléguer. D’autres personnes peuvent aussi bien lui donner le biberon, le père en premier lieu, qui a pu se sentir exclu jusqu’alors. « L’allaitement maternel est bénéfique au bébé, certes, estime Christine Brunet, mais il a pour effet d’écarter le père, la belle-mère éventuellement, et l’environnement de manière générale, pour mieux prolonger le lien fusionnel mère-enfant. »

  • La reprise du travail

Beaucoup de mères culpabilisent quand elles reprennent le travail : elles ont le sentiment d’abandonner leur bébé à une inconnue qui ne peut lui apporter autant d’affection. Elles ont peur de lui manquer, comme il leur manque. Cette séparation brutale est pourtant bien acceptée par l’enfant si les deux parents font preuve de confiance dans le mode de garde choisi, quel qu’il soit.

« Les mères qui pourraient financièrement s’arrêter de travailler et prendre un congé parental culpabilisent davantage encore, constate Nicole Fabre, psychanalyste et psychothérapeute. Elles ont mauvaise conscience de s’épanouir dans leur métier, loin de leur bébé. Alors qu’il ne peut qu’être heureux si elles-mêmes le sont. Surtout si elles se montrent disponibles le soir, affectueuses, sans l’étouffer de câlins pour compenser. »

  • L’école maternelle

L’entrée en maternelle marque une étape importante. Pour ceux qui n’ont jamais quitté la maison, c’est la première grande séparation. A l’école, l’enfant affronte le monde extérieur, il se frotte aux autres, apprend à s’imposer, seul. Le rythme est très soutenu, surtout pour les élèves qui restent au périscolaire, et ils rentrent fatigués le soir.

Certains parents angoissent lors de cette première rentrée, et transmettent leur inquiétude à leur enfant. Peut-être conservent-ils eux-mêmes un mauvais souvenir de l’école ? Il s’agit ici d’accepter de s’en remettre aux instituteurs et au personnel des écoles, qui sont bien formés, de leur faire confiance et de le montrer à l’enfant. « En accompagnant son enfant tous les matins à l’école, précise Gilles-Marie Valet, psychanalyste et psychothérapeute, et en prenant le temps de discuter avec l’enseignant, le parent manifeste une forme de délégation de pouvoir : il lui confie son enfant pour que l’instituteur lui inculque des connaissances qu’il n’est peut-être pas lui-même en mesure d’apporter. »

  • Les copains

En grandissant, l’enfant qui devient adolescent se détache peu à peu de sa famille et se rapproche de ses pairs, qui occupent une place centrale dans sa vie. Il a besoin, pour se connaître et se construire, de s’identifier à eux et de rejeter le modèle parental. La plupart des parents vivent mal cette mise à distance et cette perte de prestige, et pour garder le contact, se montrent trop permissifs ou, à l’inverse, se braquent et font preuve d’autoritarisme.

Plus que jamais, à cet âge, un enfant a besoin d’avoir face à lui des adultes responsables qui sont d’accord sur les limites à fixer, même si le couple parental est séparé, qui savent également lui faire confiance, pour favoriser son autonomie, et rester à son écoute, quand il en manifeste le désir.

  • Le premier amour

Le premier amour d’un enfant inspire aux parents des sentiments mêlés : fierté de le voir séduire, plaisir de le sentir heureux, inquiétude pour son premier rapport sexuel, compassion pour son premier chagrin d’amour. Il les renvoie également à leur propre jeunesse et leur rappelle qu’ils n’ont plus 20 ans…

« Les parents se sentent maladroits lorsque leur fils ou leur fille tombe amoureux, remarque Christine Brunet, car on touche là à quelque chose de très intime. Il est nécessaire d’en parler avec eux, pour les mettre en garde contre les risques inhérents à la sexualité, sans toutefois précipiter les choses, et surtout en respectant leur jardin secret. Accepter, ici plus que dans n’importe quel autre domaine, de ne pas tout contrôler. »

  • Les premières vacances sans les parents

Un jour, l’ado déclare qu’il ne supporte plus les vacances en famille, les randonnées dans les Cévennes, et qu’il veut camper avec ses copains. Au début, cela fait un choc. « Les vacances représentent un moment privilégié, où les parents sont détendus, disponibles pour entreprendre des activités communes, discuter, engranger des souvenirs. Pour toutes ces raisons, il serait regrettable d’y renoncer, constate Christine Brunet. En revanche, on peut diminuer ce temps de vacances ensemble, l’améliorer peut-être pour le rendre plus attractif, et accepter par ailleurs que son enfant, qui a mûri, parte aussi avec ses copains. A condition de toujours savoir où il se trouve, et de pouvoir le joindre facilement. »

  • Le départ de la maison

Une étape cruciale, sans doute la plus douloureuse : le départ de la maison. Certes, il se produit de plus en plus tard (22 ans et demi en moyenne), mais pour de nombreux parents, c’est encore trop tôt. Les mères se sentent tout à coup inutiles, désœuvrées : c’est le syndrome du nid vide. Le couple craint un peu de se retrouver en tête-à-tête, et de n’avoir plus rien à se dire.

« Le départ d’un enfant se prépare comme une retraite, remarque Brigitte Bloch-Tabet, enseignante. Les parents ont intérêt à s’adonner à de nouveaux loisirs, à multiplier les sorties, à organiser des voyages, pour mieux combler leur sentiment d’inutilité. Mais peu à peu, ils vont nouer avec leurs enfants d’autres relations, d’adulte à adulte, sans les tensions liées à la vie quotidienne. Ils vont surtout pouvoir enfin se consacrer à leur vie de couple. »

Et constater que, finalement, leur enfant s’en sort très bien sans ses parents. N’est-ce pas l’objectif de toute éducation ?

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