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Rencontre avec Loïc Clairet pour la Nuit de la Culture d’Esch

par Robin Schmidt

19 juillet 2021

La Nuit de la Culture revient pour une nouvelle édition le 11 septembre 2021. Le programme cette année ? « Terre et Mémoire » ! Janette a rencontré l’organisateur de l’évènement pour discuter des liens entre l’héritage d’Esch, ses origines, et des projets à venir pour la future capitale européenne de la culture.

Janette: Cette édition 2021 de la Nuit de la Culture d’Esch se déroule à nouveau sous le signe de la COVID-19 et des restrictions. De quelle manière est-ce que ça a impacté votre organisation, voire votre programmation? 

Loïc Clairet: Alors, ça l’impacte sans réellement l’impacter désormais. On a le recul nécessaire pour anticiper les choses, contrairement à l’année dernière. Le programme était fait, et la crise est arrivée. C’était plus difficile de remanier le programme. Ici, on l’a pensé avec la crise en tête : on se dirige vers des espaces où le public est en transition, sans rassemblements fixes. On évite les petits lieux en intérieur ; on a favorisé la déambulation du public et des installations extérieures. On évite juste les lieux fermés, sinon tout reste pareil. C’est comme ça qu’on avait déjà retravaillé la Nuit de la Culture l’an dernier après un report. D’après le Ministère de la Santé, les publics non-fixes en extérieurs fonctionnent très bien, avec port du masque et des bornes de gel hydre-alcoolique à disposition. Notre projet à Esch du mois de juin, qui nous a permis de tester plusieurs choses, nous permet de proposer des projets qui font plaisir à tous, et que nous soyons en toute sécurité.

C’est une édition très importante, qui pose les bases pour l’année à venir pour la ville d’Esche, qui sera nommée capitale européenne en 2022. Etait-ce important de faire honneur au passé historique de la commune et à son futur ? Les spectacles offrent au public des clins d’oeil à l’héritage minier et sidérurgique local.

L.C: J’irai même plus loin ; la Nuit de la Culture prépare la ville d’Esch depuis 2018. L’évènement a été remanié pour tester la ville, tester sa capacité éventuelle d’accueil de grands projets. L’édition de cette année (« Terre et mémoire », ndlr) est évidemment liée à celle de 2022, au cours de laquelle on fera 5 Nuits de la Culture! Il y aura même deux nuits par soirée. On prépare vraiment l’année à venir. La mémoire et la terre concernent aussi des projets présents cette année qui sont des étapes de travail liés à l’édition de l’année prochaine. Ça nous a permis de travailler sur l’Histoire, le patrimoine, les relations qui seront le terreau du travail des artistes des éditions à venir. Préparer 2023 et 2024 est aussi nécessaire, car quelque chose de nouveau s’amorce.

Vous parliez de la structure métallique dans « la Tortue de Gauguin » et évidemment, ça rappelle au fer, la sidérurgie. Cependant, le spectacle raconte l’histoire de la terre, car il est axé autour de la peinture, issue des pigments naturels de la terre. On s’intéresse à ce qu’elle a à nous donner, à nous offrir. Mais au delà de ça, elle raconte le multiculturalisme luxembourgeois au travers de ce projet, qui n’en est qu’un exemple. On construit un projet pour l’année prochaine pour les terres de toutes les nationalités qui vivent au Luxembourg. On a pris la terre du Ellegronn et on en a fait des assiettes. De plus, on a lancé dans toutes les ambassades du monde un vaste projet de récolte des terres sur tous les territoires dont les nationalités sont présentes à Esch. C’est un projet pour 2022. On raconte les mémoires de chacun et construisons une œuvre collective sur la terre de chacun. On est toujours dans ces relations entre les cultures.

Pour continuer sur l’idée du multiculturalisme, on peut aussi distinguer une touche française dans le programme de cette édition 2021. Le groupe français The Yokel clôt cette nuit par un bal mêlant inspirations musicales américaines et françaises. Est-ce important pour vous d’expliciter ces liens forts entre le bassin minier d’Esch et la France ? Vous aviez notamment collaboré avec les villes d’Audun-Le-Tiche et Villerupt en 2020.

L.C: Ce sera encore le cas cette année avec la Communauté de Commune du Pays du Haut-Val d’Alzette (CCPHVA), qui est un partenaire de Esch 2022. Le lien transfrontalier est extrêmement important, mais c’est aussi une attache culturelle: je suis moi-même français. C’est naturel que je retrouver souvent vers la France et la Belgique, ou j’ai travaillé pendant 10 ans. Cependant, au delà de la capacité française cette année, on accueillit la première création en allemand en 2021. On s’ouvre vers l’Allemagne, car on était pas mal tournés vers la culture française ; il fallait qu’on se tourne aussi vers les autres frontières du pays. Il y a un accent français, car les propositions luxembourgeoises sont intéressantes, mais le pays reste relativement petit. Les grands spectacles d’art de rue sont difficilement trouvables ici au Luxembourg. Peu de compagnies font ça. On croise donc beaucoup de cultures, mais c’est Esch 2022 ! C’est le multiculturalisme qui est présent, et c’est comme ça qu’on peut parler à tout le monde.

Comment imagineriez vous Esch-sur-Alzette, ainsi que son rayonnement culturel, dans le futur ?

L.C: Moi, je vois Esch comme une ville qui est à une étape clé de sa métamorphose, de sa transition. On est dans une ville qui est en train de déconstruire ses anciens sites miniers. Certes, Belval s’est déjà transformé, mais on parle aussi du site de Schifflange, par exemple. C’est une zone en pleine déconstruction. La ville, par la culture, est en train d’accompagner cette transition. C’est assez passionnant ce qui s’y passe ; le côté capitale tombe vraiment au bon moment. On est vraiment dans un accompagnement de la culture qui s’inscrit dans une politique qu’on a l’habitude de trouver au Luxembourg: la musique, le théâtre… Mais là, ils sont en train de se tourner vers les espaces publics, la culture populaire… Je pense que la ville d’Esch est en train de créer son histoire commune, au travers de la Culture. Pour avoir vécu deux ans dans une capitale européenne, les gens y prennent goût : la ville ne reviendra pas en arrière. Il y a une dynamique particulière qui s’installe. On en est persuadés.