par Charles Demoulin
24 août 2025
Les premiers ouvrages de la rentrée littéraire viennent de débarquer en librairies. Et le moins que l’on puisse écrire est qu’il va y avoir de l’embouteillage, vu que pas moins de quelque 490 romans en tout genre devraient prendre place dans les rayonnages d’ici fin octobre. De quoi, il est vrai, occuper agréablement les fanas de lecture. Première salve…
‘Meurtres & préjugés’, de Lorie Forêt chez Eyrolles
Après dix années à Londres, Besse emménage à Abbeyfield, un petit village des Cotswolds, pour s’offrir la vie douce dont elle a toujours rêvé. L’ancienne working girl du monde de la finance est fin prête à y ouvrir une librairie-salon de thé en hommage à son écrivaine favorite, Jane Austen.
Mais à deux semaines de l’inauguration, tout bascule : l’une des habitantes du village, Evie Smith, est retrouvée morte dans l’arrière- boutique de la librairie. Pire : on apprend que lors de sa dernière apparition au pub du coin, Evie s’est publiquement opposée à l’ouverture de la librairie. Autrement dit, tout désigne Besse comme la coupable idéale.
Besse n’a plus le choix. Avec l’aide de sa tante, férue de polars, et de ses meilleures amies, aussi excentriques que perspicaces, elle doit démasquer le tueur si elle ne veut pas voir son rêve s’écrouler avant d’avoir pu le concrétiser. Quitte à se mettre en danger pour y arriver.
Un cosy mystery pure veine, savoureux et gourmand, où se côtoient avec beaucoup d’humour dans un cadre de vie qui donne envie, des personnages pour le moins attachants. Sauf qu’il y a aussi ce meurtre bien mystérieux et complexe !
Pour un premier roman, c’est assurément une belle réussite, mais également la promesse d’un second opus pour le moins très prometteur. Une belle et agréable saga en devenir !
‘Zéro déchet’, de Fabienne et Manuel Capouet chez Academia
Le professeur Dumont, chef du département d’études des insectes à l’Université de Bruxelles, exerce un contrôle absolu sur son domaine. Profondément misanthrope, il trouve refuge dans le confort impersonnel d’un hôtel de luxe ou dans des relations tarifées.
Alors qu’il célèbre l’inauguration de sa nouvelle invention, un composteur capable de recycler n’importe quel déchet, Dumont voit sa carrière menacée par l’arrivée de la nouvelle directrice des ressources humaines. Mis sous pression, il cède à un accès de rage aux conséquences fatales. Dumont échappera-t-il aux interrogatoires musclés menés par l’inspecteur Vansteenkiste et son robot obsessionnel compulsif ?
Embarquez dans ce récit jubilatoire dézinguant l’intelligence artificielle, les dérives du management ou la psychologie positive, et plongez dans la personnalité complexe d’un personnage qui, à défaut d’adhérer à une modernité qu’il ne comprend plus, tente surtout de renouer avec lui-même.
Entre satire mordante et polar futuriste, suivez un entomologiste misanthrope pris dans une spirale absurde où compostage, meurtre et management s’entrechoquent.
‘Zem’, de Laurent Gaudé chez Actes Sud
De retour dans les rues de Magnapole, Zem Sparak, l’ancien flic déclassé de la zone 3 – le ‘chien’ au matricule 51 -, assure désormais la sécurité rapprochée de Barsok, l’homme qui a promis d’abolir les différences de classe et de réunifier la ville.
À l’approche du jour censé célébrer l’avancée des ‘Grands Travaux’, et alors que toutes les caméras sont tournées vers le port où arrive un cargo chasseur d’icebergs, un conteneur livre une funeste découverte : assis côte à côte, cinq cadavres anonymes portent les traces d’atroces souffrances.
L’occasion pour Zem de retrouver l’inspectrice chargée de l’enquête, Salia Malberg. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce que cache le consortium GoldTex, car à Magnapole comme ailleurs, le confort des uns semble bâti sur la vie de milliers d’autres…
Ce nouveau roman de Laurent Gaudé est un miroir tendu à nos sociétés consuméristes en proie à l’effondrement. Mais il abrite aussi l’idée d’un ailleurs, d’un refuge face au désastre nommé résistance.
Avec ce volet qui offre une suite addictive et politique à ‘Chien 51’, l’auteur désirait écrire un nouveau roman, mais parfaire également un diptyque. Ce faisant, l’enjeu était double : faire de ‘Zem’ une histoire indépendante autonome, mais qui pouvait également se lire comme l’aboutissement d’une trajectoire. Un grand roman d’anticipation où l’avenir du monde politique, écologique et économique fait froid dans le dos.
‘Aucune nuit ne sera noire’, de Fatou Diome chez Albin Michel
Même s’il n’est plus là depuis longtemps, il continue d’éclairer ses nuits. Il lui souffle le courage d’affronter la houle et la sagesse d’accueillir le calme bonheur qui vient.
Aucune nuit n’était noire lorsque, enfant, Fatou Diome vivait auprès de son vieux grand-père, pêcheur dans le Saloum. Il était son capitaine, elle était son petit matelot. Pendant que certains pensaient de lui qu’il était d’une autre époque, qu’il avait fait son temps, la fillette ne perdait pas une miette de ses enseignements. Il lui apprenait la confiance, l’aidait à se nourrir des différences, à se frotter à la vie.
Elle savait qu’il partirait avant elle, c’était dans l’ordre des choses, mais sentait aussi que ce maître à penser et à vivre dont la voix faisait ‘djoundjounguer’ son cœur resterait toujours à ses côtés.
Entre appel des souvenirs et invocation, force de l’émotion et saisissement de la langue, ce récit tendre et intime, nécessaire comme une évidence enfin dévoilée, enlumine nos nuits pleines de doutes et nous livre à mots couverts le secret d’une relation authentiquement forte et fondatrice.
Une rencontre avec celui à qui Fatou Diome dédicace tous ses livres : son grand-père. Celui qui disait que rien de ce qui tient dans une poche ou dans un grenier ne vaut la mémoire des aînés.
‘Ça finit quand, toujours ?’, d’Agnès Gruda chez Équateurs
À l’aube des années 1950, dans une maternité de Varsovie, deux femmes font connaissance. L’une vient d’accoucher d’une fille, Ewa, l’autre d’un garçon prénommé Adam. La coïncidence, annonciatrice d’un monde nouveau, les amuse et les rapproche.
Autour de Nina et Pola se rassemblent bientôt quatre familles unies par les liens du sang, de l’amitié ou du cœur. Mais les vieux démons, toujours prêts à se réveiller, dispersent la tribu aux quatre vents. En Europe d’abord, puis aux États-Unis, au Canada et en Israël.
Enfants et adultes y trouveront d’autres horizons, de nouveaux rêves, qui se briseront parfois. Ils changeront de langue, de prénom, seront tentés de revenir ou de prendre à nouveau la route. Mais tous refuseront de devenir des étrangers les uns pour les autres.
D’origine polonaise, Agnès Gruda tisse une formidable saga familiale, embrassant cinq générations et trois continents. Elle évoque le déracinement, la fragilité des identités, la somme de nos transformations, mais réaffirme à chaque page la force irrépressible de la vie.
Il y a de ces romans qui, à peine la dernière page refermée, passent à la trappe de l’oubli. Ce ne sera certes pas le cas de ce premier ouvrage que signe la journaliste Agnès Gruda. Cela tant sa plume laisse des traces et nous appelle à la réflexion sur les réalités de la vie.
‘Père patrie’, de Thierry Beinstingel chez fayard
Dans un pays de l’Est, à l’ombre du grand frère russe, un vieil homme vit cloîtré, surveillé par des soldats. De temps à autre, on l’exhibe à la foule ou à la presse dans son uniforme recouvert de médailles. C’est Joska, le ‘père de la patrie’, le héros d’une guerre lointaine et à moitié oubliée.
Mais c’est aussi le père de Tibor, président du pays depuis vingt-cinq ans, et qui compte le rester jusqu’à son dernier souffle. Tibor instrumentalise la gloire guerrière de son père à des fins politiques. Il lui ment aussi sur l’état désastreux du pays. Jusqu’à ce que Joska finisse par découvrir que son fils est habité d’une authentique folie meurtrière. Qui aura la force de s’y opposer ?
Thierry Beinstingel invente un pays qui résume ce que fut le ‘Bloc de l’Est’. Un certain goût pour la nostalgie, l’échec de l’émancipation, l’abandon des idéaux, le culte du chef : tous les éléments sont réunis pour que se rejoue l’éternelle tragédie de la guerre et du pouvoir, aussi vieille que le monde et pourtant incroyablement proche de l’actualité la plus brûlante.
Avec une écriture sobre et tranchante, l’auteur livre un récit fascinant où la montée en puissance d’un dirigeant résonne étrangement avec les dérives géopolitiques de notre époque. Un roman coup de poing qui parvient malgré tout à nous livrer un message d’espoir.
‘La mauvaise joueuse’, de Victor Jestin chez Flammarion
« Jusqu’alors, je ne jouais plus. Ni aux échecs, ni aux cartes, ni au bowling, ni à rien. Disons que sinon, je m’impliquais un peu trop fort. »
Un soir de semaine comme les autres, Maud, une jeune femme à la vie bien rangée, provoque un accident de voiture et prend inexplicablement la fuite. Paniquée, elle erre sur la route et trouve refuge dans un bowling.
C’est le début de trois jours de cavale, et surtout de rechute dans une très vieille addiction, celle de jouer, à tout, frénétiquement. Des environs pluvieux de Saint-Nazaire au village lointain de son enfance, le périple de Maud prend l’allure d’une fugue existentielle.
Sur un rythme effréné, Victor Jestin raconte la lutte d’une femme contre une passion infernale, une addiction singulière, et interroge la place du jeu dans nos vies.Un ouvrage où cynisme rime avec drôlerie, où la sensibilité côtoie certaines tensions psychologiques, mais un roman prenant, haletant qui ne peut que vous séduire.
‘Ne reste que la nuit’, de Rose Mallai chez Gros Caillou
Serge n’a que quelques heures pour écouter la version de Lila, son histoire, ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a subi… Seulement quelques heures pour déceler la vérité. Puis il lui faudra écouter l’autre version des faits, celle qui va tout bouleverser.
Durant un laps de temps, l’auteure nous propose de suivre Serge, un commandant de police qui interroge successivement Lila et Antoine au sujet d’un meurtre commis la veille. Deux personnages ayant chacun une version diamétralement opposée des faits.
Au-delà de ces contradictions plus que troublantes, il faut savoir que notre commissaire est notamment obsédé par le fait que sa femme a quitté le foyer conjugal. Du coup, sa vie privée fragilise sa vision des choses et provoque chez lui le besoin d’éprouver une certaine empathie pour Lila.
Un thriller qui vous manipule tout le long de ses quelque 270 pages. Un roman à la noirceur de l’encre de Chine dans lequel l’auteur laisse non seulement planer le doute sur l’identité du cadavre, mais aborde des thèmes aussi dramatiques que la manipulation, la violence intrafamiliale, l’inceste, le meurtre, l’emprise sur autrui…
Après ‘Et ensuite, le silence’, ‘Ne reste que la nuit’, Rose Mallai nous revient en force avec un nouveau thriller saisissant et dérangeant que vous ne pourrez pas lâcher qu’à la dernière page.
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