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Janette rencontre Letizia Rocchio, entre résilience et détermination

par Emilie Geoffroy

1 décembre 2025

Derrière son sourire lumineux, Letizia cache un parcours marqué par les épreuves, le courage et un amour profond pour les autres. Maman, éducatrice et aujourd’hui fondatrice de sa boutique en ligne, elle avance malgré la maladie qui touche son mari et les défis du quotidien. Elle a choisi de transformer sa douleur en une mission : aider les femmes rondes à se sentir belles, légitimes et fortes. Voici l’histoire d’une femme qui refuse de se laisser définir par l’adversité.

Pouvez-vous raconter votre histoire à Janette ?

Je m’appelle Letizia, j’ai 35 ans et je suis maman de deux enfants de 9 et 6 ans.
Petite, j’ai été victime de harcèlement scolaire : mon poids, mes cheveux roux… tout était prétexte à des moqueries. À 16 ans, j’ai essayé de changer de couleur de cheveux, de me maquiller pour me fondre dans le décor, pour “faire comme les autres”. Mais rien n’y faisait : je n’étais jamais assez bien.

C’est seulement autour de mes 30 ans que quelque chose s’est transformé. J’ai compris que le problème, ce n’était pas moi. Pourquoi devrais-je me cacher ? Pourquoi devrions-nous, les femmes, nous excuser d’être comme nous sommes ?
Ce jour-là, j’ai décidé de m’accepter. Et cette liberté nouvelle m’a ouvert les yeux : je n’étais pas la seule à souffrir de mon image. Beaucoup de femmes se sentent mal dans leur corps. J’ai eu envie d’agir pour elles.

En parallèle, je ne trouvais jamais de vêtements à ma taille : rien de moderne, souvent trop cher… C’est de là qu’est née l’idée de créer quelque chose pour régler ce problème: une offre grande taille, accessible et tendance.

Aviez-vous du soutien face à vos complexes et ce harcèlement ?

Oui, j’ai toujours été entourée. Mais comme beaucoup de femmes de ma génération, j’ai grandi avec certaines phrases qui marquent : ma grand-mère, par exemple, me répétait de faire attention à mon poids à cause du diabète dans la famille. Ce n’était pas mal intentionné, mais ça restait ancré dans ma tête.

Y a-t-il eu un événement particulier qui vous a donné ce déclic à 30 ans ?

Il y a d’abord eu cette prise de conscience : j’avais passé des années à vouloir changer, à enchaîner les régimes qui ne fonctionnaient pas.
Puis, après la naissance de mon premier fils, à 25 ans, j’ai atteint les 125 kg. En voyant une photo de moi après l’accouchement, je ne me suis pas reconnue. Ce choc m’a fait réagir, mais cette fois sans me forcer ni me priver. Naturellement, j’ai perdu 30 kg et j’ai commencé à me sentir mieux dans ma peau.
Pour mon deuxième enfant, j’étais déjà dans un état d’esprit plus serein.

C’est un mélange de maturité, d’expériences, de douleurs et de petites victoires qui m’a poussée à m’accepter pleinement.

Quel message vouliez-vous transmettre à travers votre projet ?

Lety Boutique est née d’un besoin personnel… mais surtout d’un besoin collectif.
Je ne trouvais rien pour m’habiller, et autour de moi, d’autres femmes vivaient la même chose. J’ai voulu créer un espace où l’on se sent enfin représentées, comprises et valorisées.

En un an, j’ai reçu tellement de messages de remerciements que j’ai réalisé que ce projet allait bien au-delà des vêtements. C’est un accompagnement, un élan de confiance pour les femmes rondes.
Aujourd’hui encore, je travaille à temps plein comme éducatrice, mais Lety Boutique est devenue ma mission de cœur.

Comment faites-vous face à la maladie de votre mari tout en gérant votre vie actuelle ?

Depuis six mois, la méditation m’aide énormément. Mon esprit était saturé, j’avais trop d’informations, trop d’émotions. Méditer m’oblige à faire taire le mental, à arrêter de réfléchir sans cesse et à me concentrer sur l’action, sur le moment présent. Ça m’aide à faire les bons choix et à rester forte.

Je m’impose aussi une vraie organisation : je travaille 40h par semaine, et je suis très soutenue par ma famille. Même mon employeur m’aide, il comprend mon projet et me permet de suivre des formations.
Le soir, c’est la vie de maman : les enfants, mon mari, la maison… et une fois les petits couchés, je passe à la boutique. Le week-end, je m’occupe de tout, non-stop, car je gère la boutique en ligne seule.

Qu’est-ce qui vous donne la force de continuer chaque jour malgré les difficultés ?

Mes enfants sont ma force principale. Je veux qu’ils puissent vivre une vie d’enfants, sans porter tout le poids de ce que nous traversons. Ils ne savent d’ailleurs pas tout concernant la maladie de leur papa.

Et puis, je ne suis pas seule : ma mère, ma belle-sœur, mes beaux-parents… ils sont incroyablement présents. Sans eux, je ne pourrais ni travailler, ni m’occuper de la boutique.
Ils m’aident pour la maison, les enfants, et même à poster les commandes des clientes (rires).

Comment parvenez-vous à gérer vos émotions en restant présente pour votre famille et votre travail ?

Je fais très attention à ne pas m’oublier. Une femme qui s’oublie finit par s’éteindre.
Alors je m’accorde des moments rien qu’à moi, chaque week-end : un soin, une petite skincare, un moment seule… ça peut paraître simple mais ça me fait un bien fou.
Le matin aussi, je prends le temps de me maquiller. C’est comme mettre une armure de douceur : ça m’aide à me sentir bien.

Comment avez-vous transformé la douleur en force positive ?

Depuis toujours, je transforme le négatif en positif. Je crois que chaque épreuve arrive pour une raison.
J’accepte la douleur, parce que c’est elle qui forge ma résilience.

Les messages des clientes que je ne connais même pas me font énormément de bien. Leur gratitude me donne de la force, elles me rappellent pourquoi j’ai commencé. Je continue pour elles, pour les aider à se sentir belles.
Et puis il y a mon mari. Il a toujours cru en moi, même quand personne n’y croyait. Je lui ai fait la promesse de ne jamais lâcher la boutique.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui traversent des épreuves personnelles majeures ?

J’aimerais pouvoir dire à la petite fille que j’étais : « Crois en toi, la lumière arrive. »
Je ne changerais rien à mon parcours, même pas les bas. Ils sont là pour nous apprendre, pour nous faire évoluer.

Mes enfants, eux, sont très fiers : ils me dessinent à l’école avec mes cheveux roux et ma boutique (rires). Je les encourage à croire en eux et en leurs rêves, tout simplement.

Quant aux femmes qui rêvent de créer quelque chose : si vous en avez vraiment envie, vous pouvez y arriver.
J’ai tout appris seule, étape par étape, en cherchant les infos, en me trompant, en recommençant.
Croyez en vous. Ce n’est pas votre physique qui définit qui vous êtes, mais la force que vous décidez de mettre dans vos rêves.

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