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Ces livres qui vous entraînent à travers le monde

par Charles Demoulin

15 février 2026

Barcelone, les terrains vagues des cités, Beyrouth, le Connecticut, un petit coin en France, Acapulco…, va falloir bouger cette semaine afin de pouvoir débarquer dans tous ces endroits où les livres que Janette vous propose vous entraînent.

‘tah l’époque’, d’Olivier Lovrenski chez Actes Sud

Ils avaient quinze ans et déjà le monde leur avait retiré ses promesses. Ivor, Marco, Arjan, Jonas, une fraternité forgée dans la poussière des terrains vagues, dans la fumée des halls d’immeubles, dans l’ombre d’une ville qui ne les nommait pas. Ensemble, ils défiaient les règles du jeu. La rue comme royaume, la nuit comme frontière, et le langage comme arme.

La rage de vivre se heurte rapidement au désenchantement, mais dans son sillon pulsent, toujours, des instants fugaces d’amour, d’humour et de poésie, comme un battement de cœur haletant jusqu’à ce constat brutal : tu peux aimer la rue, mais elle ne t’aimera jamais.

‘tah l’époque’ porte la rumeur de la ville, le heurt des langues, la violence et la tendresse. C’est l’histoire d’une jeunesse sans abri, et d’un écrivain qui, à dix-neuf ans, sait déjà que la beauté et la douleur ont le même visage.

Qu’on lise beaucoup, un peu, ou presque pas, on trouvera ici une présence, une sincérité, et cette émotion sous-jacente qui font que l’on referme le livre en se disant que quelque chose en nous, autour de nous, a bougé.

Le style de Lovrenski, écrivain de dix-neuf ans s’il vous plaît, est très loin de celui de nos lectures habituelles. D’une efficacité redoutable et bouleversante, il percute à la fois par son efficacité et sa familiarité. Au-delà, dans cet ouvrage de quelque 316 pages, ne cherchez pas la moindre majuscule. Il semble que Lovrenski les ait mises définitivement au frigo.

‘Le roman de Barcelone’, de Pierre Lunel au Rocher

La Sagrada Familia, l’auberge espagnole, le Barça, la Rambla, le Barri Xino, les ‘quatre Gats’, Gaudí, Miró, Dalí, le jeune Picasso, la plaça de Catalunya, le passeig de Gràcia, la Costa Brava, la Diada, Lluís Llach, Eduardo Mendoza et Montalban… Des noms et des images qui chantent. Un air de fête, de liberté, d’audace et d’impertinence.

Aux yeux de millions de gens, Barcelone, c’est aussi la résilience, l’ouverture au monde et une incorrigible jeunesse. Ici, le génie Gaudí incarne un art inimitable. Il voisine avec les comtes-rois maudits, les souverains fastueux, les femmes pionnières, les criminels, les marins audacieux, les fous et les héros disparus. Une histoire éblouissante de lumière et de noirceur.

L’auteur nous plonge dans le dédale des secrets de la  ‘Ville des merveilles’ et ressuscite, en véritable conteur, son âme rayonnante et ténébreuse. Sublime et vénéneuse. Hétérodoxe et fantasque. ‘Gaudienne’. Sous nos yeux naît la Barcelone industrielle, moderniste, républicaine et nostalgique. On y découvre la misère et la luxure, les crimes et les châtiments, la fête permanente. On y entend aussi le vacarme des bombes anarchistes et celles de Franco qui tombent sur Barcelone meurtrie. Une fresque aux mille visages qui raconte le destin de cette ‘ville des prodiges’, cosmopolite et outrancière, ouverte à tous les vents.

Une sorte de dictionnaire amoureux de Barcelone, écrit sous forme de fresque intime et romanesque. Une visite guidée comme jamais vous n’auriez pensé l’imaginer.

‘Le roman de Barcelone’, de Pierre Lunel au Rocher

‘Sobhiyé’, de Gracia Bejjani chez Accro

Beyrouth, années soixante-dix. Dans le quartier chrétien d’Achrafieh, la narratrice et ses amies, Hanane et Nayla, grandissent entre Orient et ouverture à l’Occident.

En hissant leurs voix, elles se souviennent des épreuves fondatrices de l’enfance et des subtilités du monde des femmes, au cœur d’une société dominée par les hommes.

C’est dans l’intimité de la maison, des gestes et des rituels, que l’auteure nous entraîne pour dire la force de résistance de ces femmes, au quotidien d’abord, puis plus tard, face à la guerre.

Divisé en trois périodes bien distinctes dans la vie de celle qui nous apparaît comme une divine poétesse, ce récit nous invite à faire irruption dans diverses tranches de sa vie. Son enfance, sa période ado, et puis, suite à la guerre, sa fuite vers la France et surtout vers une paix dont  elle a largement besoin pour exprimer librement toutes les envies qu’elle a dû taire, à l’image de toutes les femmes de là-bas. Cela suite à la soumission au patriarche, à l’époux, à la guerre et à ses violences… Un livre magnifique empreint d’une incroyable humanité.

‘Sobhiyé’, de Gracia Bejjani chez Accro

‘Je vais te détruire’, de Linwood Barclay chez Belfond noir

Rien ne prédisposait Richard Boyle à devenir le héros de sa petite ville du fin fond de l’État de New York. Professeur dans un lycée, il vient d’empêcher un ancien élève de commettre une tuerie dans l’établissement. 

Mais alors qu’il avait réussi à le raisonner, la ceinture d’explosifs du jeune homme a accidentellement explosé. Alors qu’il est acclamé en héros, voilà que les parents du jeune kamikaze l’accusent d’homicide, tandis que d’autres montent une cabale contre lui. Le statut de héros est décidément bien précaire.

Sans compter qu’un maître chanteur le menace de révélations compromettantes. Richard reste traumatisé. Et puis cette célébrité toute neuve lui attire beaucoup de problèmes… Puisque le voilà pris dans la toile d’un maître chanteur déterminé à détruire sa réputation, sa carrière et ses proches.

Dans ce suspense aux retournements de situations aussi multiples qu’imprévisibles, Linwood Barclay y va de ses petites piques cinglantes, mais non dépourvues d’humour, sur les déviances en tout genre de la politique et d’une certaine société américaine. Tout cela sans oublier que ce maître du thriller nous livre son récit par le biais de chapitres courts. Ce qui selon moi, offre encore plus de rythme au récit. 

‘Je vais te détruire’, de Linwood Barclay chez Belfond noir

‘L’orange et la poussière’, d’Emma Deruschi chez Eyrolles

Drame dans la famille Bonnegarde : Aristide, patriarche des patriarches, doyen du clan, vient de rendre son dernier souffle. Comme si ce n’était pas suffisamment bouleversant comme cela, voilà que cet original, fidèle à la tradition familiale – le grand n’importe quoi – révèle post-mortem une dernière volonté incongrue.

Aristide souhaitait ainsi que ses cendres soient répandues là où il a été le plus heureux : sur le green du golf où il avait ses habitudes. Bon an mal an, ses héritiers acceptent la mission malgré son illégalité, et se piquent même d’une drôle d’idée pour couronner le tout : placer ses cendres dans une urne biodégradable afin qu’elles deviennent le berceau d’un arbre.

Sauf que cette jolie intention va faire tomber le premier d’une folle série de dominos. Vient en effet d’être votée une loi conférant à une immense multinationale le contrôle de la quasi-totalité des arbres et végétaux du pays, jugés à l’heure actuelle pas assez productifs. Il est en conséquence désormais interdit de planter la moindre petite bouture sans autorisation dûment obtenue. En plantant leur papi, les Bonnegarde se sont donc exposés à la traque de la firme, qui leur confisque les cendres et se lance à leur poursuite dans une folle cavalcade bientôt retransmise par tous les médias du pays.

Dans un voyage aussi dangereux qu’empli de sens, aussi merveilleux qu’incertain, la tribu Bonnegarde tente le tout pour le tout afin de rendre hommage non seulement à son aïeul, mais aussi à sa conviction profonde et partagée : un féroce et inaliénable droit à la liberté. Parce qu’empêcher un honnête citoyen de devenir un arbre, ce n’est peut-être qu’une première étape avant de lui interdire aussi de devenir artiste, ou amoureux, ou aventurier. Et tant pis si, pour honorer cet idéal, la famille doit payer le prix fort. 

Un roman dans lequel il faut d’emblée se laisser embarquer !

‘L’orange et la poussière’, d’Emma Deruschi chez Eyrolles

‘Bombasse’, de Camille Emmanuelle chez Verso

« On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière », affirmait la grand-mère bretonne de Marie Couston.

Elle le reconnaît elle-même, à 38 ans, Marie a ‘tout’ : un travail de prof en ligne qui lui plaît, un mec super, des jumelles de 5 ans en bonne santé, et même l’opportunité d’adapter son roman en série.

Enfin ça, c’est sur le papier. Dans la réalité on lui demande d’aider I’IA à écrire une série TV un peu sexy, un peu dark, ambiance cartel, mais glamour. Et par ailleurs, même si elle adore son mec et sa famille, son amoureux semble parti tout seul boire des caïpirinhas à Acapulco.

Tout va être bouleversé le jour où elle se prend une porte vitrée en pleine face. Ce jour-là, Marie Couston bascule dans un monde parallèle dès qu’elle s’endort.  Une double vie qui colle étrangement au scénario de romance qu’on tente de lui imposer. 

Et si passer du temps avec un beau Mexicain dans une piscine à débordement n’était pas si nul que cela ? Et de s’apercevoir qu’elle aurait envie du cul de la crémière, ou plus exactement, de celui du crémier.

Un petit régal que ce roman à travers lequel Camille Emmanuelle joue subtilement entre rêve et réalité, et où elle s’attaque notamment à l’impact de l’IA sur le monde littéraire d’aujourd’hui, ou encore à l’addiction aux séries. En fait, un récit plein de questionnements, mais tellement drôle et agréable à lire. Est-ce que rêver c’est tromper ?

‘Bombasse’, de Camille Emmanuelle chez Verso

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