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Des romans aux senteurs de rentrée

par Charles Demoulin

23 août 2026

Même si la rentrée littéraire est prévue pour septembre, certaines maisons d’édition anticipent toutefois cette date. Raison pour laquelle Janette vous propose déjà plusieurs nouveautés, mais également deux ou trois ouvrages sortis lors du deuxième trimestre, et à côté desquels vous êtes peut-être passées. Une erreur !

‘Horélie’, de Delphine Saada chez HarperCollins traversée

Aurélie a trente ans. Aurélie est en prison. Car Aurélie a commis un crime dont les médias ont fait leurs choux gras. En attente de son jugement, dans le parloir face à l’avocat renommé qui s’est emparé de son affaire, Aurélie parle.

Les souvenirs refoulés surgissent avec violence et précision. Aurélie ne se fait pas de cadeaux. Et nous remontons avec elle, pas à pas, chacun des rouages qui l’ont, de manière incompressible, amenée à commettre le pire.

À travers le contraste entre Hortense, une instagrammeuse à succès, et Aurélie, une jeune femme en mal affectif qui l’observe à s’y perdre, le récit interroge l’écho des identités numériques et la fascination qu’elles exercent.

L’écriture fulgurante de Delphine Saada capte avec une acuité troublante les mécanismes de l’obsession et de la solitude dissimulés derrière les vitrines parfaites d’Instagram.

Un récit qui dérange. Un récit qui aborde et nous fait réfléchir sur notre relation avec les réseaux sociaux. Un récit percutant qui interpelle grandement. Un récit tout en actualité !

‘Une histoire d’amours’, de Serge Joncour chez Albin Michel

Franck et Léa, citadins en quête de renouveau, viennent de s’installer dans un hameau aux confins du Morvan. Ils font la connaissance de Joss et de sa compagne Kelly, jeune femme lumineuse dont la présence fascine Franck autant qu’elle le bouleverse. 

Tandis que Léa multiplie les allers-retours à Paris, Franck, illustrateur en mal d’inspiration, se prend de passion pour la mystérieuse ‘Chapelle des Amants’. Il entreprend, avec Kelly, d’en percer le secret.

Resurgit alors l’histoire oubliée de Joséphine, aristocrate fiévreuse des Terres d’eau, et de Rodolphe, modeste officier de santé. Dans un XIXe siècle miné par les superstitions et la malaria, ces deux êtres que tout

oppose vont s’aimer à contretemps, et tenter de résister aux croyances mortifères et à la rigidité de l’ordre social.

L’attirance qui naît entre Kelly et Franck semble obéir au même élan, et risque de les entraîner très loin, eux aussi…

L’écriture sensuelle de Serge Joncour, teintée de romantisme dans l’évocation de la nature et du paysage, esquisse une parenthèse enchantée avec ce roman qui nous distille deux histoires d’émancipation se jouant à deux siècles d’intervalle.

Un grand roman à l’abri du vacarme du monde et qui vous entraîne loin de votre quotidien. Et ça fait vachement du bien !

‘Une histoire d’amours’, de Serge Joncour chez Albin Michel

‘Lázár’, de Nelio Biedermann chez Belfond 

Tout commence avec la venue au monde de Lajos von Lázár, un enfant blond aux yeux clairs. Tout commence, et tout finira aussi, se dit son père, le baron Sándor, face à ce fils qui ne ressemble à personne. Car dans le château familial niché au cœur de la forêt, la naissance de l’enfant aux premiers jours du XXe siècle va bouleverser à jamais l’ancienne vie des barons von Lázár.

C’est d’abord la chute de l’Empire des Habsbourg qui va balayer leurs traditions. La mère de Lajos, la belle Mária, et son oncle, le spectral Imre, ne s’en relèveront pas. Quand Lajos héritera du domaine dans les années

vingt, l’éclat d’antan semblera brièvement briller à nouveau.

Mais c’est à ses enfants, Eva et Pista, qu’il reviendra de trouver la force de résister aux forces obscures qui annoncent la guerre.

Un roman-monde, l’histoire bouleversante et profondément originale d’une famille au cœur des tourbillons duXXe siècle. Captivant, presque hypnotique, empreint de légèreté et de poésie, ‘Lázár’ nous ramène à la question éternelle : dans les tourments de l’Histoire comme dans les beaux jours d’été, comment vivre ?

Une fresque passionnante, qui se déroule sur plus d’un siècle, et dans laquelle se côtoient nombre de personnages attachants. Mais également un récit ayant comme fil conducteur les mots réalité et décadence. 

‘Lázár’, de Nelio Biedermann chez Belfond 

‘Lait cru’, de Steve Poutré aux Escales

Au cœur d’une ferme laitière québécoise, un garçon grandit. Avec une écriture poétique crue et sensorielle, Steve Poutré déploie l’histoire d’une famille où la folie court, et d’une exploitation agricole où la violence règne.

Dans la portion la plus vilaine du village est construite une grange à douze côtés. Sa silhouette polygonale reproduit la forme d’une immense araignée montant la garde, pour s’assurer qu’aucun esprit ne puisse se dissimuler dans un coin.

Le mal se rabat ailleurs. Les enfants qui germent aux abords de cette ferme finissent tous timbrés.

Avec ce premier roman exceptionnel qui a remporté le Prix du Gouverneur général, Steve Poutré s’impose comme un nouveau romancier à suivre de près, car il renouvelle le genre du roman rural, entre littérature gothique et littérature du terroir. ‘Lait cru’ traite de santé mentale, relation familiale et d’agriculture intensive avec une vision singulière et poétique.

Un roman tout en justesse qui va vous faire jongler entre présent et passé, et dans lequel Steve Poutré plonge profondément dans ses souvenirs d’enfance, qu’il nous reproduit par le truchement d’une plume supérieurement imagée.

‘Lait cru’, de Steve Poutré aux Escales

‘Les secrets du chef’, de Marc Hammani chez Marx&Co

Thriller géopolitique, récit d’espionnage ou voyage culinaire ? Sans doute un peu tout ça à la fois. ‘Les Secrets du Chef’, c’est un roman hybride comme vous n’en avez jamais lu !

Un concept éditorial ambitieux et totalement inédit ! Et l’intrigue met tout de suite l’eau à la bouche. Laissez-vous surprendre par les aventures de Mark Marx, un jeune chef cuisinier globe-trotter recruté par la mystérieuse X Company, et naviguant entre les cuisines des palaces et les zones de haute tension diplomatique, manipulant les secrets d’État aussi bien que ses couteaux.

Dans cet univers où la gastronomie devient une vraie arme d’infiltration et un vecteur de communication pour créer des liens au-delà des mots, le héros affronte des dilemmes moraux complexes, notamment face à la troublante Assia, dont on ignore si elle est son alliée ou… un piège mortel.

Fortement inspiré du parcours de vie de son auteur, Marc Hammani, ce polar captivant pousse sa singularité jusqu’à intégrer plus de 40 recettes telles que : Canard laqué/Chine, Profiteroles/France ou Poulet Mafé/Sénégal.

Ce festin de secrets, de trahisons et d’actions se transforme alors en une expérience littéraire et sensorielle aussi savoureuse que surprenante. Cerise sur le gâteau, la préface est signée Guillaume Gomez. L’ancien Chef de l’Élysée et ambassadeur prestigieux de la gastronomie française y salue l’originalité du sujet, où la cuisine devient l’une des clés pour ouvrir les portes… toutes les portes.

Un livre à lire tout en cuisinant les diverses recettes qui y abondent. 

‘Les secrets du chef’, de Marc Hammani chez Marx&Co

‘La méthode’, de David Jauzion-Graverolles chez M.E.O.

Après une rupture amoureuse, Sylvère abandonne une carrière universitaire prometteuse et postule pour la promotion expérimentale ‘mise en scène’ de l’ENSPETT, la prestigieuse école de théâtre de N*.

Lui qui n’a aucune expérience théâtrale est accepté contre toute attente. Il intègre la poignée d’étudiants venus de tous horizons, sous la houlette intermittente du célèbre metteur en scène maudivien Rado Vetro. Une formation initiatique, tenant du monachisme et de la secte, où les élus s’épaulent et se jalousent. Formation qui néglige les essentiels : éclairage, son, administration, décors, accessoires, costumes, pour reposer sur la pratique intensive d’arts martiaux et de l’improvisation, en quête de concepts qui s’enroulent autour de la méthode, mais se dérobent sans cesse : action, événement capital, nœuds, reflet, perspective inversée… 

Mais au retour d’un stage calamiteux à Maudivia, alors que Vetro et ses élèves sont invités en Avignon, le directeur de l’ENSPETT, convaincu de malversations financières et de népotisme, disparaît et Mine, jeune journaliste, mène alors l’enquête.

Sylvère écrit pour elle l’histoire de la ‘promotion mise en scène’, tandis que les pontes du théâtre traditionnel français reprennent le pouvoir.

Un roman jouissif doublé d’une écriture éblouissante et qui nous parle d’une bifurcation radicale suite à un choc amoureux.

‘La méthode’, de David Jauzion-Graverolles chez M.E.O.

‘L’homme qui était heureux sans le savoir’, d’Antoine Rault chez Paulsen

Pierre a vieilli sans bonifier. Un peu amer, un peu aigri, sa tendance à ronchonner va s’accentuant. Jusqu’au jour où sa patiente épouse l’invite à consulter le médecin de la famille pour des douleurs dont il se plaint.

D’abord réticent, car pour lui les médecins, moins il les voit, mieux il se porte, il finit néanmoins par céder. Et, au terme d’une série d’examens, Pierre apprend qu’il est condamné. Pas comme nous le sommes tous. Condamné à brève échéance. C’est alors que sa vie, ce qu’il lui reste de vie, change du tout au tout.

Et si c’était l’oubli de l’inéluctable issue de l’existence qui nous empêchait d’en goûter la saveur ? Vivre chaque jour comme si c’était le dernier reste souvent un slogan creux. À moins peut-être, paradoxalement, de se savoir atteint d’une maladie incurable.

Avec ce roman initiatique d’un genre nouveau, poignant le plus souvent, mais aussi très drôle par moments, Antoine Rault, qui nous offre ici une leçon de vie, interroge notre rapport au temps, à la mort et au bonheur. Une histoire profondément humaine, faite de chapitres courts, et qui transforme une sentence tragique en une lumineuse ode à la joie.

‘L’homme qui était heureux sans le savoir’, d’Antoine Rault chez Paulsen

‘Que la mort nous frôle’, de Michel Bussi aux Presses de la Cité

Près de Lausanne, Jeanne, jeune psychiatre spécialisée dans les traumatismes, rejoint le manoir des Amarantes qui, depuis 1945, abrite des pensionnaires brisés par la guerre.

Parmi eux, Charly, adolescent imprévisible et paranoïaque, et Téréza, orpheline du ghetto de Varsovie, ont noué un lien très fort. Mais ces dernières semaines, des événements inquiétants secouent les lieux : des pensionnaires disparaissent, de mort naturelle prétend-on ; des statues changent de place ; le docteur Gruber, directeur de l’établissement, mène des expériences mystérieuses.

Tandis que les ombres et les non-dits pèsent sur ce manoir hors du temps, le danger est partout. Derrière ce décor faussement paisible, entre les rives du Léman et les sommets alpins, le passé peut-il encore tuer ?

Avec ‘Que la mort nous frôle’, Michel Bussi signe un suspense psychologique haletant, où chaque révélation, jusqu’au twist final, renverse tout ce que l’on croyait savoir. Un thriller redoutablement efficace où l’auteur, comme à sa bonne habitude, s’amuse à jouer et à manipuler ses lecteurs jusqu’à plus soif. Vous allez adorer !

‘Que la mort nous frôle’, de Michel Bussi aux Presses de la Cité

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