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10 bandes dessinées à s’offrir

par Charles Demoulin

24 août 2022

Puisque les vacances se terminent doucement, Janette s’est promenée dans une librairie spécialisée en bandes dessinées afin de rechercher quelques albums qui pourraient vous aider à passer calmement ces derniers instants précieux. Résultat : la découverte d’une dizaine de bédés très féminines qui ne manquent ni d’attraits ni d’intérêt.

« Nimona », de ND Stevenson chez Dargaud

Nimona a le chic pour la bagarre, les plans diaboliques et le chaos en règle générale. Elle a convaincu Lord Ballister Blackheart de la prendre comme assistante. Leur mission : prouver au royaume que Sir Ambrosius Goldenloin et ses camarades de l’Institut ne sont pas si irréprochables que cela. Trahisons ! Dragons ! Savants fous ! Révélations ! Voilà ce qui vous attend dans cette aventure fraîche et moderne, à la fois subversive et pleine d’humour, et qui paraît dans une nouvelle collection format poche que vient de lancer Dargaud au prix 9,50 euros. En fait, déjà 9 titres au programme, et qui sont des rééditions… pour le moins bienvenues.

« Feminists in Progress », de Lauraine Meyer chez Casterman

Voici sans nul doute un superbe petit guide fun et condensé pour une approche du féminisme 2.0. Mais également un ouvrage élaboré pour tenter de faire tomber les idées reçues et évoluer les mentalités. Aigries ! Poilues ! Agressives ! Misandres ! Lesbiennes ! Ou pire : célibataires ! Les clichés ont la vie dure en matière de féminisme. Mais qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui ‘être féministe’ ? Sous forme d’essai graphique coloré, drôle et décomplexé, cet album invite à déconstruire l’une après l’autre les normes et les idées reçues sur le sujet. En fait, l’auteure s’emploie à revisiter quelques thèmes et fondamentaux au cœur du féminisme post #MeToo.

« Céleste 1/2 », de Chloé Cruchaudet chez Noctambule/Soleil

Cette première partie d’un diptyque dédié à Marcel Proust, et plus volontiers encore à sa gouvernante Céleste Albaret, s’intitule « Bien sûr Monsieur Proust ». Le récent centenaire de la mort de Proust était une belle occasion pour l’auteure de s’intéresser à ce lien, plus que fort, qui unissait l’écrivain à sa gouvernante et parfois secrétaire. Via de multiples sources de documentation laissées par Proust, Chloé Cruchaudet raconte comment, en 1913, alors que Céleste n’avait que 21 ans, elle est entrée au service de Proust durant près de neuf ans. Et cela jour et nuit jusqu’en 1922, date de la mort de l’écrivain. Dans cet ouvrage aux illustrations douces, monde réel et fantomatique s’entremêlent pour apporter un éclairage sur le processus créatif de l’artiste.

« La dame blanche », de Quentin Zuttion au Lombard

Estelle est infirmière dans la maison de retraite « Les Coquelicots ». De parties de Scrabble en toilettes mortuaires, son quotidien est au service de ces résidents qu’elle accompagne et auxquels elle s’attache immanquablement. Mais en tissant des liens intimes avec ces personnes âgées, pourrait-elle finalement perdre pied ? C’est vrai qu’en se sentant de plus en plus concernée et impliquée dans la vie de ces résidents, elle n’arrive plus à laisser dans la souffrance certaines personnes malades à qui elle tient énormément. Si l’environnement d’Estelle est indubitablement associé à la vieillesse et à la mort, ce roman graphique aux teintes bleues est en réalité un hymne à la vie, et une mise en évidence d’un corps de métier habituellement loin d’être valorisé.

« Waco Horror », de Lugrin-Xavier-Soularue chez Glénat

1916 Waco Texas. Suffragette énergique connue pour ses conférences médiatiques et son engagement pour le droit des femmes, Elizabeth Freeman se rend dans cette ville du Texas afin d’enquêter discrètement sur la disparition d’un jeune Noir qui travaillait dans un champ de coton et dont le nom était Jesse Washington. Si le shérif du coin explique que l’ado s’est volatilisé, Elizabeth va très vite découvrir la cruelle réalité des faits. Une réalité qui va mettre sa vie en danger. Car, par le biais de photographies, notre enquêtrice découvre que Jesse a été non seulement lynché, mais qu’il a subi des sévices durant sa mise à mort. L’histoire de ce crime racial qui a mis l’Amérique en émoi est vraie. Tout comme l’est le destin de cette jeune féministe. Un dessin tout en subtilité, sobriété et finesse, ourlé de couleurs douces, atténue l’atrocité de ce récit poignant.

« Facteur pour femmes, livre 2 », de Quella-Gyot – Cassier chez Grand Angle

Lors de sa sortie, Janette vous avait présenté le premier opus de ce diptyque où, en 1914, sur une île de Bretagne, un facteur non mobilisé devenait l’amant des femmes restées seules vu le départ des hommes au combat. Toutefois, à la fin de ce volet, une question demeurait posée : « Qu’allaient devenir ces femmes au retour de leurs compagnons ? » Et Didier Quella-Guyot, aidé cette fois par le dessin de Manu Cassier, d’y apporter réponse. Nous sommes en 1958. De retour d’Australie, Linette est loin d’avoir tout appris et tout compris. Certes, elle sait désormais qui est son vrai père et ce qu’il a obtenu des femmes restées sur île. Cela jusqu’à sa mort ‘accidentelle’. Mais ce qui s’y est passé après la guerre et ce que sont devenues les ‘femmes du facteur’, elle l’ignore. Pourtant, peu après cette guerre, un autre drame plus inavouable encore a plombé la vie de ces îliennes. Mais je vous laisse le soin de le découvrir… même s’il eut mieux valu qu’il ne refasse pas surface.

« L’île aux femmes », de Zanzim

Sorti en 2015, cet opus très poétique qui, à la manière de l’auteur revisite non sans saveur et humour le mythe des Amazones, se présente comme un conte féministe, mais aussi comme un véritable hommage à toute la gent féminine. Séducteur hors pair, frimeur invétéré, as de la voltige, Céleste Bompard, engagé au début de la Grande Guerre, est chargé d’une mission : transporter par avion les lettres que les poilus écrivent à leurs femmes. Hélas, lors de cette mission, son biplan abattu par un tir ennemi s’écrase sur une île mystérieuse. Obligé de survivre dans cet endroit visiblement désert, il trompe son ennui en lisant toutes ces lettres restées dans les débris de son avion. Ce jusqu’au jour où il découvre un jardin d’Éden uniquement peuplé de femmes… qui ne tardent pas à le capturer. Truculent, atypique, féministe, savoureux, décalé, un véritable p’tit moment de grand bonheur.

« Ténébreuse », de Mallié et Hubert chez Dupuis

Premier volet d’un dytique, cette ode à l’émancipation qui revêt les codes du conte pour questionner la pression familiale, le poids de l’héritage et la quête de la rédemption, est l’œuvre posthume d’Hubert, cet auteur qui nous valut notamment « Peau d’Homme ». Son scénario, qui nous plonge dans l’époque médiévale, est porté avec force par Mallié, architecte minutieux des paysages et des décors, un des meilleurs dessinateurs du genre. Comme tout conte qui se respecte, cette histoire débute par : « Il était une fois… un chevalier déchu et une jolie princesse à délivrer. » Méprisé par ses anciens compagnons d’armes pour un crime qui entache à jamais sa réputation, Arzhur erre de tavernes en champs de bataille à la recherche d’un prochain contrat qui remplira son escarcelle. Une nuit, trois mystérieuses vieilles femmes lui proposent le pacte rêvé : délivrer une fille de roi retenue captive dans les ruines d’un château abandonné. Vivement le second volet, car cet album nous tient méchamment en haleine.

« Un avion sans elle », de Duval et Pinheiro d’après Michel Bussi chez Glénat

C’est d’un fait divers qui a tenu en haleine toute une région qu’il va être question ici. Le vol Istanbul – Paris s’est crashé sur le mont Terrible. Aucun survivant. Aucun document. Tout à brûler. Tout a disparu. Si ce n’est une gamine de trois mois miraculeusement éjectée et retrouvée vivante dans la neige. Aujourd’hui, dix-huit ans après ce drame, deux familles se disputent encore la filiation de Lylie, la jeune rescapée. Lorsque débute cet ouvrage séduisant au possible, le détective payé par la famille Carville qui n’accepte pas que Lylie ait été placée chez ses rivaux directs, les Vitral, est sur le point de se suicider. Depuis 18 ans qu’il enquête, il n’a pas trouvé le moindre indice. Mais alors qu’il va presser la détente, il observe une dernière fois la une d’un journal de l’époque et soudain… tout devient clair. Un polar parfaitement huilé et rythmé, sublimé par la patte graphique d’un Nicolaï Pinheiro au crayon d’une incroyable précision. Au-delà, une quête identitaire pour le moins complexe et surprenante.

« Julie Doohan Tome 3 – Rhum Runners », de Cailleteau-Brahy chez Delcourt.

Petit rappel pour les accros aux aventures trépidantes de la redoutable Julie Doohan. Dans « Spirit of Bourbon », la mafia, en 1922, pensait en avoir fini en liquidant Doyle Doohan, l’électron libre parmi les bootleggers de la région. C’était sans compter sur l’arrivée de Julie, sa fille. Une nana pour qui la chimie et la vengeance allaient faire des ravages. Et de fait, dans « Wild Mustang Saloon » elle s’attachait, via sa distillerie clandestine, à lancer sur le marché un bourbon de grande qualité. Chose insupportable pour Jack Mozza, le patron de la mafia. Aujourd’hui, dans ce nouvel opus, Julie voit son saloon connaître un bel essor suite au rhum que lui fournit un contrebandier du nom de McCall. En sa compagnie, elle se rend en Haïti afin de commercer avec une rhumerie réputée. Mais à l’accostage, c’est un Jack Mozza cloué dans un fauteuil roulant qui l’accueille. Çà, flingue. Çà, dézingue. Un western made in époque de la prohibition. Au fait, j’adore le dessin de Luc Brahy.

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