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Violences gynécologiques: «Je suis passée du paradis à l’enfer»

par Salomé Jeko

25 novembre 2021

Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Janette s’est penchée sur la question des violences gynécologiques. Un sujet d’actualité, qui reste encore tabou au Luxembourg.

«J’ai vécu une grossesse idyllique. À son terme, un violent examen gynécologique a tout fait basculer. Je suis passée du paradis à l’enfer.  J’ai eu extrêmement mal, j’ai abondamment saigné, j’étais au bord des larmes: j’ai dit à la sage-femme que c’était trop douloureux, mais elle ne m’a pas écoutée. J’ai eu l’impression d’être considérée comme un bout de viande et totalement infantilisée», raconte Delphine. Cet examen gynécologique que la jeune maman qualifie aujourd’hui de «viol», ne sera pas sans incidence sur son accouchement qui a lieu 24 heures plus tard. «J’ai eu 36 heures de travail et on a fini par me faire une césarienne d’urgence. Je suis ressortie de tout ça avec des troubles de stress post-traumatique». Un choc que Delphine réussira à surmonter au bout de deux ans, grâce à une thérapie sous hypnose et des cours d’arts martiaux pour «enfin laisser partir ce douloureux souvenir».

Remarques déplacées, actes non justifiés, non prise en charge de la douleur…

Comme elle, de nombreuses femmes –et parfois sans le savoir– sont chaque année victimes de violences gynécologiques et obstétricales, un phénomène longtemps tu parce qu’ayant lieu dans l’intimité d’une consultation médicale ou d’un accouchement. Touchers vaginaux sans consentement, expressions abdominales pour faire sortir le bébé durant l’accouchement, épisiotomie, déclenchements ou césariennes non justifiés ou encore non prise en charge de la douleur figurent, entre autres, sur la liste de ces violences qui peuvent porter atteinte à l’intégrité mentale et physique d’une femme. Elles incluent également tous les actes pratiqués sans consentement libre et éclairé, sans utilité médicale avérée, sans analgésie, mais aussi l’infantilisation de la patiente, la grossophobie, le manque de respect, les remarques sur l’orientation sexuelle, le manque de tact durant une IVG ou une fausse couche, entre autres.

Libérer la parole

«J’ai raconté mon expérience à une amie après coup et elle m’a avoué avoir, elle aussi, subi des choses anormales. J’étais triste qu’elle ne m’en ait pas parlé avant, peut-être que ça m’aurait permis de réagir différemment. C’est pour cela que je pense qu’il faut que la parole se libère», estime Delphine. Sur Instagram, le compte @balancetonuterus recense des témoignages de victimes, souvent glaçants. Aussi, pour sensibiliser les politiques et le grand public sur le sujet, diverses manifestations ont vu le jour ces dernières années. La plus populaire, lancée en Espagne, a été baptisée Roses Revolution et a lieu à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Au Luxembourg, la communauté The Roses Revolution suit le mouvement et invite, chaque 25 novembre, les femmes victimes de violences gynécologiques et obstétricales à venir déposer une rose symbolique devant les établissements hospitaliers concernés du pays.

Côté hôpital justement, les différentes directions recommandent davantage à leurs patientes d’écrire et de décrire les violences subies par courrier auprès d’eux, afin qu’ils puissent en être informés et agir directement. «Quelques temps après mon accouchement, j’ai écrit une lettre à l’hôpital pour leur raconter ce qui m’était arrivé dans l’espoir que ça n’arrive pas à une autre. Cinq jours après, j’ai eu une réponse de leur part : ils se sont excusés et m’ont affirmé avoir parlé avec la personne auteure des violences. Je crois que c’est seulement en faisant ça que de telles choses finiront par ne plus se produire. Il faut vraiment que les femmes osent prendre la parole», insiste Delphine. Une initiative qui n’a pas pour autant effacé de sa mémoire cette mauvaise expérience, car les séquelles de violences gynécologiques et obstétricales ne sont pas anodines, tant sur le plan physique que mental. «J’ai eu beaucoup de colère en moi. On est dans une position tellement vulnérable quand on est enceinte, surtout la première fois… J’ai l’impression aujourd’hui qu’on m’a volé mon accouchement, qu’on m’a gâché ce moment», estime-t-elle.

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