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Quand la vague du livre vous entraîne au loin

par Charles Demoulin

19 avril 2026

En ces moments difficiles où le géopolitique et l’économique nous interpellent grandement au quotidien, prendre le temps de s’évader quelque peu est devenu une nécessité. Que ce soit le sport, les balades en forêt, la musique, le cinéma, le livre… tout est bon pour nous obliger, l’espace d’un instant, à penser à autre chose. Et à propos de livres…

‘Tel père, telles filles’, de Daniel Steel aux Presses de la Cité

À la mort de leur père, Kate, Gemma et Caroline découvrent le secret qu’il gardait depuis plus de quarante ans. Contrairement à ce qu’il leur faisait croire, leur mère est bien vivante !

Entre Kate, qui doit maintenant gérer le ranch toute seule, Gemma, dont la carrière d’actrice s’essouffle, l’infidélité du mari de Caroline, et surtout la recherche de la vérité sur leurs parents, les trois sœurs vont vivre une année riche en émotions. Parviendront-elles à profiter de ces moments partagés pour se rapprocher ?

Trois filles. Trois existences totalement différentes. Trois caractères différents. Trois relations au père souvent à l’opposé. Des endroits de vie et de travail qui ont suscité l’éloignement. Mais ce décès et ces révélations vont gommer nombre de choses.

Une Danielle Steel au mieux de sa forme, et qui, grâce à son écriture fluide et narrative, va à nouveau vous bouleverser avec ce drame familial captivant à souhait que vous allez adorer.

‘Pauvres de nous’, d’Elvio Carrieri chez Philippe Rey

L’un est un éternel étudiant en histoire antique, l’autre enseigne la littérature à des détenus qui n’en ont que faire. À l’aube de la trentaine, Felice et Libero déambulent dans Bari, persuadés de leur supériorité morale.

Ensemble, ils débattent des écrits d’auteurs classiques, s’indignent de la laideur qui gangrène leur ville rongée par la corruption et la criminalité organisée. Leur intransigeance pourtant les isole, et chacun traîne ses échecs professionnels autant que familiaux.

Si Felice vit dans l’ombre d’une mère assignée à résidence après avoir trempé dans une histoire de pots-de-vin, Libero, lui, s’est construit sur l’absence d’un père glorifié pour des engagements lointains et factices.

Lorsque Libero tombe amoureux de Letizia, la psychologue de la prison, il hésite à la présenter à Felice. Ne serait-ce pas risquer de raviver une blessure ancienne, scellée dans l’enfance et jamais refermée ? Car, après tout, la jeune femme incarne tout ce qu’ils ont appris à mépriser.

Voilà certes un ouvrage pour le moins original. Non seulement par son contenu, mais également par son écriture à la fois savoureuse et musicale. Au-delà, et sous des airs ironiques, tendres et même parfois comiques, l’auteur aborde avec grande maturité des thèmes beaucoup plus graves qu’il n’y paraît. Une réelle découverte que cet ouvrage !

‘Pauvres de nous’, d’Elvio Carrieri chez Philippe Rey

‘Fleur de peau’, de Constance Guisset chez Flammarion

Pour Ava, fleuriste parisienne et mère de deux enfants, les saisons s’écoulent au gré des clients et des messages à transmettre avec les fleurs.

Jusqu’au jour où elle reçoit des analyses inquiétantes qui lui font penser que son sang contient des taux élevés de pesticides. Malgré l’apparition des premières perturbations physiques, elle garde le secret. Même auprès de Jérôme, son mari, qui ne voit rien.

Et Ava de nous livrer l’objet des pensées qui l’obsède. « Toutes les fleurs semblent hostiles, même les plus délicates. Les corolles sont autant de grenades dégoupillées et les pistils ricanent de ma naïveté. Je respire mal, je tremble, j’ai peur. Quelle est la probabilité que je tombe malade? Au fond, ne le suis-je pas déjà ? Ces fleurs sont pourtant mes alliées, impossible d’envisager leur complicité. »

Prise dans une course contre la montre, Ava tente la diversion. Un séminaire en Normandie dans un jardin légendaire et une nuit insolite passée à la belle étoile vont déclencher en elle le désir effréné de redevenir vivante.

Contamination et pollution invisibles sont bien évidemment les sujets principaux que voulait aborder l’auteure. Mais au-delà, et après s’être aussi attardée sur le silence conjugal, elle s’attaque à un autre thème d’importance : l’énorme urgence de renaître à la vie. Une livre d’une grande beauté… à l’image de ces fleurs qui pourtant, ici, sont les fleurs du mal !

‘Fleur de peau’, de Constance Guisset chez Flammarion

‘Signe divin’, de Jean-Paul Christophe chez [email protected] ou Internet Le livre en Papier

De l’Université de Californie au florissant domaine agricole de Billen Farm, d’une jeunesse vécue durant les sixties, à la rencontre d’une femme adorable, tous les éléments sont réunis pour qu’il jouisse d’un bonheur sans nuages. Jason devrait être comblé.

C’est vrai que même si, en 1942, il avait perdu sa mère morte en couche, puis son père, deux ans après, GI disparu en Belgique peu avant la Bataille des Ardennes, notre homme avait repris le florissant domaine Billen Farm que lui avaient légué ses grands-parents paternels, qui l’avaient adopté et élevé comme leur propre fils. Au-delà, Jason avait aussi épousé Ava, une femme adorable qu’il aimait par-dessus tout.

Pourtant, il manquait toujours un ingrédient pour que le tableau soit parfait. Cette absence. Celle de ce père qu’il n’a pas connu, perdu durant la ‘Bataille des Ardennes’. Plus de trente ans plus tard, après avoir décidé son épouse de le suivre, ils partent pour la Belgique à la recherche de ce père perdu. 

Des États-Unis à la Belgique, et dans leurs pas, vous les suivrez jusque dans cette mystérieuse vallée de l’Amblève qui les conduira à Cheneux, près de Stoumont, dans les Ardennes belges, pour ce qui fut la bataille la plus sanglante de 82nd Airborne.

Il est évident que l’auteur possède une documentation plus que complète sur cette Seconde Guerre mondiale et sans nul doute sur ce qui fut la Bataille des Ardennes. Mais c’est vrai aussi qu’il a fortement été influencé pour l’écriture de ce récit, par nombre de souvenirs personnels ajoutés à ceux que lui a racontés son père.

Un roman certes, mais truffé d’anecdotes historiques. Un récit qui touchera particulièrement tous ceux et celles qui vivent dans ces régions ardennaises. Mais un roman qui se veut également un devoir de mémoire.

‘Signe divin’, de Jean-Paul Christophe chez [email protected]ou Internet Le livre en Papier

‘Ballade des perdus’, de Christine Payeux chez M.E.O.

Ils marchent depuis les premières pointes du jour. Depuis l’aube des aubes, celle des années sombres. Ils marchent depuis soixante-dix-sept ans.

Des maux universels, famine, torture, expulsion, errance, élimination d’un peuple… Tout a été dit ? Oui ! Et tout recommence. Alors, Christine Payeux lance un cri éperdu, hurlant depuis les profondeurs du corps, celui des autres, le nôtre, le sien. Le nom du pays n’est pas énoncé, mais ce pourrait être Gaza, ce ne peut être que Gaza, hier, aujourd’hui. Un homme marche, son enfant suspendu à la main. La mère les suit.

L’auteure regarde par les yeux de la mère, par les yeux de l’enfant, elle entre en elle, en lui. Mêlant le réalisme glaçant de la barbarie à des moments de grâce et de tendresse humaine, la puissance de l’écriture nous impose son rythme de fragments déchiquetés à la bombe. Notre chair tressaille et nos yeux se dessillent. Et voilà qu’au détour de l’exode surgit une scène d’une impossible beauté, comme si l’imaginaire traçait une voie de survie.

Une écriture des plus originales mêlant moments dramatiques et moments de tendresse poétique, qui nous propose un roman poignant et halluciné tout à la fois. Une autre découverte !

‘Ballade des perdus’, de Christine Payeux chez M.E.O.

‘Détective privée’, de Julie Catalifaud chez HarperCollins

Elle pourrait être n’importe qui : une femme qui boit un chocolat chaud, une mère pressée au téléphone, une passante anonyme. En réalité, elle observe, enregistre, enquête. Julie Catalifaud est détective privée.

Depuis plus de dix ans, elle plonge dans les zones grises de notre société, là où se révèlent nos secrets et nos failles. Adultères, escroqueries, fraudes, manipulations… Au fil de ses missions, elle explore les déclinaisons modernes des péchés capitaux et dévoile ce que notre époque tente de cacher.

Entre confidences de clients et filatures discrètes, ce récit révèle un monde insoupçonné, à la fois quotidien et extraordinaire, où chaque enquête devient un miroir tendu à nos faux-semblants.

À travers ces histoires vraies, Julie Catalifaud ne se contente pas de lever le voile sur ses enquêtes : elle interroge ce que ces transgressions disent de nous tous.

Un livre captivant, à mi-chemin entre le polar du réel et le portrait intime d’une société qui triche autant qu’elle juge. Un ouvrage écrit avec grande sincérité, mais qui se veut surtout instructif sur une profession que nombre de thrillers et autres polars ont parfois tendance à ourler de clichés pas toujours objectifs.

‘Détective privée’, de Julie Catalifaud chez HarperCollins

‘L’instinct de l’autruche’, de Louis Escouflaire chez Empaj

Achille d’Aulnay est au sommet. Champion international et prodige incontesté du golf, il brille par son incroyable précision. Achille incarne la réussite absolue, tant dans le sport que dans sa vie privée : il est le meilleur.

Jusqu’au jour où une première fissure menace de tout faire s’écrouler. Comment accepter l’échec quand on n’a jamais connu que la réussite ? Pris dans l’engrenage médiatique et traqué par l’opinion publique, Achille fuit à travers la Belgique avec son jeune frère imprévisible. Cette cavale aussi intime que dangereuse lui permettra-t-elle de revenir en arrière ?

Dans un monde où l’erreur n’est pas permise, ‘L’instinct de l’autruche’ dresse le portrait d’un homme confronté à la fin du succès et à la violence du regard des autres. Un roman tendu et contemporain, au cœur de la célébrité et de ses illusions.

Nier l’évidence et continuer, voilà le thème développé dans cet ouvrage qui nous entraîne dans les pas d’un homme qui n’entend pas être dépassé. Toujours être devant, être le meilleur est sa devise, et qu’importe les événements qui vont s’abattre sur lui.

Un livre qui percute, rythmé à souhait, et qui vous emporte sur une vague d’une violence inouïe jusqu’à son point final. Un auteur à suivre sans nul doute !

‘L’instinct de l’autruche’, de Louis Escouflaire chez Empaj

‘L’étrange odyssée de la famille Monsieur’, de Benoît Philippon chez Albin Michel

Monsieur Monsieur, pop star internationale, a émis un dernier souhait avant de mourir : que ses cendres soient disséminées au nord de l’Islande, sous une aurore boréale. 

Voici donc son excentrique famille réunie à bord d’un yacht pour une traversée aussi émouvante que déjantée. Mais l’ancre à peine levée, sonne l’heure des règlements de compte. Non-dits et reproches s’expriment soudain, au point de faire exploser la cocotte-minute familiale !

Cerise sur le gâteau : un jeu de piste en forme de chasse au trésor, mis au point par le feu Monsieur Monsieur. À la clef : son héritage. Que le meilleur gagne !

Dépaysement total que cet ouvrage qui évoque une sombre histoire de famille. Il faut bien reconnaître que le voyage à bord de ce yacht va ramener à la surface un fameux paquet de jalousie et de ressentiments en tout genre.

Reste qu’on se délecte tant les personnages sont divinement campés, parfois déjantés. Il y a aussi l’intrigue, pimentée à  forte dose de harissa, et avec des dialogues qui percutent… façon uppercut.

C’est tout simplement jubilatoire comme le furent ‘Mamie Luger’ et ‘Papi Mariole’ eux aussi écrits par un Benoît Philippon qui nous offre ici un moment de détente pour le moins rocambolesque. Dieu que ça fait du bien !

‘L’étrange odyssée de la famille Monsieur’, de Benoît Philippon chez Albin Michel

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