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Plongée au sein de la rentrée littéraire

par Charles Demoulin

31 août 2025

Suite à la rentrée littéraire, Janette possède déjà, parfois sous forme d’épreuves non corrigées, nombre de romans qui sortiront en septembre et en octobre prochains. Toutefois, le choix a été fait de vous présenter uniquement des ouvrages que vous pouvez d’ores et déjà trouver en librairie. En voici quelques-uns.

‘La mauvaise fille’, de Dandy Smith chez City

À 10 et 13 ans, Caitlin et Olivia ont enfin l’âge de rester seules à la maison. Pendant que leurs parents sont de sortie, elles font une soirée pizza. Mais une fois couchées, un homme tourne la poignée de la porte d’entrée. Et lorsque les parents reviennent, ils trouvent le lit d’Olivia vide. Leur fille aînée a disparu.

Seize ans plus tard, une femme frappe à la porte de la maison. Elle affirme qu’elle est Olivia, la fille disparue. La ressemblance est troublante et tout le monde veut désespérément croire que le cauchemar est terminé.

Mais Caitlin ne parvient pas à faire confiance à cette femme qui prétend être sa sœur. Car leurs souvenirs de cette nuit-là ne concordent pas et, peu à peu, les secrets que les deux sœurs dissimulent soigneusement depuis toutes ces années refont surface. Les parents s’interrogent : ont-ils fait confiance à la mauvaise fille ?

Deux sœurs. Un terrible mensonge. Une famille dévastée. Voilà comment on pourrait résumer en quelques mots ce thriller psychologique qui incontestablement va vous couper le souffle lors d’un final que vous n’auriez certes pas pu imaginer. Le genre de suspense aux rebondissements multiples et surprenants dont se délectent les amateurs de ce genre littéraire. Une belle réussite en tout cas !

‘Entre toutes’, de Franck Bouysse chez Albin Michel

C’est une histoire de femmes. De femmes simples, aux ‘vies minuscules’, aux destins bouleversants, aux maris emportés par les tourbillons de l’Histoire ou encore les aléas de la fatalité. Des femmes qui n’ont eu d’autre choix que de reprendre le flambeau pour faire vivre leurs enfants. Marie est née en 1912 en Corrèze, dans une ferme isolée. Elle ne la quittera jamais.

L’auteur embrasse la mémoire de cette femme, sa grand-mère, qui traversa non seulement le XXe siècle, mais également les deux grandes guerres mondiales, se faisant l’interprète des mots qu’elle ne prononça pas, pour raconter un parcours de labeur, d’amour et de dignité. Ajoutons qu’Anna, son arrière-grand-mère, fera elle aussi partie intégrante de cette bouleversante ‘épopée familiale’.

Avec une pudeur saisissante, et via une plume précise, émouvante et puissante, Franck Bouysse nous livre un récit profondément humain, et prouve qu’il est aussi talentueux dans le récit de l’intime que dans la fresque romanesque. Sans nul doute, une pépite à mettre à l’actif de cette rentrée littéraire.

‘Entre toutes’, de Franck Bouysse chez Albin Michel

‘Emmenez-moi’, de Sarah Gysler chez Équateurs

Ce livre, c’est l’histoire d’une fille qui se demande ce qu’elle fait là. Elle s’appelle Sarah et passe son temps à s’enfuir, à errer, pour revenir souvent au même point. C’est l’histoire du ‘pou’, une bestiole imprévisible installée dans l’esprit de Sarah, à l’affût de nouveaux plans catastrophiques, et qui l’oblige à acheter un bateau.

C’est l’histoire de ce bateau, Dune, une vieille bique à coque rouge, et de ses mises à l’eau rocambolesques. 

C’est l’histoire d’un père férocement attachant, fan de Renaud et d’orchidées, toujours prêt à inviter la Terre entière à partager une raclette. Un père malade, acculé à prendre la décision que redoutait sa fille. C’est encore un deuil qui n’en finit pas, des années qui passent, des amis qui restent, des films en noir et blanc, un chat aveugle qui perd ses dents, des croque-morts en chemises hawaïennes…

C’est surtout un roman intime et pétulant, sans fard ni pathos, dans lequel l’héroïne raconte sa douleur et ses doutes, ses joies et son envie de chanter quand même, très fort et très faux, en attendant qu’on l’emmène n’importe où ailleurs, pourvu qu’il y ait du soleil et de la glace stracciatella.

C’est assurément très intimiste, très atypique, à la fois drôle et tragique, mais saupoudré de romantisme. Vous allez aimer !

‘Emmenez-moi’, de Sarah Gysler chez Équateurs

‘Ce refrain qui te plaît’, de Nadège Erika chez HarperCollins

Kora, quadra, mère célibataire et travailleuse sociale, lutte pour protéger son fils Sol. Jeune adulte aux prises avec des troubles psychiques, il est suivi par un système de santé à bout de souffle.

Dans sa ville, Kora trimbale son inquiétude, sa solitude et une valise rose fluo, d’appartements prêtés par les amis en chambres d’hôtel miteuses louées à des marchands de sommeil.

Alors qu’elle assume sa condition de proche aidante, Kora interroge son devoir de mère : combien de temps peut-on soutenir quelqu’un sans sombrer soi-même ?

Avec la poésie nerveuse qui caractérise son écriture, Nadège Erika nous livre un deuxième roman uppercut et incontournable sur la maternité et la santé mentale, déclarée ‘grande cause nationale 2025’.

En fait, c’est le domaine de la psychiatrie et le désert institutionnel face aux problèmes des troubles psychiques que Nadège Erika aborde dans ce récit autobiographique coup de poing. Elle y dénonce les silences institutionnels, un système de santé largement dépassé, le manque de moyens et de personnel qualifié dans ces unités de soin. Problèmes devenus aujourd’hui généralité dans nombre de services hospitaliers.

Mais elle évoque également le parcours plus que difficile et finalement l’épuisement, qui s’en vient submerger les proches de ces personnes déficientes côté santé mentale ou autres addictions. Un roman qui ne saurait laisser personne indifférent.

‘Ce refrain qui te plaît’, de Nadège Erika chez HarperCollins

‘Dans la tête d’Elton Munk’, de Ralph Vendôme chez M.E.O.

Elton Munk, un des hommes les plus puissants du monde, maître des technologies nouvelles et de la conquête spatiale, découvre qu’il n’est pas tout à fait insensible aux futilités qui accaparent ses contemporains.

La phobie de devenir ‘con’ s’empare de lui et le conduit, avec l’aide d’un psychiatre, dans un inquiétant voyage intérieur pour tenter de comprendre comment le petit Monkey est devenu l’homme qu’il est aujourd’hui. C’est au terme d’un long périple, dans un motel perdu au milieu du désert, que se fera la révélation. Et puisqu’Elton Munk est un personnage d’exception, le dénouement de ce récit ne pourra être que hors norme, en orbite autour de la terre, sous les regards ébahis, admiratifs ou railleurs du monde entier.

Rédigé avant que son modèle ne devienne mégalomane et commence à vraiment faire peur, ‘Dans la tête d’Elton Munk’, mélange de dérision et de clairvoyance, anticipe le basculement civilisationnel qui s’effectue sous nos yeux impuissants.

Sur fond de satire technologique, Ralph Vendôme dresse un portrait acide d’un nouvel ordre mondial façonné par les milliardaires de la Silicon Valley. Visionnaire ou mégalomane, le personnage central de ce roman, aussi charismatique qu’inquiétant, évoque sans détour un modèle bien réel.

Un roman intelligent, passionnant, drôle, plein de dérision et qui dérange assurément, et dans lequel l’humour décape la peur… sans jamais la faire disparaître.

‘Dans la tête d’Elton Munk’, de Ralph Vendôme chez M.E.O.

‘Ils appellent ça l’amour’, de Chloé Delaume au Seuil

Parce qu’elle a laissé ses amies organiser leur escapade durant ce week-end de trois jours, Clotilde se retrouve dans une ville qu’elle avait rayée de la carte. Ici, il y a vingt ans, elle a vécu avec Monsieur, un homme qui fit d’elle sa Madame sous prétexte de lui faire du bien.

C’est ainsi que Clotilde se dépouilla d’elle-même, jusqu’à devenir un simple objet, mais un objet d’amour. De son assujettissement d’alors, Clotilde a encore honte, et elle a beaucoup de mal à se découdre la bouche pour reconnaître les faits.

La preuve : ni Adélaïde, ni Judith, ni Bérangère, ni Hermeline ne connaissent cette histoire, et aucune ne se doute qu’à deux rues de leur location, dans son immense maison, habite toujours Monsieur. Clotilde se demande si libérer sa parole pourrait aider la honte à enfin changer de camp.

Incontestablement une autofiction où il est question des ravages du patriarcat, de femmes victimes de prédateurs, d’assujettissement, de violences sexuelles dans un couple, de souffrances…

Mais un roman écrit par une plume incisive, féministe, et qui raconte une histoire de possession et de jalousie. Mesdames, vous allez aimer !

Ils appellent ça l’amour’, de Chloé Delaume au Seuil

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