par Charles Demoulin
14 avril 2026
Si de très nombreuses BD sont venues prendre place aux devantures et sur les étals des librairies spécialisées, l’événement est toutefois constitué par la maison d’édition ‘Futuropolis’ qui a décidé de faire place au retour à la série.
‘L’Ange Corse T1 Exode et T2 Opium’, de Loulou Dedola et Luca Ferrara chez Futuropolis
Voici donc la première série que les éditions Futuropolis ont décidé de proposer à ses lecteurs. Une saga prévue en six volets et dont nous vous présentons ici les deux premiers. Le sujet de ce qui s’avère une aventure historique et mafieuse qui va courir sur plus de trente ans : l’exil d’un jeune Corse dans une Indochine plongée dans les trafics d’opium.
Ange a la beauté du diable. Enfant trouvé, il vit auprès d’un vieux berger qui l’a recueilli et qu’il considère comme son père adoptif. Or, une nuit, deux bandits tentent de voler plusieurs bêtes. Si le vieux berger parvient à blesser l’un d’eux d’un coup de fusil, l’autre, arrivant par-derrière, le poignarde mortellement. Empoignant alors une fourche, Ange l’embroche avant de fuir dans la montagne proche.
Devant dès lors fuir sa Corse natale, on le retrouve dix ans plus tard en Indochine où, recueilli comme apprenti dans l’écurie de Maurizi, un riche commerçant natif d’Ajaccio, il va découvrir en grandissant que derrière une façade respectable, son protecteur trempe dans le proxénétisme et le trafic d’opium.
Ayant besoin d’hommes de main, Maurizi, à la manière des parrains de la mafia corse, décide alors d’éduquer Ange aux méthodes mafieuses. Cela au grand dam de son épouse qui, ayant perdu ses deux enfants, élevait Ange comme s’il était son fils.
Dans le second volet intitulé ‘Opium’, nous retrouvons Ange qui, aidé en cela par Dumé et Pétru, deux autres hommes de main, assure désormais le trafic de Maurizi. Ce faisant, il vient en aide à Maï, une jeune indochinoise dont il va rapidement tomber amoureux.
Mais tout ce… corse, le jour où Ange apprend que la famille qu’il fuyait dans sa Corse natale en raison de la vendetta survenue suite à son coup de fourche vient de débarquer à Saïgon pour prendre en main le trafic local d’opium. Un trafic jusqu’ici considéré comme la propriété privée de Maurizi…
Si dans le tome 1 Dedola s’attachait à présenter ses personnages, planter le décor et dresser le contexte politique de cette remarquable fresque historique, aujourd’hui l’intrigue est désormais superbement lancée avec, pour conséquence, des lecteurs avides de voir apparaître le plus rapidement possible le tome 3.
Quant au dessin semi-réaliste et expressif de Luca Ferrara, il s’attache à reproduire à la perfection décors et costumes propres à l’Indochine de l’époque. Un travail soigné, remarquablement colorisé et, qui plus est, hyper documenté.
‘On a volé la Coupe du Monde 1966’ de Bazile aux éditions du Tiroir
Le 20 mars 1966, à midi dix, Londres découvre l’impensable : la Coupe du monde Jules Rimet a disparu. Dérobée dans l’église méthodiste de Westminster, en plein cœur de la capitale, à quatre mois du début du Mondial, la ‘Victoire ailée’ s’évapore sous le nez des surveillants, et sous les projecteurs du monde entier. Commence alors l’un des faits divers les plus rocambolesques du XXe siècle, où se mêlent voleurs atypiques, négociations ratées, police britannique dépassée… et un héros inattendu, Pickles, un petit chien qui va devenir une star internationale.
Bruno Bazile adapte cette histoire vraie avec un soin documentaire fidèle au podcast original, et en fait une BD haletante, drôle, tendre et spectaculaire, où le destin du football mondial tient… à une laisse et un journal froissé.
Un bien joli rappel de l’incroyable histoire du chien Pickles, le héros à quatre pattes devenu le héros le plus improbable de l’histoire du football mondial. Tout cela servi à la perfection par la fluidité du dessin semi-réaliste de Bruno Bazile.
‘Mort blanche’, de Kid Toussaint et Holgado chez Grand Angle
Enfant, Riku subit la violence d’un père qui le force à chasser, le ridiculisant pour ses échecs à tuer des animaux et l’obligeant à garder les yeux ouverts pour viser. De ces mauvais traitements, il gardera des marques psychologiques, mais aussi physiques, matérialisées par des traits sous ses yeux.En 1939, c’est l’invasion soviétique et le départ pour le front. Après avoir perdu ses frères au combat, il se transforme en redoutable tireur d’élite, surnommé ‘Mort Blanche’ par les Soviétiques. Ses marques sous les yeux deviennent un signe distinctif. Il vit en ermite, chassant sans pitié les ennemis et s’enfermant dans une guerre sans fin…
Les auteurs nous livrent ici un tableau déchirant d’un récit de guerre inspiré de deux histoires vraies. Un récit brillamment servi par le trait graphique et la palette de coloris utilisée par Holgado. Un récit plus qu’émouvant !
‘Les griffes du Gévaudan 2/2’, de Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard chez Glénat
Sous ce titre se cache la suite et fin de faits réels survenus en Lozère au XVIIIe siècle, et que Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard ont décidé de réinventer et de nous les livrer sous forme de bande dessinée.
Été 1765. Missionné par le roi de France, François Antoine, chasseur émérite, arrive dans le Gévaudan accompagné de son fils. Leur but ? Mettre fin à un véritable massacre, des dizaines de victimes tuées dans des conditions atroces. Les survivants décrivent tous une créature terrifiante, un animal inconnu.
Comment expliquer que les témoins des attaques n’arrivent pas à identifier l’animal dans une région où les loups font partie du quotidien depuis des générations ? Ni les balles des chasseurs ni les battues n’arrêteront celle que l’on surnomme la ‘Malbète’.
Tandis que père et fils s’affrontent sur la nature de cette créature insaisissable, la traque devient une affaire d’État… La tension monte, les attaques redoublent d’intensité et une sombre rumeur resurgit du passé…une histoire où vengeance et loi du silence se mêlent aux crocs et aux griffes. Pour nos deux enquêteurs, l’adversaire sera pluriel, féroce et animé d’une haine sans limites.
On mettra tout spécialement en exergue au travers de ce thriller historique, terrifiant et captivant, le travail effectué par le dessinateur Jean-Charles Poupard. Non seulement pour la qualité de son graphisme réaliste, du soin apporté aux détails et l’utilisation d’une impressionnante palette de coloris, mais aussi grâce de nombreux cadrages qui offrent encore plus de percussion au scénario bien documenté sur les croyances de l’époque et savamment tissé par Sylvain Runberg.
‘Spa à l’heure US’, d’Oli, Doudou, Fich et Gil chez Altura
Surprise que cet album qui s’attache à nous plonger au cœur de la ville de Spa à l’époque où Hitler, ayant lancé ses dernières forces dans la bataille, devait s’avouer vaincu.
Surprise, car ce ne sont pas moins de quatre dessinateurs régionaux qui ont décidé, chacun à sa manière, de vous livrer quelques petits épisodes de cette arrivée de soldats US dans la ville d’eau chère au tsar Pierre Le Grand.
‘Spa à l’heure US’ vous transportera à dans la cité thermale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et vous fera vivre à l’heure américaine à travers 5 récits aux styles graphiques bien distincts.
Vous découvrirez le ‘Recrestion Center’, la vie quotidienne, le métier de reporter de guerre, les risques permanents encourus par les soldats ou encore la folle histoire d’un char Tigre II.
Oli, Doudou, Fich et Gil vous permettront, chacun à leur manière, de découvrir ce pan moins connu de l’histoire de la ville où se déroulent chaque année ‘Les Francofolies’.
Au-delà, il y a aussi pour les férus d’Histoire, ce vaste dossier largement illustré de photos d’époque qui s’en vient enrichir cet album ‘souvenir’ qui constitue une belle découverte.
‘Dans la Bastille’, de Bordas chez Casterman
Cet album constitue le troisième volet de cette grande aventure historique menée par ‘Les enfants perchés de la Révolution’. Un récit haut en couleur où le scénario et les dessins de Jean-Sébastien Bordas font merveille.
Or donc, nos enfants perchés, embarqués à bord d’une montgolfière de leur invention, pénètrent à l’intérieur de la prison de la Bastille. Ils espèrent y retrouver le père de Michel, qui y serait retenu.
Mais s’ils y rencontrent bien quelques détenus hauts en couleur, en marchant dans les traces d’un certain marquis de Sade, les enfants ne mettent pas la main sur l’artisan.
Et pourtant le temps est compté, car en ce 14 juillet 1789, la foule se masse aux portes de la Bastille et le gouverneur est prêt à tout plutôt que se rendre !
On s’amuse toujours autant à suivre les aventures de ce quatuor qui, cette fois, vous propose de vivre la prise de la Bastille vue de l’intérieur, et qui plus est, à hauteur d’enfant. Toutefois, pour ceux qui souhaitent en savoir plus, ils trouveront en fin d’album un dossier qui viendra enrichir leurs connaissances.
Si Jean-Sébastien Bordas nous offre comme à son habitude un scénario s’inspirant à merveille de l’Histoire, son dessin, toujours aussi caricatural que plaisant est totalement dans le ton de l’histoire qu’il entend nous livrer.
‘L’homme qui vendit la tour Eiffel’, de Marchetti et Falzon chez Dargaud
Victor Lustig, escroc flamboyant recherché en Europe et aux États-Unis, débarque à Paris pour préparer son prochain coup de maître. Et Victor Lustig n’a peur de rien : plus c’est gros, plus ça passe !
Au cœur des ‘Années folles’, il imagine la plus grande arnaque du XXe siècle : vendre la tour Eiffel ! Grâce à son acolyte, Dan Collins, et à la meneuse de revues Miss Tam Tam, l’arnaqueur aux multiples identités va déployer tout son talent et sa roublardise pour trouver le pigeon à plumer et échapper aux polices françaises et américaines. Et pour toucher le jackpot, il va ériger l’escroquerie au rang d’œuvre d’art.
‘L’Homme qui vendit la tour Eiffel’. Rien que le titre fait sourire. Et pourtant. Et pourtant, tout est réel dans cette histoire. Ou presque. Victor Lustig, qui a bel et bien existé, est l’auteur de cette escroquerie titanesque en 1925.
Oui, un certain André Poisson est tombé dans le panneau et a pensé réaliser l’affaire du siècle en achetant rubis sur l’ongle la Dame de fer. La façon dont Lustig s’y est pris pour faire gober un tel bobard à son pigeon est digne des plus grands arnaqueurs. Alors, coup de génie ou totale invention de Victor Lustig ?
Séduits par l’extravagance de cette histoire, Stéphane Marchetti et Joseph Falzon livrent un récit survitaminé : les dialogues ciselés claquent, le découpage est trépidant et le dessin joue avec les codes du slapstick cher à Buster Keaton ou à Charlie Chaplin. Fiction et réalité se mêlent dans ce récit qui rend hommage aux grandes comédies américaines de Billy Wilder à Jim Carrey.
À lire tout cela, c’est une évidence, cet album, drôle, désopilant, au rythme effréné, va décrocher vos zygomatiques et vous faire oublier, l’espace de 80 pages tout ce qui se passe actuellement dans notre monde qui ne tourne plus rond. De plus, en fin d’ouvrage, le dossier sur Victor Lustig vous éclairera vraiment sur la roublardise du personnage.
‘Poppée, la femme qui vécut deux fois’, de Blengino, Randazzo et Lou chez Delcourt
Le nom de Poppée Sabina est synonyme de mystère. Née en 30 après J.-C. à Oplontis, elle est la dernière descendante d’une famille noble et puissante qui remonte à Alexandre le Grand. Une famille toutefois condamnée à la disgrâce et la mort, suite à un complot ourdi par Messaline, épouse de l’empereur Claude, dans le but de s’approprier un jardin très convoité de Rome.
Restée seule, riche, ambitieuse, assoiffée de vengeance et de pouvoir, Poppée entre dans la Ville Éternelle avec le projet de trouver un mari, et pas n’importe lequel. Néron lui-même, le jeune empereur qui vient de succéder à son oncle Claude.
Dans cette vertigineuse ascension vers le sommet du pouvoir, Poppée devra d’abord affronter Julia Agrippine Mineure, la mère de Néron, qui voit en elle un dangereux obstacle à éliminer. Suite à quoi, elle devra faire face à la folie et à la violence de l’empereur lui-même, qui finira par la détruire.
Mais il est parfois possible de revenir d’entre les morts, du moins en apparence : qui était donc cette belle femme qui continua d’accompagner Néron jusqu’à sa fin, alors que Poppée avait été assassinée trois ans plus tôt ?
Comme c’est souvent le cas lorsque scénariste et dessinateur sont Italiens, leur collaboration a pour résultat une bande dessinée savamment documentée et mise en exergue par un dessin réaliste à la fois puissant et talentueux. Un dessinateur qui souvent nous régale par des mises en scène spectaculaires à souhait. On pointera tout spécialement ici les pages consacrées à l’incendie de Rome ou encore à l’éruption du Vésuve. Bravo aussi à Lou pour ses coloris percutants.
‘Deryn Du’, de Guillaume Sorel chez Dupuis
Le long de la côte galloise, un village est soudain la proie d’une série de crimes effrayants et inexplicables. Une jeune fille, alternant douceur et furie, semble à la manœuvre. Une captivante réflexion sur les techniques de la peur en BD…
Le long de la côte galloise, un village est la proie d’une série de crimes inexplicables. Le personnage central, amateur de littérature fantastique, fait progressivement la connaissance d’une étrange jeune fille alternant douceur et furie.
Le final se déroule dans une demeure envoûtante pourtant supposée avoir été ravagée par le feu. La jeune fille se vengerait-elle des villageois qui ont refusé de porter secours à ses parents ?
Une captivante réflexion sur les différentes techniques que la BD offre pour transmettre le sentiment de ‘peur’ et les ressorts de cette dernière.
Depuis le début des années 90. Sorel trace sa voie en dehors des modes et des modèles. Ses bandes dessinées, nourries de littérature fantastique, développent un style reconnaissable entre tous. Porté par une aisance rare, il arpente les terres du mystère avec des compositions époustouflantes et des couleurs envoûtantes.
Un incroyable roman graphique à l’atmosphère envoûtante, mystérieuse, morbide et dramatique, axée sur le fantastique, et où le dessin de Guillaume Sorel et les coloris qu’il utilise s’avèrent tout simplement somptueux.
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