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« Open Water »

par Charles Demoulin

27 novembre 2022

C’est vrai que, comme l’écrivait en page de couverture le chroniqueur du New York Times, ce premier roman de l’écrivain anglo-ghanéen Caleb Azumah Nelson, publié en français chez Denoël, est tout simplement inoubliable.

Tout d’abord, par son originalité et sa poésie. Ensuite, parce qu’il fourmille de références littéraires, musicales et artistiques à (re)découvrir. Enfin, parce qu’il est rédigé à la deuxième personne du singulier et que, du coup, l’auteur s’adresse à lui-même. Au-delà de ces diverses singularités, ce roman intimiste, bouleversant, tendre, introspectif, nous offre, par le biais du vécu de son auteur, une incroyable démonstration de ce que racisme et discrimination peuvent infiltrer, et du coup vulnérabiliser, le quotidien des personnes qui n’ont pas la peau… blanche.

Cette lecture est en fait l’histoire d’une passion déchirante, mais également une émouvante réflexion sur la condition noire et la masculinité. Une histoire d’amour tendre et déchirante entre un photographe et une danseuse. Une histoire mise à mal par la violence et le racisme. Et cependant, nous sommes à Londres. Un Londres où deux jeunes gens se cherchent du regard dans un pub. Échangent quelques mots. Puis se revoient rapidement. Elle est danseuse, en couple, et étudie en Irlande. Lui vit seul et tente de percer dans ce monde difficile qui est celui de la photographie. Tous deux partagent la même ambition, la même condition modeste, et rapidement un amour aussi fusionnel que doux. Autre partage il est vrai : leur peau noire. Anecdotique ? Et bien non !

Caleb Azumah Nelson raconte de façon bouleversante, ce que c’est d’être noir dans une ville qui tantôt vous acclame tantôt vous rejette. Une ville où l’on vous regarde plutôt que de vous voir tout simplement. Le racisme insidieux qui abîme et la peur qui étreint dès qu’on sort de chez soi. La violence à laquelle on ne peut échapper et l’amour qui n’y résiste pas.

Open Water est un texte d’une poésie et d’une musicalité incomparables. Mais c’est surtout un roman qui percute parce qu’il nous parle d’un amour singulier.

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