par Charles Demoulin
12 mai 2026
Trois récits moyenâgeux, un ouvrage sur Claude Monet, des bédés couvrant les années 1900 à nos jours… vraiment de quoi choisir afin de meubler vos temps libres durant ce mois de mai où congés d’Ascension et de Pentecôte sont présents au calendrier.
‘Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc’, de Dorison, Delahaye et Parnotte chez Dargaud
Le 20 décembre 1430, Jeanne d’Arc est remise aux Anglais par les hommes de Jean de Luxembourg qui l’avaient capturée. La sorcière, la putain, comme l’appellent ses ennemis, va être jugée par l’Église, représentée par 70 éminents théologiens.
Pour mener ce procès monumental est choisi Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. Il veut démonter, pierre par pierre, la légende de la Pucelle et est persuadé que sous le feu des questions, Jeanne d’Arc tombera le masque et paraîtra sous son vrai jour : une hérétique affabulatrice.
Mais l’évêque ne sait pas à qui il se frotte. L’assurance, la répartie et la combativité de la jeune femme vont le surprendre, puis le désarçonner, au point de faire vaciller ses propres convictions.
Entre moment d’histoire, intrigue et récit intime, découvrez ‘Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc’. Le scénariste à succès Xavier Dorison (Undertaker) et le documentariste Louis-David Delahaye proposent une orchestration magistrale du procès de la Pucelle d’Orléans. Leur récit est sublimé par la prestation de Joël Parnotte (Le Maître d’armes) : 176 pages de couleurs directes, des cadrages éblouissants, des ambiances folles et des reconstitutions exceptionnelles. Un album d’exception à la fabrication soignée : dorure sur couverture et grand format, complété par un dossier historique d’une rare richesse signé par David Glomot, docteur en histoire médiévale.
Sublime ! À ne manquer sous aucun prétexte si vous aimez l’Histoire, si vous êtes amateurs d’excellentes bédés, si vous vous extasiez face à un dessinateur, Joël Parnotte, qui s’attache non seulement à peaufiner le moindre détail, le moindre décor, le moindre costume, mais qui est surtout au sommet de son art.
‘La Louve céleste’, de Pleyers et Néjib chez Casterman
Avec cet album, vous avez en main le tome 20 des aventures de Jhen, ce personnage enfanté en 1978 par le duo Jacques Martin & Jean Pleyers. Après Alix, Jhen constituait la deuxième grande série historique initiée par Jacques Martin.
En 1440, le pape Eugène IV se réfugie au château de Saint-Ange, à Rome, en raison de la peste qui sévit dans la ville. Il souhaite réunifier les églises d’Orient et d’Occident pour apaiser la colère divine.
Pour cela, il réunit une équipe d’artistes, dont le sculpteur Jhen, le peintre Fouquet et la musicienne Angèle de Waldo, pour créer un spectacle destiné à impressionner Dorothée de Mitylène, l’émissaire du patriarche de Constantinople, Métrophane II.
Cependant, Angèle et son frère Athanasius sont en réalité des agents d’une société secrète qui cherche à faire échouer l’union des églises et à nuire au pape. Lors du spectacle, Angèle tente d’assassiner l’émissaire avec une arbalète, mais échoue.
Jhen, qui a été drogué et manipulé, est accusé à tort de l’attentat. Le Filarète sauve le pape d’un second carreau d’arbalète, et les soldats arrêtent Jhen, pensant avoir capturé l’assassin. Le Filarète arrivera-t-il à innocenter Jhen ?
Si le scénario de Néjib est vraiment dans le ton des albums que signait Jacques Martin, les amateurs de la série vont à nouveau retrouver Jean Pleyers au dessin. Et à 83 ans, celui qui créa la série avec Jacques Martin a gardé toute l’efficacité de son coup de crayon.
‘Assiégés – Orléans’, de Richemond, Vissière et Cenni chez Delcourt
Orléans. 1428. Le duc de Bedford, régent de France et d’Angleterre, confie au comte de Salisbury une armée de quelque 6000 hommes. Celui-ci doit conquérir la ville d’Orléans pour en finir définitivement avec le royaume de Bourges, ultime partie de la France contrôlée par Charles VII.
Mais il se heurte à une défense acharnée. Elle a pour héros le truculent capitaine La Hire, maître Jehan, l’artilleur qui a mis au point l’ancêtre du fusil, son apprenti Colas et Marguerite, son impossible amour.
Le siège, qui ne devait être qu’une formalité, va durer plus de six mois.
Outre le fait que cet album nous informe sur les différentes batailles qui eurent lieu lors du siège d’Orléans durant la guerre de Cent Ans, il nous permet également d’apprécier plus que largement la qualité et l’immense talent de ce dessinateur italien qu’est Filippo Genni.
Avec la série ‘Assiégés’, c’est le déroulement minutieux des sièges les plus célèbres de l’Histoire de France qui nous est conté. Le quotidien de la guerre au Moyen
Âge se révèle, implacable, par les yeux de celles et ceux qui l’ont vécu de l’intérieur. Les sièges de Beauvais, Monaco, Nancy et Rouen sont déjà au programme.
‘Monet en quête de lumière’, d’Aurélie Castex chez Marabulles
De ses débuts précaires parmi les artistes bohèmes à Paris jusqu’à la reconnaissance internationale, Monet poursuit sans relâche son rêve de capturer la lumière. À travers doutes, échecs et drames personnels, il invente un nouveau regard sur le monde.
Cet album retrace sa quête obstinée, ses amitiés, ses amours et sa lutte pour peindre l’impossible : la lumière, la nature, les éléments, la vie, l’instant T.
Cette bande dessinée a été réalisée entièrement à l’aquarelle et dessinée en partie dans la maison et les jardins de Claude Monet à Giverny. Les dialogues nous offrent une plongée dans les émouvantes correspondances du grand maître tout au long de sa vie.
Dans ce roman graphique qui s’appuie sur un partenariat avec le musée Marmottan, Monet et la Maison et Jardin – Giverny, nous redécouvrons les décors de nombreuses œuvres de Claude Monet issues de leurs archives.
Tout dans cet album est lumineux, rafraîchissant et instructif. À commencer par tous ces dessins uniquement réalisés à l’aquarelle. Au-delà, il y a ce dossier documentaire qui vient parachever cet album qui retrace les grandes étapes de la vie de Monet. En fait, de la bohème à la lumière.
‘Frankenwood’, de Magan et Kordey chez Dupuis
Los Angeles, 1963. Loin des spotlights du cinéma, un détective privé qui ressemble comme deux gouttes d’eau au légendaire Humphrey Bogart se voit confier l’enquête la plus insolite de sa carrière lorsqu’un sosie parfait de Marilyn Monroe débarque dans son bureau. La jeune femme l’engage pour découvrir qui l’a déjà tuée par le passé, car celle-ci pense être revenue d’entre les morts…
La piste du crime l’emmène vers un étrange établissement baptisé « the Castle » où apparaissent tour à tour d’autres figures emblématiques de l’âge d’or hollywoodien comme Boris Karloff ou Oliver Hardy. Ce bâtiment aux allures d’hospice pour acteurs à la retraite cache un terrible secret : ici, les morts ne le restent pas longtemps et l’endroit est en réalité une maison qui réanime les acteurs défunts à la demande de mystérieux commanditaires.
Qui tire les ficelles de cette improbable histoire ? La machine à rêver californienne aurait-elle trouvé le moyen d’exploiter les vedettes longtemps après leur mort et surtout, pourquoi les principaux intéressés ne se souviennent-ils pas totalement de leur vie passée ?
Sous la forme d’une comédie noire proche du grand-guignol, Darko Macan et Igor Kordey nous plongent dans un âge d’or du cinéma hollywoodien fantasmé et pour le moins décalé.
On ajoutera que visuellement, le dessin d’Igor Kordey percute, à l’image de cet album atypique à l’atmosphère féroce et détonante tout à la fois.
‘Le livre sans nom – La fête de la lune’ d’Anonyme adapté par Koe et Yello chez Sonatine Comix
Souvenez-vous, la dernière fois que vous avez visité Santa Mondega, la ville était dans un sale état : un massacre dans une chambre d’hôtel, le vol d’une pierre mystérieuse qui suscite toutes les convoitises, un agent du Service paranormal du FBI détenu par deux vampires mafiosos et un cadavre cloué au plafond…
Le suspense a assez duré, il est temps de refaire vos valises pour Santa Mondega ! Cette fois, préparez-vous pour des combats de catch épiques, un biker qui joue les chasseurs de prime pour le Très-Haut, une voyante aux prémonitions douteuses, et surtout, l’événement que toute la ville attend : la fête de la Lune.Imaginez : une foule en délire, des costumes déjantés, des règlements de compte à tout va, et une éclipse qui plonge la ville dans l’obscurité… Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?
Tout en noir et blanc et sous format de ‘maga’, mais ce n’est pas un manga, vous avez avec cet ouvrage d’une redoutable efficacité, la suite des aventures de Bourbon Kid. Toutefois, même si le titre vous parle de fête, ne vous attendez pas à utiliser largement vos zygomatiques. C’est noir, c’est plein d’hémoglobine, c’est dément, c’est hyper violent, c’est teinté d’un brin d’humour… noir évidemment, mais c’est vachement bien ficelé. À quand le tome 3 ?
‘Le pépère’, de Moynot chez Glénat
À Bordeaux, Pépère mène une vie en apparence tranquille. À un détail près : Pépère est un assassin. La première fois, il n’a pas fait exprès : la dame de l’agence immobilière est venue. Elle voulait le virer, raser sa vieille maison décrépite pour y construire un immeuble. Ça ne lui a pas plu à Pépère. Il n’était pas content, il l’a poussée et elle s’est empalée sur le grand portemanteau en fer forgé.
Elle a bien mis six heures à clamser. Il l’a descendue à la cave et il a creusé. En remontant, il a vu la tache de sang sur le mur. Jamais il ne pourrait retrouver le même motif de papier peint. Ça n’allait plus ressembler à rien, cette entrée…
Puis ce fut au tour de la voisine et de la charmante cliente de la poste de subir le même sort. Car Pépère a pris goût au sang. Mais le jour où il croise la route de Vanessa, une punk à chien qui va de vol en racket, rien ne va se passer comme prévu !
Quand elle débarque dans la maison de ce petit vieux aux airs inoffensifs, c’est avec la ferme intention de l’escroquer. Mais tout peut basculer… Quand les bas instincts se réveillent, plus personne n’est à l’abri de finir six pieds sous terre…
Inspiré d’un récit court réalisé par Emmanuel Moynot pour un album collectif, ce livre, préfacé par Pascal Rabaté qui a participé au synopsis, est une pépite d’humour noir qui vous fera sûrement changer de regard sur Monsieur Tout le monde.
Emmanuel Moynot, qui aime disséquer la France profonde et les gens qui la peuplent, nous plonge, par le biais d’un style semi-réaliste au trait prononcé qui colle à merveille au récit, dans une fable aussi cruelle que jubilatoire, livrant un album savoureux à l’humour grinçant.
‘Sophia Stromboli – Knock-Out’, de Johanna & André Taymans, Walthéry et Van De Walle au Tiroir
Sophia Stromboli est capitaine des carabiniers en Sardaigne. Un paradoxe pour la fille de Gino Stromboli, influent mafieux abattu par la police alors qu’elle n’avait que dix ans. Elle est en couple avec la journaliste Sandra Ricci, toujours à l’affût du scoop du siècle.
Par un beau soir d’été, Sophia est appelée pour un cambriolage dans un luxueux palace. La chambre d’Enzo Bambini, célèbre boxeur, a été complètement retournée, et ce à quelques jours d’un combat capital.
Mais très vite, Sophia flaire le coup fourré… Avec Sophia Stromboli, André Taymans et François Walthéry délaissent, le temps d’une deuxième histoire, leurs héroïnes respectives pour nous proposer une enquête haletante et tonitruante ! De plus, pour ce nouvel album, ils s’adjoignent les services de Nico Van De Walle, talentueux dessinateur de Rubine.
Avec une telle brochette de scénaristes et de dessinateurs à la réalisation de cet ouvrage, il est bien évident que cet album va faire les délices de tous les fans de ce trio qui les régale ou régalait notamment avec Natacha, Caroline Baldwin, Rubine, Miss Tattoo…
‘Cartagena’ d’Hermann et Yves H au Lombard
Cartagena, au Mexique. Une ville gangrenée par le trafic de drogue, où le seul débouché offert à la population des quartiers défavorisés semble être le tout puissant cartel local. Mais peut-on vraiment parler de perspectives d’avenir ?
Ils n’ont pas encore vingt ans, mais le futur d’Alvi et Nacho paraît déjà tout tracé. Pas question de trimer dur pour des miettes : ils sont bien décidés à se mettre au service d’El Cocho Arriega. À eux les flingues, le fric, et les filles. Mais il est plus facile de vouloir devenir sicario que d’appuyer effectivement sur la détente. Pour les lâches, la sanction est alors immédiate et sans appel…
De l’autre côté de la loi, Felix Garzon a fait du chef mafieux une affaire personnelle. Il observe tous ses faits et gestes, espérant trouver la faille pour le faire tomber. Le flic va essayer de profiter de la situation dans laquelle se trouve Alvi pour l’utiliser à son profit.
Publié quelques semaines après la disparition d’Hermann, décédé le 22 mars 2026 à l’âge de 87 ans, Cartagena est son dernier album. Pour cette ultime escapade aux côtés de son fils Yves H., le dessinateur explore l’univers des cartels et sa cohorte de petits soldats prêts à se damner pour une vie meilleure.
Un dernier round dur, cru, et fataliste, porté par la puissance évocatrice et organique de la couleur directe, et qui résume finalement bien la tonalité de l’œuvre de ce géant de la bande dessinée.
Cet album, dessiné par un Hermann malade sur un scénario de son fils Yves, montre à quel point le crayon de ce grand maître de la BD est resté talentueux jusqu’au mot fin. Un crayon au service ici d’un récit violent, glauque, mais foncièrement humain.
Un dernier grand moment bédéistique signé par celui qu’on surnommait ‘Le Sanglier des Ardennes’ et qui nous a passionnés avec des héros tels Bernard Prince, Comanche, Jeremiah… Adieu l’artiste !
‘Les coulisses d’une œuvre – Le crabe aux pinces d’or’, Philippe Goddin et Dominique Maricq chez Moulinsart
Découvrez la genèse de l’œuvre d’Hergé à travers les décennies et à la lumière des grands moments de sa vie grâce à des documents de travail rares et aux explications fouillées d’experts de son univers.
Ce neuvième volume présente la création du ‘Crabe aux pinces d’or’, album de la mythique rencontre entre Tintin et le capitaine Haddock. Hergé, en imaginant ce marin, bouleverse à jamais la narration de ses histoires.
Il faut dire que le contenu de chacun de ces ouvrages est pour le moins d’exception. Tout d’abord avec le décryptage et le contexte de l’époque durant laquelle Hergé a écrit l’album dont il est question. Ensuite s’en vient le commentaire de très nombreuses pages.
C’est ainsi que les textes en marge des planches commentées vous apprendront des anecdotes passionnantes : par exemple, le sens caché du mot ‘crabe’ qui ferait référence aux centres de recrutement de l’armée belge pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Enfin, il y a ces archives exceptionnelles qui vous feront revivre les différentes étapes de la création de tel ou tel dessin d’Hergé.
Une série que tous les fans d’Hergé ne peuvent manquer. Une série qui permettra à tout un chacun de découvrir la chronologie de la création des aventures de Tintin. Si Tintin vous passionne, cette série doit absolument figurer dans votre bédéthèque.
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