par Charles Demoulin
8 mars 2026
Pas toujours facile, vu le nombre d’ouvrages qui fleurissent tous les mois dans les rayonnages des librairies, de se tourner vers tel ou tel titre. La raison pour laquelle Janette tente de vous débroussailler le terrain.
‘Le banc’, de Géraldine Smith chez Albin Michel
Chaque jour, à la résidence des Merles Bleus, Georges, 95 ans, Marcel, de six ans son cadet, et Jean-Marc, fraîchement retraité, se retrouvent sur leur banc.
Ensemble, ils devisent sur le monde qui passe… et celui qui s’efface. Un matin, Georges est retrouvé mort, au fond de son lit, dans des circonstances suspectes. Qui aurait pu vouloir la peau du nonagénaire ?
Isabelle et Paul, ses enfants ? Mariola, son auxiliaire de vie ? Chantal, qui lui faisait la lecture… et les poches ? Alain, le ‘shérif’ de l’immeuble ? Ou Abdel, le gérant de la baraque à frites ?
Avec une immense tendresse pour ses personnages, Géraldine Smith signe un roman policier aussi léger que subtil, aussi prenant qu’émouvant. Car sous les pas de l’inspecteur Moussa Mballo, une vérité se dessine : le très grand âge cache parfois une jeunesse intacte, simplement rangée dans la cave des souvenirs.
C’est beau, c’est tendre, c’est drôle, c’est bouleversant. C’est un roman qui, avec de petites touches d’humour et sans pour autant tomber dans ce côté pathétique que peut engendrer la vieillesse, fait réfléchir sur le troisième âge.
‘Thrive’, de Krista & Becca Ritchie chez Verso
Quand de fausses rumeurs se répandent comme une traînée de poudre à l’image de celle d’un plan à trois avec le frère de son petit ami féru d’escalade, Lily Calloway se réfugie dans un lieu obscur : sa chambre.
Loren Hale (Lo) est plus que jamais résolu à préserver l’intimité de leur vie sexuelle, y compris vis-à-vis de leurs amis, et il soutient Lily de la seule manière qu’il connaît. Mais jusqu’où peut aller l’amour, avant d’aller trop loin ?
Leurs vies sont filmées, observées, critiquées. Et malgré cela, Lily et Loren sont confrontés à des ennemis qu’ils ne pensaient jamais plus recroiser, des démons dont ils ignorent s’ils doivent les enterrer et des obstacles qu’ils n’auraient pas cru devoir affronter. En tout cas, pas de sitôt.
Une rumeur en particulier pourrait bien être celle de trop. Elle mettra à l’épreuve leurs limites les plus profondes et, s’ils ne s’accrochent pas l’un à l’autre, quelqu’un finira par sombrer.
Sixième opus de cette ‘Addicted série’ écrite à quatre mains par les jumelles Ritchie, cette saga, lancée il y a dix ans, est devenue un classique du genre. Une fois encore vous allez vous régaler avec une Lily plus drôle que jamais et qui vit toujours dans un monde bien à elle. Quant à Lo, il vous apparaîtra de plus en plus attachant malgré tous ces doutes et toutes ses interrogations. Bref, vous ne vous ennuierez jamais avec ce 6e opus de la saga.
‘Le porteur du train de nuit’, de Suzette Mayr chez Philippe Rey
Baxter, porteur dans les wagons-lits du train le plus rapide du continent nord-américain, n’a aucun moment de répit.
En 1929, en tant qu’homme noir, il doit sourire à la clientèle blanche, la servir coûte que coûte, jour et nuit; et lorsqu’on le traite avec mépris, il n’a qu’à hocher la tête et se faire oublier. Car ce qui l’obsède, ce sont les points de démérite suspendus au moindre de ses gestes, au moindre de ses mots. Encore dix points, et c’est le renvoi. Or, son rêve est d’économiser assez d’argent pour intégrer une formation de dentiste.
Lors d’un trajet vers l’Ouest canadien, les passagers semblent plus agités qu’à l’habitude, surtout quand le train s’immobilise au milieu des montagnes, bloqué durant des jours.
Soudain, les secrets des uns et des autres sont exposés à une lumière crue, et la frontière entre réalité et rêve se brouille chez un Baxter épuisé, à qui le sommeil est défendu. Sans parler de sa découverte d’une carte postale représentant deux hommes enlacés, qui fait resurgir des souvenirs enfouis et des désirs interdits. Conserver l’image met son poste en péril, mais il n’arrive pas à s’en départir.
Tandis que la tension ne cesse de monter dans le train, le lecteur suit avec fascination les aventures des personnages de ce huis clos, se demandant à chaque page si Baxter survivra à ce voyage semé de tant d’embûches..
Avec ‘Le porteur du train de nuit’, Suzette Mayr redonne vie à toute une époque à travers le récit haletant et halluciné d’un ‘invisible’ de l’histoire, d’un inoubliable oublié nommé Baxter.
Une véritable découverte que ce huis clos dans lequel transitent une vaste galerie de personnages parfois bien étranges, et qui vont donner bien du souci à notre brave Baxter.
‘Liv et Lucky’, de Chantale d’Amours chez Kennes
À 15 ans, Livia voit son monde s’effondrer. Ancienne championne d’équitation, ses rêves olympiques ont pris fin abruptement lors d’un accident tragique, survenu quelques mois plus tôt. La talentueuse cavalière a alors perdu une part d’elle-même.
Rejetée par ses amies, séparée de son cheval adoré et incapable de s’adonner à sa passion, elle a l’impression d’avoir tout perdu. Lorsque ses parents envisagent d’acheter un centre de réadaptation pour chevaux en Californie, Liv accepte de déménager et de recommencer à zéro.
Là-bas, elle fait la connaissance de Joshua, un adolescent mexicain avec qui elle développera des liens d’amitié qui, au fil des jours, laissent place à quelque
chose de plus fort. Mais surtout, Liv fait la rencontre de Lucky, un cheval vulnérable et dont le sort reste incertain. La jeune fille et l’animal créent instantanément une connexion spéciale. Mais cette relation naissante sera-t-elle suffisante pour guérir ces deux êtres blessés par la vie ?
Ce récit met en avant la force de l’entraide et la résilience face à l’adversité. Les personnages ne se laissent jamais définir par leurs limites : au contraire, ils cherchent à se dépasser, à avancer, à rêver encore.
L’histoire illustre aussi avec justesse le rôle thérapeutique des animaux, leur capacité à nous aider à guérir, intérieurement autant que physiquement. Le lien entre Livia et Lucky est bouleversant, porteur d’émotion et d’espoir. Les personnages, touchants et pleins de vie, rendent ce roman profondément inspirant. Une lecture réconfortante, à ne pas manquer. Un livre où vous serez submergés par des émotions en tout genre. Un livre qui va droit au cœur.
‘Les hommes non plus n’aiment pas les cons et le féminisme ne se fera pas sans eux’, de Sarah Barukh chez HarperCollins
À l’ère post #MeToo, une question reste largement éludée : quelle place les hommes peuvent-ils – et doivent-ils – prendre dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?
Forte de son engagement auprès de milliers de victimes et de témoins, Sarah Barukh est allée à la rencontre de plus de cinquante hommes, anonymes ou figures publiques, de tous âges et de tous horizons. Non pour les juger ou les sommer de se justifier, mais pour comprendre comment chacun pense le masculin, ses responsabilités ou ses contradictions dans un système de repères qui vacillent, et la manière dont certains prennent part activement au changement.
Leurs paroles dessinent les contours d’un féminisme qui refuse les simplifications et les procès collectifs, sans jamais minimiser la réalité massive des violences. ‘Les hommes non plus n’aiment pas les cons’ déplace le regard, interroge sans essentialiser, et ouvre un espace de réflexion là où la confrontation a trop souvent remplacé la pensée.
Plus qu’un témoignage, un véritable hommage. Un livre qui devait absolument exister et qui évoque 125 femmes victimes de féminicide. Sensibiliser, aider à comprendre et finalement bouleverser… voilà toute l’importance de cet ouvrage de quelque 664 pages.
‘Et pourtant tout le monde savait’, de Rachel Le Nan chez City
Elle avait huit ans quand l’abbé Pierre a abusé d’elle. Abandonnée par l’Église, elle livre son combat pour la reconnaissance. Rachel a huit ans lorsque son beau-père la présente à l’abbé Pierre. Derrière les portes closes de son bureau, le célèbre défenseur des pauvres dévoile son vrai visage et l’agresse sexuellement. Ce n’est que le début de l’enfer pour la fillette.
Car son beau-père, ancien prêtre déjà condamné pour pédocriminalité, interprète l’agression de l’abbé Pierre comme une autorisation tacite. Il abusera de la petite fille pendant cinq longues années. L’Église et Emmaüs sont parfaitement au courant des agissements de l’abbé Pierre et du beau-père de Rachel, mais ils se taisent et étouffent l’affaire.
Des décennies plus tard, Rachel cherche à comprendre. Alors que tous savaient, comment ont-ils pu laisser ces hommes détruire sa vie ?
Ce récit est le témoignage bouleversant d’une femme forte qui a réussi à se reconstruire, envers et contre tout. Un témoignage plus que touchant qui fait tomber au plus bas de son piédestal celui qu’on prenait pour un saint homme. Un récit bouleversant qui vous marquera à jamais.
‘Amadoca, l’histoire de Romana et d’Ouiana’, de Sofia Andrukhovych chez Belfond
Dans un hôpital de Kiev, un soldat est alité, méconnaissable, amnésique. À son chevet, une femme le veille. Elle se présente au personnel de soin comme son épouse, Romana. Elle affirme avec force qu’il est Bohdan, celui qu’elle a cherché pendant des mois, remuant ciel et terre.
En faisant apparaître les images d’un passé lointain, du bonheur de leur vie à la campagne, en exhumant l’histoire d’amour de la grand-mère Ouliana, elle provoque chez Bohdan des réminiscences troubles, hallucinées.
L’histoire de Bohdan et celle de l’Ukraine s’entremêlent dans un roman-monde écrit par une autrice majeure de la scène littéraire ukrainienne. Sofia Andrukhovych y retrace l’histoire de l’Ukraine au XXe siècle, de la répression stalinienne à la guerre du Donbass, en passant par l’Holodomor et l’Holocauste.
Un récit à la fois sublime, puissant et émouvant dont le second volet, ‘Amadoca, l’histoire de Sofia’, paraîtra en septembre de cette année aux éditions Belfond. Un ouvrage attendu avec une extrême impatience tant Sofia Andrukhovych a su nous faire partager son amour et le vécu de son Ukraine à travers divers portraits de femmes.
‘La fête des folles’, de Jonas Gardell chez Actes Sud
Après ‘N’essuie jamais de larmes sans gants’, Jonas Gardell ouvre les portes d’une nuit enchantée où Stockholm devient le théâtre de la liberté.
Le 29 juillet 1971, dans une Stockholm endormie, le célèbre ‘Club Étoile’ ouvre ses portes à Kungsholmen et accueille ce que beaucoup appelleront ‘la plus grande fête de folles de l’histoire de la Suède’.
L’espace d’un instant volé, ces femmes esquintées deviennent les héroïnes d’une nuit qui les transcende. Mais, comme Cendrillon au bal, elles savent que ce n’est qu’une parenthèse enchantée. Lorsque le jour se lèvera, elles vont devoir se retirer dans l’ombre.
Raison de plus pour tout donner, briller de mille feux et rappeler au monde qu’elles existent. Mikael, jeune garçon à la marge, observe, écoute, hésite… avant de franchir le seuil de l’inconnu.
Un ouvrage qui voit un petit groupe de drag-queens et autres femmes transgenres se raconter leurs vies, leurs expériences, leurs petits moments de bonheur, leurs déboires, leur détresse… face à un monde qui les dédaigne, ou pire : leur crache au visage. Un ouvrage où les larmes sont vite effacées par le rire. Et ce tant il est vrai que l’humour constitue l’arme fatale de ce ‘genre’ différent du nôtre, mais qui pourtant existe et doit être dès lors considéré.
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