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Le froid s’en revient peu à peu. Une invitation à la lecture ?

par Charles Demoulin

21 septembre 2025

Avec ces chutes soudaines de température, l’envie revient de rester chaudement calfeutré à la maison. Une situation propice à la lecture. Et comme les nouveautés foisonnent en cette période de rentrée littéraire, voici quelques titres qui pourraient vous combler d’aise.

‘La menteuse’, de Sophie Stava aux Escales Noires

Sloane Caraway est une menteuse. Rien de bien méchant : ses petits mensonges sont inoffensifs, destinés à embellir sa vie tristement banale, comme elle dit. Alors, quand Sloane aperçoit une fillette en larmes dans un parc, elle ne peut pas s’en empêcher : elle dit au très séduisant père de l’enfant qu’elle est infirmière et l’aide à retirer un dard d’abeille du pied de sa fille.

Grâce à cette rencontre fortuite, Sloane devient la nounou des riches et de ces privilégiés que sont Jay et Violet Lockhart. Ils ont tout : les montres de luxe et les tenues haute couture, la maison new-yorkaise digne d’un magazine déco, la meilleure école privée pour leur fille.

Sloane les envie et elle est prête à mentir sur tout, ou presque, pour faire partie de leur famille. Mais à mesure que la liste de ses mensonges s’allonge, le vernis lisse des apparences se craquelle. Et si Sloane n’était pas la seule à mentir ? 

Addictif et intelligent, truffé de rebondissements, de mensonges bien sûr, et de manipulations, ‘La Menteuse’ explore bien évidemment l’engrenage du mensonge, mais également les apparences trompeuses.

‘La tentation artificielle’, de Clément Camar-Mercier chez Actes Sud

Jérémie est un génie du langage informatique. Véritable star du codage, il travaille à la demande pour des géants de la vidéo, des sites de rencontres, des réseaux sociaux… Autant d’applications qui touchent des milliards d’utilisateurs dans le monde.

Son pouvoir invisible exerce une influence grandissante sur leurs modes de vie, leur façon de consommer, de manger, de se divertir, de croire et même d’aimer. Au sommet de sa gloire, Jérémie demeure pourtant un homme blessé. Hanté par un deuil, en proie à une maladie inconnue aux symptômes étranges, il va petit à petit livrer sa vie au hasard des algorithmes.

Cela jusqu’à prendre le chemin d’une retraite spirituelle avant de se consacrer à sa grande œuvre : la création d’un nouveau logiciel, nommé Eliza, permettant aux humains de déléguer leurs choix moraux à une intelligence artificielle d’un nouveau genre. Quelles qu’en soient les conséquences.

Avec ce deuxième roman hyper documenté, Clément Camar-Mercier poursuit l’exploration de notre époque d’addiction et de désenchantement. Des bureaux de Xavier Niel aux couloirs du ministère de l’Intérieur en passant par l’abbaye de Solesmes, l’auteur nous livre la cartographie occulte d’une société déboussolée. Toutefois, avec un humour certain, il s’attaque à de potentielles dérives de l’IA. De quoi nous questionner grandement.

‘La tentation artificielle’, de Clément Camar-Mercier chez Actes Sud

‘D’une beauté sauvage’, de Christian Signol chez Albin Michel

Dans l’immensité du plateau Limousin, Jeanne et Damien, éleveurs de père en fils, appréhendent le retour des loups. Ils ont travaillé dur pour entretenir leur troupeau qui est leur seule ressource.

Lucas et Mathilde, eux, défendent avec ardeur la cause de ces animaux sauvages. Ils ont repéré un couple de canidés, baptisés Lupo et Léna, qu’ils observent et tentent de protéger.

C’est dans un climat tendu que se produit la première attaque, puis la deuxième… et que la colère des éleveurs éclate. Comment accepter une loi qui interdit de défendre leurs bêtes menacées par une « espèce protégée »? Comment comprendre le combat de Lucas et Mathilde ?

Tandis que les deux couples s’affrontent, chacun défendant son idéal de vie, Lupo et Léna, traqués, luttent pour leur survie et celle de leurs petits. De l’animal et de l’homme, qui est le plus menacé ?

Sublime peinture de la vie sauvage, le nouveau roman de Christian Signol embrasse avec un regard d’une grande justesse, la nature, ses acteurs et ses lois. Il célèbre l’éternité du monde vivant, sans occulter pour autant les défis auxquels il est aujourd’hui plus que jamais confronté. 

‘D’une beauté sauvage’, de Christian Signol chez Albin Michel

‘Le livre d’Alice’, de Karina Urbach chez Anne Carrère

Alors qu’elle se promène dans la ville, Alice s’en vient à longer la devanture d’une librairie. Il faut dire qu’en 1949, les vitrines autrichiennes étaient encore peu remplies. Pourtant, le titre d’un livre attire immédiatement son attention.

Elle entre dans le magasin et ouvre l’ouvrage. À sa stupéfaction, c’est son propre recueil de recettes, ses textes, ses photos, seule la couverture porte le nom d’un inconnu : Rudolf Rösch. Plusieurs scènes se bousculent alors dans son esprit. Notamment ce jour de 1935 où elle avait tenu pour la première fois l’épais volume entre ses mains, avant de fêter sa publication avec tous ses amis.

S’en suivent alors les trois années suivantes, lorsque le livre était devenu un best-seller et que des lectrices l’abordaient même dans la rue pour la féliciter. Et puis vint cette année 1938, quand, du jour au lendemain, elle en avait été dépossédée.

Après avoir vu le nom de Rudolf Rösch sur la couverture, Alice ne pense plus à rien d’autre : il faut que son livre lui soit enfin rendu. C’est vrai qu’elle avait perdu ses trois sœurs victimes de la Shoah, et, qu’en comparaison, la perte d’un livre de cuisine était une broutille. Pourtant, cet ouvrage représentait pour elle toute l’injustice et l’humiliation subies au cours de ces années. À ses yeux, obtenir sa restitution, c’était reprendre enfin le contrôle de sa vie. Elle obtint gain de cause, mais le combat fut long.

Une enquête passionnante menée par une historienne sur la façon dont les nazis se sont approprié le plus grand best-seller de cuisine des années 1930, écrit par sa grand-mère. On signalera qu’en 2022, un documentaire a été tourné sur ce livre sur Arte.

‘Le livre d’Alice’, de Karina Urbach chez Anne Carrère

‘Counani, un roi sans terre ni couronne’, de Jean-Paul Delfino chez Istya & Cie

En 1886, à Paris, un plumitif du nom de Jules Gros se déclare président à vie d’un territoire inconnu, entre Guyane et Brésil. Territoire qu’il baptise République de la Guyane indépendante. Counani sera sa capitale.

Tout à son utopie, il dessine le drapeau, nomme des ministres et des ambassadeurs, lance une souscription, fait composer un hymne et battre monnaie. Le tout, sans jamais quitter le boulevard Saint-Germain… Jules Gros s’adjoint l’aide de Mané Albuquerque, un ancien bagnard de Guyane, échoué à Paris, qui recherche désespérément sa femme. Elle s’appelle Clara et s’est elle-même évadée du bagne de Saint-Laurent du Maroni. Jules Gros Premier, président fantoche de 350 000 km2 au cœur de la forêt amazonienne, fera-t-il le grand voyage jusqu’en Guyane ? Clara et Mané se retrouveront-ils enfin ?

Une histoire haute en couleur où l’exotisme de la Guyane le dispute avec le ventre de Paris. Un pur moment de petit bonheur à déguster sans modération.

‘Counani, un roi sans terre ni couronne’, de Jean-Paul Delfino chez Istya & Cie

‘Cœur d’ourse’, de Nikolaï Baturin chez Paulsen

Nika n’a pas trente ans, mais il a une certitude : la ville ne peut pas faire de lui un homme bon. Avec l’espoir de trouver sa place dans le monde, il se met en quête de son âme. Seule la taïga peut révéler sa vraie nature. 

Sur les conseils d’un chaman evenk, Nika s’enfonce dans la forêt avec quelques livres, ses chiens de traîneau et de quoi chasser. Un jour, il fait une étrange découverte dans un piège à loup : une femme sauvage qui va bouleverser sa paisible retraite dans les bois. 

Entre voyage intérieur et quête de soi, cette aventure au cœur de la taïga sibérienne est une ode à la vie sauvage et l’inoubliable portrait d’un ermite. Au-delà, ce petit chef-d’œuvre est écrit par un auteur estonien. Une belle découverte, car c’est seulement après les années 1990 que, vu l’essor de la littérature estonienne, on verra désormais des auteurs et auteures de ce pays balte faisant partie de l’Europe, traduit en français.

‘Cœur d’ourse’, de Nikolaï Baturin chez Paulsen

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