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Laissons-nous porter au rythme de ces romans

par Charles Demoulin

8 février 2026

Charmeur devenu prédateur. Comment déjouer les manipulations sur les applis de rencontre ? Polar historique. Droit à la différence. Suspense aux confins de la folie. L’éprouvante expérience d’une mère aux côtés de son fils entre la vie et la mort. Laissez-vous porter au rythme de ces romans que Janette vous présente aujourd’hui.

‘L’Île du Faucon’, de Daniel Cario chez Terres de France/Presses de la Cité

Partis en week-end romantique, l’adjudant Philippe Derval et la lieutenante Héloïse Daubert se trouvent pris dans une violente tempête au large de Vannes. Ils échouent miraculeusement sur une petite île dominée par un château médiéval.

Malgré l’accueil chaleureux qu’il leur réserve, le propriétaire, Ghislain de Rochette, semble avoir bien des secrets à cacher. Et que penser du comportement étrange des habitants qui paraissent hypnotisés ?

Malgré leur désir d’un week-end en amoureux, le duo de gendarmes décide de mener l’enquête. C’est vrai qu’Héloïse, perspicace et déterminée, est convaincue qu’il se trame une histoire sinistre dans les profondeurs du château. Or, au cours de ses investigations, elle disparaît.

Un suspense aux confins de la folie, qui se terre dans les souterrains secrets d’une île aux contours et aux habitants bien étranges. Une île qui, sous la plume hyper descriptive de Daniel Cario, n’est pas perçue tel un décor, mais comme un personnage à part entière. Un personnage qui sait tout ce qui se passe sur et sous ses terres, mais qui a bien soin de garder tout pour lui.

‘La Reine de mai’, de Nicolas d’Estienne d’Orves chez Albin Michel

Nicolas d’Estienne d’Orves, qui signe ses ouvrages du nom de NéO, a décidé de consacrer sa plume à une série dont chaque opus s’attacherait à s’attaquer à l’un des ‘7 péchés capitaux’. Après ‘L’Île de l’orgueil’, premier volet de ce cycle romanesque, voici qu’il nous propose ‘La Reine de mai’, dont le fil conducteur est axé sur la luxure.

Tobias Gantzer a trois vies : expert en tableaux anciens, faussaire de génie, et, enfin, homme à femmes. Jusqu’alors bien distinctes, ces trois vies se confondent soudain lorsque Gantzer doit faire face à ce qui guette tout séducteur et tout artiste :  l’épuisement.

Pour renouer avec son désir et son inspiration, il va lui falloir affronter ses fantômes et plonger au plus sombre de la luxure. Mais ce jeu dangereux peut rendre fou. Alors le charmeur devient prédateur…

L’écriture riche, soignée et savoureuse de NéO est à nouveau à mettre en exergue dans ce suspense où sept jeunes femmes vont disparaître ou fil du récit, mais sont pourtant retrouvées dès le prologue de ce suspense additif. Mais je vous laisse apprécier la manière plus que subtile, dont Néo a tissé son intrigue.

‘La Reine de mai’, de Nicolas d’Estienne d’Orves chez Albin Michel

‘Les imposteurs de l’amour’, de Lysiane Larbani chez Nouveaux Jours/JC Lattès

En 2022, lorsque Lysiane Larbani commence à enquêter sur un arnaqueur de Tinder aux dizaines de victimes, elle ne se doute pas que ce travail la conduira sur la piste de nombreux autres imposteurs.

S’ils ont toujours existé, leur terrain de jeu est aujourd’hui démultiplié par l’omniprésence des applications de rencontre : sur cet immense marché de la séduction, il est simple de s’inventer une identité, une profession, une vie amicale ou familiale.

Ces escrocs de l’amour parlent futur, mariage et enfants, construisant les bases d’une relation fusionnelle, noyant leurs conquêtes sous les mots doux et les promesses, avant de disparaître. Sous leurs airs de princes charmants, ce sont des manipulateurs, qui exploitent les désirs et les rêves de leurs victimes. Mais dans quel but ?

Pendant des mois, la journaliste a recueilli la parole de femmes qui sont tombées amoureuses de l’un de ces hommes aux identités multiples. Pour ces victimes, qui ont entre 30 et 50 ans, et viennent de tous les milieux sociaux, le retour à la réalité est violent. Elles ont été utilisées, parfois escroquées, et ont en commun la colère, la tristesse et la honte. Cette enquête leur permet de sortir de la solitude, dévoilant un système de prédation pleinement imbriqué dans les violences faites aux femmes. 

Un ouvrage à ne manquer sous aucun prétexte si vous êtes adeptes aux sites de rencontre, ou tout simplement si un jour vous vouliez vous y attarder.

‘Les imposteurs de l’amour’, de Lysiane Larbani chez Nouveaux Jours/JC Lattès

‘Le laboratoire des ombres’, de David S. Khara chez Maison Pop

Londres, 1841. Un mystérieux paquet livré dans l’ombre. Un fonctionnaire retrouvé mort. Une invention qui pourrait changer le monde. Ou le détruire… Ashton, agent secret britannique aux multiples visages, plonge au cœur d’une affaire qui menace l’équilibre de l’ordre mondial. Les découvertes révolutionnaires de Michael Faraday sur l’électricité attisent toutes les convoitises et pourraient se transformer en arme dévastatrice. Le savant visionnaire et Ashton s’engagent dans une course contre la montre pour déjouer un complot aux ramifications insoupçonnées.

Mêlant polar historique et roman d’espionnage victorien, ‘Le Laboratoire des ombres’ vous plongera dans une aventure sombre et haletante, où une seule étincelle pourrait bien embraser le monde. Un polar magistral où science et suspense s’entrechoquent.

Seul bémol, il y a, semble-t-il, une suite prévue à ce récit difficile à lâcher. Du coup, votre patience va être mise à haute épreuve si comme moi, vous avez plus que largement apprécié l’atmosphère dans laquelle vous plonge l’auteur tout au long de ce récit savamment échafaudé.

‘Le laboratoire des ombres’, de David S. Khara chez Maison Pop

‘Les enfants de Voynich’, d’Olivier Palpeux chez M.E.O.

Réunis dans un ancien couvent pour une étude comportementale, de jeunes surdoués se voient confier une mission très particulière : déchiffrer le fameux manuscrit de Voynich, un ouvrage mystérieux qui résiste à toute analyse depuis des siècles.

Au fil de l’intrigue et des manipulations mentales, des enjeux bien plus essentiels se dessinent. Sommes-nous maîtres de notre destin ? Un enfant HPI ou atteint de troubles autistiques a-t-il droit à une émancipation particulière ? Quel regard porter sur lui ?

En même temps qu’une histoire puissante et passionnante, ‘Les enfants de Voynich’ incite avec subtilité à la réflexion sur le droit à la différence et à la place accordée par notre société aux personnalités qui s’y adaptent difficilement.

Voilà qui va être pour nombre d’entre vous l’occasion de pénétrer dans ces mondes très fermés que sont ceux des HPI et des aspergers. Voilà également et surtout une intrigue qui va vous surprendre et sortir, par le biais des personnages ici mis en exergue, des sentiers battus. Voilà enfin un ouvrage qui constitue une véritable découverte.

‘Les enfants de Voynich’, d’Olivier Palpeux chez M.E.O.

‘La fille de la Colline’, de Sevin Sahin chez Philippe Rey

Dans son enfance sur la colline Pomme, près d’Ankara, Sibel s’était promis de ne jamais avoir de garçon. Lorsque des années plus tard, à Paris, son fils

de deux ans se retrouve dans le coma, les remords et les questionnements l’assaillent.

Au chevet de son enfant, dans cette angoisse de l’attente en réanimation, deux périodes fondatrices de sa vie ressurgissent : son enfance en Turquie, dans une communauté alévie marquée par les traditions n’offrant que peu d’avenir aux femmes en dehors du mariage ; et l’époque où, après son arrivée en France, elle a passé ses nuits dans des clubs, accro à l’ecstasy, à la cocaïne, à la musique électro et aux hommes.

Si elle a désormais mis un terme à ces excès, Sibel comprend qu’elle doit impérativement se réconcilier avec les différentes parts d’elle-même pour sauver son fils.

Entremêlant les trois époques de la vie de Sibel avec brio et une énergie contagieuse, Serin Sahin, journaliste indépendante nous fait ressentir ce parcours aussi chaotique que bouleversant : colère adolescente face au carcan familial et religieux, pulsations et sensualité des nuits parisiennes, doutes et angoisses d’une femme incertaine de son propre instinct maternel.

Tout entier tendu vers la question de la survie de l’enfant, ce premier roman d’une rare intensité est animé de bout en bout par l’incroyable élan vital de Sibel, déterminée à aller de l’avant sans jamais renoncer à la moindre parcelle de sa liberté et de son bonheur de vivre. C’est également le récit d’une vie fragmentée entre la Turquie et la France, ainsi que l’ éprouvante expérience d’une mère aux côtés de son fils entre la vie et la mort.

‘La fille de la Colline’, de Sevin Sahin chez Philippe Rey

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