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Gender pay gap : pourquoi les femmes laissent (encore) de l’argent sur la table

par Dr Sophie Jablonski

19 mai 2026

Dans l’Union européenne, les femmes gagnent en moyenne environ 12% de moins par heure que les hommes. Mais cet écart n’est que la partie visible de l’iceberg. Il se prolonge et s’amplifie tout au long de la trajectoire financière : promotions, augmentations, accès aux postes à responsabilité, capacité d’épargne, investissement… jusqu’au niveau de retraite.

Moins de revenus aujourd’hui, c’est souvent moins de choix demain. Et c’est ainsi que le «pay gap» devient progressivement un « wealth gap », puis un « pension gap ». Au Luxembourg, par exemple, les femmes retraitées perçoivent en moyenne plus de 40% de pension en moins que les hommes. Alors dans cet environnement, une autre question mérite d’être posée : comment les femmes, socialisées différemment face à l’argent et au pouvoir, se positionnent-elles – ou non – pour demander, négocier et valoriser leur contribution ?

Des mécanismes invisibles mais puissants

Une partie de l’explication est structurelle: interruptions de carrière, temps partiel, pénalité liée à la maternité, moindre présence dans les fonctions les mieux rémunérées. Mais cela ne suffit pas.

Des mécanismes plus invisibles entrent en jeu. Très tôt, beaucoup de femmes apprennent à être modestes, à ne pas trop demander, à ne pas déranger. Dans le monde professionnel, cela se traduit par une moindre propension à négocier, à se positionner ou à revendiquer sa valeur. À cela s’ajoute un tabou persistant autour de l’argent. En vouloir davantage, en parler ouvertement, négocier… peuvent encore être perçus comme inconfortables, voire déplacés. Ces croyances, souvent intériorisées sans en avoir conscience, influencent profondément les comportements.

Sous-rémunération : gagner moins que sa capacité

Dans ce contexte, un phénomène fréquent apparaît : la sous-rémunération. Il ne s’agit pas nécessairement de manquer d’argent, ou de gagner « moins » à compétence égale. Il s’agit de gagner moins que sa véritable capacité économique.
Prendre conscience de cela peut être confrontant. Beaucoup de femmes engagées et compétentes réalisent qu’elles ont, sans le vouloir, sous-évalué leur contribution.
Souvent, elles associent leur valeur à leur effort, leur implication ou leur fiabilité. Plus rarement à leur impact stratégique, leur capacité de décision ou la valeur économique concrète qu’elles génèrent. Or, sur le marché du travail, ce n’est pas la valeur personnelle qui est en jeu, mais la valeur économique créée. Et celle-ci peut – et doit – être rendue visible, exprimée et défendue.

Ni une faute, ni une fatalité

Il est important de le rappeler avec clarté : cette situation n’est pas “la faute des femmes”. Elle s’inscrit dans des dynamiques historiques, sociales et organisationnelles largement construites sans elles, et souvent malgré elles.
Mais nous avons aujourd’hui un espace de choix. Celui de regarder ces mécanismes avec lucidité. Celui de décider de nous en emparer, progressivement, à notre manière. Non seulement pour nous-mêmes – en retrouvant davantage de clarté, de sécurité et de liberté – mais aussi pour contribuer, à notre échelle, à transformer les normes. Pour nos filles, pour nos fils, et pour un modèle de société plus équilibré.

Reprendre le pouvoir : un travail à la fois intérieur et concret

Réduire cet écart passe aussi par une réappropriation individuelle. Et ce travail n’est pas toujours évident, précisément parce qu’il vient toucher à des croyances profondément ancrées.

1. Clarifier sa valeur économique

Identifier concrètement l’impact que l’on crée peut sembler difficile, car beaucoup de femmes ont été socialisées à minimiser leurs contributions, et cela est parfois implicitement attendu d’elles. Un premier pas consiste à nommer ce que l’on apporte réellement : résultats, problèmes résolus, valeur créée pour l’organisation. L’écrire aide à objectiver.

2. Normaliser la négociation (et la discussion)

Négocier reste inconfortable pour beaucoup, par peur d’être perçue comme exigeante ou “difficile” – parfois, il faut le reconnaître, avec des réactions variables selon les environnements. Revenir à une lecture simple aide : il s’agit d’un échange économique, pas d’un jugement de valeur personnelle.
Se préparer, s’entraîner, en parler avec d’autres permet de rendre cet exercice plus naturel.

3.Suivre activement sa trajectoire financière

Beaucoup de femmes adoptent une posture réactive plutôt que stratégique. Prendre du recul régulièrement sur ses revenus, ses évolutions et ses écarts permet de redevenir actrice de son parcours.

Lever les tabous pour transformer

Ce travail ne se fait pas nécessairement seule. Parler d’argent, partager ses questions, confronter ses perceptions est essentiel pour sortir de l’angle mort. Ces conversations permettent de normaliser le sujet et de remettre en question des croyances longtemps restées implicites.

Que ce soit entre amies, au sein de cercles de femmes, ou dans un cadre d’accompagnement, ces espaces jouent un rôle clé pour reconstruire une relation plus saine et plus consciente à l’argent.

Un enjeu d’autonomie économique

Vous l’aurez compris, chère Janette, le « gender pay gap » n’est pas seulement une question d’inégalité salariale. C’est une question d’autonomie, de sécurité et de liberté sur le long terme. Reprendre le pouvoir sur ses revenus, ce n’est pas seulement “gagner plus”.
C’est choisir, décider et construire sa vie avec davantage de marge de manœuvre. Et ainsi montrer l’exemple et , ne serait- ce qu’en cela, permettre à davantage de femmes de choisir, décider et construire leurs vies a elles avec liberté.
Et si, au fond, réduire le « gender pay gap » cela commençait aussi « à l’intérieur » par apprendre à reconnaître sa valeur… et à ne plus la négocier à la baisse.

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