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De quoi meubler vos soirées hivernales

par Charles Demoulin

1 février 2026

Lire restera à jamais une manière de s’évader, mais également un excellent remède face à des chaînes télévisuelles francophones qui démontrent de plus en plus un appauvrissement intellectuel de leurs contenus.

‘Une jeune fille sans histoires’, de Shari Lapena aux Presses de la Cité

Fairhill est une petite ville calme du Vermont. Les parents savent que leurs enfants rentreront sains et saufs de l’école ou du vieux cimetière où les adolescents se réunissent pour se raconter des histoires de fantômes.

Pourtant, ce soir-là, Diana Brewer ne dort pas paisiblement dans son lit. Elle repose dans un champ des alentours, sauvagement assassinée… Qui, à Fairhill, a pu s’en prendre à cette jeune fille sans histoires, aimée de tous ?

La paranoïa s’empare bientôt de la ville. On verrouille les portes à double tour et les habitants de la petite communauté rurale s’espionnent derrière leurs rideaux. Tous suspects, ils ne pourront pas échapper à une question implacable : qu’ont-ils fait ?

Pointée comme auteure majeure du thriller domestique, Shari Lapena possède en elle cette faculté de transformer le quotidien le plus banal en un terrain où secrets, mensonges et paranoïa s’entrelacent. Les proches deviennent suspects, les endroits sûrs se transforment en pièges, les apparences sont toujours trompeuses.

Bref, vous aurez compris que tout au long de cette lecture, l’auteure va vous balader dans tous les sens, insinuant de manière de plus en plus insidieuse, le doute dans votre esprit. D’où un dénouement totalement inattendu, fait pour votre plus grand plaisir. Si vous êtes accros ce genre d’ouvrage, vous allez adorer !

‘À mots couverts’, de Pierre Devriendt chez M.E.O.

La quarantaine morne, le narrateur s’arrangeait d’une petite vie médiocre de fonctionnaire municipal jusqu’au jour où un tableau l’éblouit au point de lui donner une étrange envie : rédiger des ‘blasons’, textes inspirés par les œuvres d’art, afin que ses mots suscitent ou amplifient l’émotion de ceux qui les regardent.

‘Enchanter les œuvres’, commentera une historienne de l’art au cours d’une fugace rencontre. Bien plus qu’une idée, fût-elle excentrique ou extravagante, ce sera sa voie pour sortir de l’insignifiance. Une façon pour un sans-histoire de s’en fabriquer une.

Mais il ne s’attendait pas à ce que la divulgation de sa marotte bouleverse à ce point son existence et chamboule ses relations avec ses proches. Il se décide à tenir un journal, sorte d’autojustification… pour autant qu’il lui en reste le temps, car il apparaît qu’un Alzheimer précoce le menace.

Voilà certes un bouquin déconcertant explorant un sujet que n’auraient certes pas eu en idée moult romanciers et romancières. Et c’est là ce qui en fait sa singularité. Cela tout en démontrant que Pierre Devriendt possède en lui cet art de mettre en opposition un début de tragédie personnelle et une autodérision nimbée d’énormément d’humour.

‘À mots couverts’, de Pierre Devriendt chez M.E.O.

‘Margarettown’, de Gabrielle Zevin chez fleuve

Combien y a-t-il de Margaret Towne ? Nul ne sait. Il y a celle que rencontre N., un matin dans une chambre universitaire, au sommet d’une pile de matelas. Pour cette Maggie, il éprouve instantanément un amour éperdu.

Il y a celles qui peuplent Margaron, la maison de Margarettown : la vieille Margaret, Marge, Mia, May… Aimer Maggie, c’est aimer toutes ces femmes à la fois.

Celle qui quitte N., un beau jour, par peur, flemme ou désir, ou peut-être rien de tout ça. Et puis il y a la fille de N. et Margaret, Jane, qui cherche un sens à cette drôle d’histoire, à cet amour intense qui emporte tout sur son passage, change les destinées, et se moque bien de la raison…

À la fois conte, mémoire et voyage à travers les multiples mondes d’une femme… Bienvenue dans Margarettown et son univers onirique, insolite, inventif. Un petit bijou littéraire.

On retrouve dans ce récit totalement atypique, tout ce qui fait l’originalité et la force de Gabrielle Zevin : sa manière unique de repousser les frontières de la fiction, son art de l’ellipse, la justesse de ses dialogues et la profonde humanité de ses personnages. Margarettown se révèle une magnifique histoire d’amour pleine de poésie et d’espoir, de celles qui restent en mémoire et qui s’adressent à tous. Original, enchanteur et profondément humain. En fait, une longue histoire d’amour magnifiée par la plume enchanteresse de l’auteure.

‘Margarettown’, de Gabrielle Zevin chez fleuve

‘Le poing armé de Dieu’, d’Hubert Prolongeau chez Seuil Cadre Noir

Dans l’ombre de Joseph Smith, fondateur de l’Église mormone, il y a Orrin Porter Rockwell, l’ami des premières heures devenu garde du corps. Son premier et plus grand fidèle.

Cheveux longs et colt à la main, il est prêt à tout pour défendre l’intégrité du Prophète, quitte à menacer, piller ou tuer. Et qu’importe si cela fait de lui un fugitif, un hors-la-loi… 

Le lien qui l’unit à Joseph dépasse toutes les lois humaines. Il est l’exécuteur de la justice divine, le Poing armé de Dieu.

Un western historique rythmé, aux effluves apocalyptiques, et plein de fureur sur les premières années de l’Église mormone. Un roman entre violence et fanatisme religieux.

Un ouvrage que l’on destinera plus volontiers à un public averti, entendu que l’auteur, pour qui un chat est chat, trempe inlassablement sa plume dans la profonde noirceur d’une encre venue de Chine.

‘Le poing armé de Dieu’, d’Hubert Prolongeau chez Seuil Cadre Noir

‘La joueuse d’échecs’, de Mitra Hejazipour chez Albin Michel

Ce jour-là de l’année 2019, lors du Championnat du monde de Moscou, lorsqu’elle arriva dans la salle, Mitra Hejazipour a eu le courage inouï d’enlever son hijab, ce bout de tissu réglementaire, devant les caméras du monde entier. Un geste ‘inqualifiable’ pour marquer sa résistance aux lois de la République islamique d’Iran.

Ce geste lui a non seulement coûté sa place en équipe nationale, mais également sa carrière dans son pays. Reste que ce geste, il y avait longtemps qu’elle l’imaginait, voulant de la sorte mettre échec et mat l’intégrisme. 

Aujourd’hui citoyenne française, ‘Grand maître Féminin’, Mitra Hejazipour nous raconte sa fulgurante trajectoire qui a tout d’un combat : l’enfance à Téhéran façonnée par le jeu d’échecs qu’elle découvre à 4 ans, son irrésistible ascension de jeune prodige vers les podiums internationaux, jusqu’à son exil en France où sa force de caractère et sa passion de gagner lui ont permis de trouver le chemin de l’émancipation.

Un livre de résilience, un parcours éclatant qui, de Téhéran à Paris, a vu surgir la liberté au bout d’un échiquier.

‘La joueuse d’échecs’, de Mitra Hejazipour chez Albin Michel

‘Tante Dimity et le manoir aux esprits’, de Nancy Atherton chez Verso

Les jumeaux marchent et parlent, et Lori devient folle à force de tourner en rond. Lorsque son ancien patron, Stan Finderman, lui demande de se rendre à Tarrant Hall, dans le Northumberland, pour évaluer une collection de livres, elle saute sur l’occasion.

Lori arrive et découvre un manoir victorien effrayant, avec des tourelles et des tours. Mais ses hôtes, Nicole et Jared Hollander, jeunes mariés, l’accueillent chaleureusement chez eux. Lori examine les livres de la bibliothèque recouverts d’une épaisse couche de poussière et de toiles d’araignées, et y découvre un trésor de lettres d’amour datant de la Première Guerre mondiale, écrites par un jeune lieutenant à sa bien- aimée Claire, la grand-tante de Nicole. 

L’une des lettres fait allusion à un trésor caché quelque part dans Tarrant Hall. Lori est surprise lorsque cette nouvelle semble perturber Nicole plutôt que l’intriguer, et à l’approche de la veille de la Toussaint, Nicole avoue avoir entendu des bruits dans la nuit. Elle veut alors savoir si Lori croit aux fantômes.

Tante Dimity guide Lori vers la découverte des mystères de Tarrant Hall, qui impliquent de vieux secrets de famille et des esprits d’un autre monde, et tout cela s’avère beaucoup plus intéressant que d’évaluer une collection de livres rares.

Déjà un cinquième opus pour la série des enquêtes plus cosy que mystery de Tante Dimity. Ambiance et traditions ‘so british’ sont au rendez-vous de ce nouveau titre qui voit les personnages continuer à évoluer dans une aventure… hantée, pleine de rebondissements totalement imprévus. On apprécie grandement !

‘Tante Dimity et le manoir aux esprits’, de Nancy Atherton chez Verso

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