par Charles Demoulin
27 janvier 2026
Les éditeurs de bandes dessinées nous promettent une année 2026 tout aussi féconde que ne le fut 2025. Pour notre part, nous vous proposerons aujourd’hui quelques bédés venant d’apparaître chez les libraires, mais également l’un ou l’autre parue l’an dernier, à côté desquelles vous auriez pu passer. Et c’eut été dommage !
‘L’origine du chat’, de Philippe Geluk chez Casterman
Ce nouvel opus, le 25e du ‘Chat’, est bien sûr truffé de gags hilarants, de réflexions aussi profondes que désarmantes et d’inventions graphiques plus drôles les unes que les autres. Mais la grande nouveauté de cet album est le récit en planches de bande dessinée – une première pour Geluck – de la rencontre entre l’auteur et son personnage.
Personne ne pouvait imaginer, et Geluck nous en apporte la preuve irréfutable, qu’un héros de BD ait pu exister avant d’être inventé. Et il ne s’agit pas, comme dans certains romans historiques, de mettre en scène la vie d’une personne ayant vécu il y a plusieurs siècles. Non, ici, c’est différent.
Nous apprenons que ‘Le Chat’ est né bien avant 1983, d’un père chat de gouttière et d’une mère siamoise. Nous apprenons également qu’il a été bébé, enfant, puis adolescent, ce que nous ignorions jusqu’ici. Dès ses premières années, il rêve de devenir un jour héros de bande dessinée. Et même si ses gags de jeunesse ne suscitent pas l’enthousiasme de ses camarades, sa détermination est grande, et il se met à rechercher un dessinateur de talent pour lui proposer une collaboration qu’il pressent porteuse de lendemains qui chanteront.
Avec ce 25e tome, Geluk nous propose un album qui se savoure comme du bon vin.
‘Jeune et fauchée’, de Florence Dupré la Tour chez Charivari
Née dans une famille bourgeoise, Florence n’a jamais connu le froid ni la faim. Enfant, l’argent n’était pour elle qu’une idée lointaine, presque exotique, qu’elle retrouvait dans les pages d’Oliver Twist, de Rémi sans famille ou de Princesse Sarah.
À dix-huit ans, tout bascule. Ses parents la laissent se débrouiller seule, elle découvre la dure réalité de la survie, d’abord étudiante cigale, puis mère célibataire et autrice précaire de bande dessinée.
Toujours dans ce registre tragi-comique qui fait sa signature, Florence Dupré la Tour nous livre un récit intime, touchant, profondément humain, aussi drôle que terrible sur les multiples problèmes que rencontrent les jeunes dès qu’ils quittent le foyer familial. Un récit conté en toute franchise. Ce qui, du coup, percute et fait souvent très mal.
‘Rani Lakshmi Bâî, la séditieuse’, de Delalande, Mogavino et Gomez chez Delcourt
Cet album est le dernier volet d’un triptyque consacré à Lakhsmî Bâî. Mais avant tout, petit rappel. Novembre 1853. Nous sommes à Jhansi, petit État d’Inde centrale. Rani Lakshmi Bâî, veuve du raja de Jhansi, fuit vers son destin, avec sa famille et sa suite.
Tout avait commencé à Bithoor, au palais du Peshwâ Baji Rao Il, en 1840. Dans une Inde sous domination de l’Empire britannique, Manikarnika, alors jeune fille de 14 ans, reçoit une plume de paon offerte par un mystérieux étranger monté sur un cheval noir. Ce qui signifie que le maharaja du Jhansi l’a choisie comme épouse. Elle sera rani, ou reine du Jhansi !
Tandis qu’elle s’initie aux rudiments du pouvoir, elle est bouleversée par les brimades contre son peuple et le mépris des Anglais envers les coutumes indiennes. Lorsque le Jhansi, disposant jusque-là d’une relative liberté, est menacé purement et simplement d’annexion, une petite flamme s’allume dans le cœur de la jeune reine. Celle de la sédition. Celle de la rébellion.
Elle devient le symbole de résistance à la colonisation britannique en Inde. Elle est une régente avisée. Elle est une mère résiliente. Elle est une femme forte et intelligente. Elle est une reine de sang !
Mais lorsque les Britanniques refusent de reconnaître son fils comme héritier, la reine Lakhsmî Bâî est contrainte à l’exil. La révolte des Cipayes gronde. Humiliée, mais indomptable, Lakshmì Bâî comprend que l’insurrection est inévitable.
Et en 1858, 72 ans avant Gandhi et sa ‘Marche du Sel’, la rani en sera l’étincelle, ouvrant la voie à l’indépendance… et à l’un des mythes les plus extraordinaires de l’histoire de l’Inde !
À nouveau, on mettra en exergue le trait réaliste à la fois puissant et fascinant de Carlos Gomez, aidé en cela par les coloris de Luca Saponti. Un duo qui porte de bien belle manière le scénario savamment tissé par le duo Arnaud Delalande et Simona Mogavino.
‘Lady Nazca’, de Nicolas Delestret chez Grand Angle
Pérou, dans les années 30. Maria, jeune expatriée allemande, mène une vie paisible à Lima avec Amy, sa compagne. Elle ne se doute pas qu’en suivant l’archéologue américain Paul Kosok, sa vie va basculer.
Dans le désert, elle découvre d’immenses figures tracées dans le sol : les lignes de Nazca. Convaincue qu’il s’agit d’un trésor unique, la jeune femme se lance dans une incroyable aventure scientifique, humaine et spirituelle.
Entre découvertes, obstacles et choix personnels, elle devra faire face à de nombreux défis… et apprendre à suivre sa propre voie. Dans le désert de Nazca, elle va trouver bien plus que le secret des lignes millénaires, elle va se trouver elle-même.
Inspirée d’une histoire vraie, Lady Nazca retrace le combat d’une femme libre et visionnaire face à l’indifférence, l’amour et l’Histoire.
Si le crayon semi-réaliste de Nicolas Delestret peut faire penser que cet album s’adresse à de jeunes ados, le contenu parlera sans nul doute beaucoup plus aux vrais ados et à leurs parents. C’est vrai que cette BD va leur permettre de découvrir ces lignes de Nazca jusqu’ici méconnues de bon nombre de personnes. Ensuite, il y a le précieux dossier qui se trouve en fin d’ouvrage. De plus, un film a été tourné sur les découvertes de cette archéologue devenue de renom qu’était Maria Reiche.
‘Woodstock 69, le concert du siècle’, de Munuera et Toussaint au Lombard
Woodstock : le concert qui a changé le monde ! Jimi Hendrix, The Who, Janis Joplin, Joe Cocker, Joan Baez, Carlos Santana, Jefferson Airplane… Le concert qui est devenu le concert du siècle.
Malgré son nom légendaire, le festival n’a jamais eu lieu à Woodstock, dans l’État de New York. Les organisateurs durent déménager en urgence à Bethel, à environ 100 km. Cela après que les habitants de Woodstock eurent refusé de les accueillir. Ironie du sort, le nom est resté, et Bethel est devenu le site historique de la plus grande fête du rock de tous les temps.
Le festival devait être payant, avec billets d’entrée et barrières de sécurité. Mais dès le premier jour, les organisateurs furent débordés, car des centaines de milliers de jeunes affluaient, grimpant par-dessus les clôtures ou campant sur place. Résultat : impossible de contrôler la foule. Woodstock s’improvisa alors en concert gratuit géant, au grand dam des financiers, mais au bonheur des festivaliers.
Des averses torrentielles transformèrent les champs de Bethel en bourbier. Pourtant, la tempête n’éteignit pas l’esprit du festival. Au contraire : les jeunes partagèrent couvertures, nourriture et abris de fortune. La boue devint presque un emblème, symbole d’une génération soudée par la musique et la solidarité, malgré l’inconfort.
L’affluence dépassa tout entendement : plus de 500.000 spectateurs bloquèrent les routes des environs. Les voitures abandonnées bordaient des kilomètres bitume. Seule solution pour les artistes : l’hélicoptère ! Santana, The Who et même Crosby, Stills, Nash & Young survolèrent la mer humaine pour atteindre la scène juste à temps.
Avant août 1969, Santana n’était qu’un artiste prometteur. Mais sa performance hallucinante à Woodstock, emmenée par un ‘Soul Sacrifice’ incandescent, le transforma instantanément en légende. Le public fut médusé, la critique conquise. Et plus tard, Jimi Hendrix monta sur scène pour un final mémorable : son interprétation saturée et électrique de l’hymne national américain résonna comme un cri contre la guerre du Vietnam. Deux moments parmi tant d’autres pour une génération électrisée. Woodstock venait d’écrire l’histoire du rock.
Tout cela, mais de manière nullement documentaire, vous allez le retrouver scénarisé librement par José Luis Munuera et dessiné via le crayon virevoltant de Kid Toussaint. Un duo qui se sert de Woodstock pour nous conter les péripéties du soldat Grant, de retour du Vietnam, et à la recherche de son amoureuse laissée au pays.
‘Les templiers noirs’, de Stibane et Georges Van Linthout aux éditions du Tiroir
Il y a de cela pratiquement un quart de siècle paraissaient chez Casterman trois ouvrages dont le titre générique était : ‘Les enquêtes Scapola’. Scapola étant un cardinal responsable des services de sécurité du Vatican. Pour résoudre les ‘affaires’, il faisait appel au Père Ludovic, alias Ludo, auquel il adjoignait Alys, sa meilleure enquêtrice. Une fille à la fois spontanée, mais gentiment provocatrice. Pas vraiment de quoi plaire à Ludo. Quant au scénario et au dessin, ils étaient dans les mains des jumeaux Van Linthout : Georges et Luc. Ce dernier mieux connu sous le nom de Stibane.
Or donc, aujourd’hui, le bureau d’enquêtes Scapola reprend du service. En cause, ces drôles d’histoires qui circulent autour d’une vieille abbaye.
Dominé par son abbaye cistercienne en ruine, le village abandonné d’Holmont-les-Quatre-Calvaires traîne une réputation diabolique. Quatre moines envoyés sur place en mission disparaissent mystérieusement.
Alys et Ludo sont à nouveau chargés d’enquêter par le cardinal Scapola. Ce dernier est inquiet : il pressent un grave danger qui pourrait menacer toute la chrétienté.
Des templiers noirs fouillent les lieux sur ordre d’une autorité supérieure. Une légende oubliée, celle d’un pacte satanique scellé par des démons, et l’ombre du sinistre Heinrich Himmler refont surface. Un archéologue amateur, prétendu historien, hante les ruines, creusant et pelletant sans relâche depuis plus de vingt ans.
Templiers noirs, démons, archéologue, mage, dignitaires nazis, moines volatilisés, cardinaux ambitieux… Faire la lumière sur les ténèbres qui entourent Holmont-les-Quatre-Calvaires ne sera pas tâche aisée pour Alys et Ludo, dans ce nouveau cycle d’aventures où le dessin rétro de Stibane colle magnifiquement à ce type de scénario et de personnages.
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