par Charles Demoulin
25 janvier 2026
Un peu de tout cette semaine au programme des nouveautés littéraires. Cela va des romans autobiographiques au polar noir et autre thriller psychologique, en passant par Trieste et l’Arménie. Point commun : ça percute méchamment !
‘Love, Mom’, d’Iliana Xander chez fleuve noir
Mackenzie, 21 ans, a grandi dans l’ombre de sa célèbre mère, E.V. Renge, auteure de thrillers à succès. Alors quand cette dernière meurt subitement dans un accident, Mackenzie hérite de bien plus qu’un deuil.
Or, le jour des obsèques, elle reçoit une étrange lettre qui commence par ces mots : « Tu veux connaître un secret ? Love, Mom.» Dans l’enveloppe, un extrait du journal intime de sa mère. Ce que la jeune femme y découvre la laisse en état de choc.
Mensonges. Manipulations. Meurtres. S’ensuivent une deuxième et une troisième lettre, où s’enchaînent les révélations. Mackenzie comprend que sa mère n’était peut-être pas celle qu’elle croyait, et que sa renommée cache une réalité aussi dérangeante que dangereuse.
Parce qu’il existe des secrets qu’on ne devrait jamais exhumer. Et des vérités pires que la mort.
Incroyable phénomène d’édition outre-Atlantique, ‘Love Mom’ est un thriller psychologique littéralement impossible à lâcher dès lors que l’on commence à suivre Mackenzie dans sa quête de vérité. L’enquête se révèle terriblement addictive et les rebondissements totalement inattendus. Préparez-vous à vivre une tempête émotionnelle dans une tension maximale !
Le genre d’ouvrage noir de chez noir, que l’on dévore et que l’on ne peut quitter, tant la tension monte au fil des pages que l’on tourne. Un vrai régal pour les amateurs du genre.
‘Fille de pute’, de Swann Dupont chez Istya & Cie
Swann grandit dans un de ces villages oubliés de France où la violence sociale rythme le quotidien. L’expression ‘fille de pute’, qu’elle entend depuis l’enfance, lui colle à la peau comme une malédiction.
Plus qu’une injure, c’est un stigmate qui façonne son regard sur les autres et sur elle-même. Adolescente, Swann cherche à exister entre désirs, excès et révoltes. Son corps devient le champ de bataille de son identité : découvertes sexuelles, relations troubles, amitiés intenses où l’amour se mêle à la violence.
Famille absente, repères vacillants : reste une quête solitaire de sens, dans les marges d’un monde indifférent. Mais dans ce chaos, Swann découvre une arme : les mots. Dire l’indicible, reprendre possession de son histoire, transformer l’insulte en cri de liberté.
D’une langue crue, poétique et rageuse, ‘Fille de pute’ raconte la trajectoire d’une jeune femme qui refuse de plier, choisit de se dire plutôt que de se taire. Récit d’une émancipation et d’un transfuge de classe, le roman dresse, en filigrane, le portrait sans fard d’une jeunesse contemporaine, entre survie et désir d’ascension, décidée à s’inventer un avenir hors des cases imposées.
Pour un premier ouvrage, Swann Dupont nous livre d’emblée un roman coup de poing à l’humour grinçant, où une insulte devient une arme, et où une voix blessée se transforme en cri de liberté.
‘L’ange déchu’, de Marty Holland chez Gallimard série noire
Eric Stanton, jeune homme en quête de fortune et voyageur sans billet, se voit contraint de descendre d’un car à Walton, petite ville de la côte californienne.
À peine débarqué, il se réfugie au snack ‘Chez Papa’, où il tombe sous le charme envoûtant de Stella, la serveuse. Cela avant de rencontrer la jeune et riche héritière Emmie Barkley.
Ce qu’il advient ensuite de ce triangle amoureux fait de ‘L’ange déchu’ un petit chef-d’œuvre du roman noir, violent et imprévisible, dans la lignée de David Goodis et James M. Cain.
D’entrée de jeu, les accros aux polars et autres thrillers ressentiront que c’est une gente dame qui est aux commandes de ce récit. Mais, ce qu’ils apprécieront surtout – les plus âgés – c’est de voir les éditions Gallimard rééditer un ouvrage sorti en 1945 sous le titre ‘Le Resquilleur’, et réalisé par la suite pour le grand écran par Otto Preminger. On ajoutera que Mary Hauenstein, alias Marty Holland, était une des premières femmes à se lancer dans le roman noir. Mais tout cela, vous le lirez dans l’excellente préface que Benoît Tadié dédie à cet ouvrage qui garde toujours une pêche d’enfer… noir.
‘La voie devant soi’, de Nina Caprez chez Guérin
En 2019, Nina Caprez est au sommet de sa carrière de grimpeuse de haut niveau. À 33 ans, elle est à deux doigts de réussir l’ascension du Nose en escalade libre. La dernière prise est là. Celle qui libérera la jeune femme de l’obsession de performance qui a envahi sa vie… Mais un pied ripe et sa vie change de direction.
Dans ce premier livre autobiographique, Nina Caprez, star de l’escalade, raconte la passion qui l’a conduite sur les falaises et en montagne, à la poursuite des ‘grandes voies’ et à la rencontre d’elle-même. Jusqu’à ce moment de bascule où, dans les larmes de l’échec, elle prend conscience qu’une autre vie est possible.
La championne d’escalade suisse Nina Caprez se livre et raconte comment elle allie passion de la grimpe et maternité. Lynn Hill, dont l’exploit dans cette même voie avait marqué l’histoire de l’escalade, a été sa complice et signe la préface.
On signalera que diverses photographies illustrent plus qu’agréablement le récit d’une dame qui n’a manifestement pas froid aux yeux.
‘Retour à Trieste’, de Federica Manzon chez Albin Michel
Alma avait fui Trieste pour une nouvelle vie. Contrainte d’y retourner à la mort de son père, la jeune femme, journaliste à Rome, s’est donné trois jours pour régler la question de l’héritage.
Son séjour réveille d’innombrables souvenirs. Les rendez-vous au café San Marco avec son grand-père pour boire des chocolats viennois, dans la plus pure tradition austro-hongroise ; la maison familiale, où Vili, ce ‘frère, ami, ennemi’, lui est apparu pour la première fois ; son père, cet homme fascinant, si souvent parti de l’autre côté de la frontière, dans la Yougoslavie communiste du maréchal Tito.
Mosaïque de cultures et de langues qui coexistaient avant d’entrer en conflit, la ville de son enfance lui apparaît soudain comme son propre miroir : étrangère à elle-même et soumise à tant d’influences. Dont celle de Vili, qu’elle souhaitait ne jamais revoir, et qui est pourtant chargé de lui remettre l’héritage de son père.
Un roman qui explore avec brio et grande dextérité les pièges de la mémoire et du passé, les liens entre l’histoire individuelle et histoire collective, faisant de Trieste le point de départ d’un récit profondément intime et d’une réflexion fascinante sur l’identité et la transmission.
‘La roseraie de Garabed’, de Corinne Zarzavatdjian aux Presses de la Cité
Cet ouvrage qui débute en 1908 et qui se veut l’histoire familiale de l’auteure s’impose comme étant la chronique généreuse d’une famille arménienne exilée à Paris.
Après l’exil, c’est à Paris que la famille Hagopian s’est reconstruite à force de volonté, de travail et d’un amour profond pour sa terre d’accueil. Autour du patriarche Garabed, elle a préservé ses valeurs et son identité arménienne. Mais elle n’oublie pas les massacres qu’elle a dû fuir dans l’Empire ottoman, sous le règne d’Abdülhamid II. Et surtout celle qui pèse par son absence, Rose, la petite-fille de Garabed. C’est, pour le clan, une blessure ouverte.
Un événement va précipiter le départ de Haïk pour Constantinople à la recherche de sa fille, au jeune destin fulgurant. Est-elle morte dans la prison d’Anemas ? Aurait-elle été enlevée par une famille turque ? Haïk devra trouver des réponses à ces questions lors de son voyage. Le voyage de sa vie et celui de tous les siens.
Écrit par une plume aussi colorée que précise, voici un roman bouleversant qui rend hommage à l’âme puissante du peuple arménien établi en France, tout en évoquant le retour aux terres ancestrales. Un roman qui va vous toucher au plus profond de vous-même.
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