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De la BD tous azimuts

par Charles Demoulin

2 décembre 2025

Cette semaine, vous découvrirez nombre d’héroïnes dans les diverses nouveautés que Janette vous propose. Vous voyagerez également dans le temps. Mais vous applaudirez grandement au retour aux affaires de Gil St-André, série phare du catalogue Glénat.

‘Punk à sein’, de Magali Le Huche chez Charivari

À quelques mois de ses 40 ans, Magali apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Mais elle n’a pas le temps du tout : elle doit finir sa bande dessinée ‘Nowhere Girl’, s’occuper de ses filles, continuer ses cours de pilates ! Et puis, hors de question désormais, qu’elle se retrouve comme sa grand-mère, avec un sein-chaussette, à tricoter en écoutant sa petite émission historique.

Entre les mammographies, biopsies et autres rendez-vous médicaux, quand l’angoisse l’immobilise, Joe Strummer apparaît et secoue Magali. Tout comme les Beatles ont pu l’aider à 12 ans, The Clash lui rappelleront qu’elle est bien vivante. Une telle combativité, aucun doute, Magali est bien une punk à sein !

Une bande dessinée autobiographique, sensible et drôle, en dépit de la gravité du sujet. Dans ‘Punk à sein’, Magali Le Huche réalise cet exploit de raconter son cancer du sein, de l’annonce, le 13 décembre 2018, au dernier rendez-vous en décembre 2024. 

Avec une sincérité et une autodérision peu communes, l’auteure use de fantaisies graphiques et montre les multiples émotions qui la traversent. Cela avec le punk comme lien entre une mère et ses filles, comme moteur d’un corps meurtri, et dont l’élan vital irradie tout l’album. 252 pages de fantaisie et de sensibilité. Un véritable cri de vie.

‘Punk à sein’, de Magali Le Huche chez Charivari

‘De Louis XIII à Louis XIV’, de Pécau, Mucciacito, Sapantin chez Delcourt

Proposée en cinq tomes, voici déjà le quatrième volet de cette fabuleuse série dédiée à la couronne de France, et que Jean-Pierre Pécau, aidé par différents dessinateurs pour chacun de ces opus, a lancée en 2024.

Louis XIII dit le juste (1601-1643), même s’il ne l’était pas, aidé de Richelieu, renforce l’autorité royale et combat les protestants. Il meurt en 1643, laissant le trône à Louis XIV. Ce dernier, dit le grand, ou Roi-Soleil, centralise le pouvoir. Son règne marquera l’apogée de la monarchie française et de la monarchie absolue.

Les grands souverains capétiens, tels que Philippe II Auguste, Louis VIII Le Lion, Charles VII le Victorieux ou Louis XV le Bien-Aimé, ont forgé l’identité d’un royaume en pleine transformation. Leurs ascensions ont été rythmées par des croisades, des luttes incessantes contre l’Angleterre et l’Empire germanique, et des intrigues de cour. Mais l’histoire de ces rois n’est pas uniquement celle des victoires. C’est aussi un récit de sacrifices, de batailles perdues et d’une paix toujours éphémère.

La Couronne de France est une BD de Jean-Pierre Pécau qui se distingue par sa précision historique remarquable. Le trait réaliste des illustrateurs met en valeur les costumes, les expressions faciales et les décors médiévaux, plongeant le lecteur dans une époque riche en détail. La palette de couleurs joue un rôle central dans l’atmosphère du récit, alternant subtilement entre des tons chaleureux pour les moments de grandeur et des teintes plus sombres pour les intrigues et les conflits. À noter le remarquable dossier historique présent en fin d’un album exécuté en édition de luxe et avec dos toilé et dorure.

‘De Louis XIII à Louis XIV’, de Pécau, Mucciacito, Sapantin chez Delcourt

‘Les années noires’, d’Etien et Beka chez Dupuis

Avec cet ouvrage, vous allez découvrir le quatrième épisode des aventures de Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, le célébrissime Comte de Champignac, enfanté à l’époque par le génial Franquin, dans les aventures du non moins célèbre Spirou.

Princeton, 1943. Le comte de Champignac est chargé d’espionner ses confrères pour repérer les communistes et les dénoncer au FBI. Pris de remords, il s’acquitte assez mal de cette mission.

Constatant que de nombreux professeurs et étudiants disparaissent du jour au lendemain de l’université, Pacôme alerte Edgar Hoover, le patron du FBI, qui décide de l’envoyer à Los Alamos, au Nouveau-Mexique, où la crème des physiciens tente de mettre au point la bombe la plus puissante jamais imaginée.

Une aventure historico-scientifique passionnante où le comte de Champignac prouve une fois de plus qu’il a été mêlé de près ou de loin à toutes les découvertes et inventions du XXe siècle. C’est vrai que dans l’album vous allez croiser quelques savants historiques, les Einstein, Hoppenheimer, Feynman… Au-delà, force est de reconnaître que cette série est une très jolie réussite.

‘Les années noires’, d’Etien et Beka chez Dupuis

‘La cage dorée’, de Jean-Charles Kraehn et Chrys Millien chez Glénat

Alors qu’ils sont en route vers la Croatie, Gil St André et sa compagne Djida prennent à bord de leur Citroën DS,  une jeune et jolie autostoppeuse anglaise de 19 ans. Son nom :  Abigail Hartford de Beaumont. Elle explique qu’en fait elle fuit sa famille qui entend la marier à l’un des héritiers des Rochmeyer, un fin de race dégénéré et sexuellement déviant.

Alors qu’au départ elle disait se rendre en Sicile, elle décide soudain de suivre Gil et Djida en Croatie. Sortant de son sac une liasse d’argent, elle veut même bien payer le carburant.

Pour Djida, Abigail n’est qu’une intrigante égarée, mais Gil commence sérieusement à se poser des questions, surtout quand le couple est rattrapé par des agents à la recherche de la jeune fille. Ces hommes prétendent qu’Abigail se serait échappée de l’asile et que ses parents, inquiets, la cherchent désespérément.

Dans ce jeu de dupes, qui ment ? Qui dit la vérité ? Impliqués malgré eux dans cette histoire, Gil et Djida vont rassembler petit à petit les pièces du puzzle pour tenter de lever le voile sur la véritable identité d’Abigail. 

Avec une enquête qui se révèle pleine de rebondissements, de suspense et d’humour, cet album marque le retour d’un grand classique de la BD réaliste franco-belge.

‘La cage dorée’, de Jean-Charles Kraehn et Chrys Millien chez Glénat

‘Women of the West’, de Tirburce Oger chez Grand Angle

Tirburce Ogier s’est mis en tête de nous raconter par le truchement de la bande dessinée, ce que fut la conquête de l’Ouest. Quatre albums sur le sujet ont déjà vu le jour. Toutefois, aujourd’hui, en invitant treize dessinateurs de talent, il entend consacrer ce nouvel opus uniquement à ces femmes au parcours incroyable et authentique qui ont été, elles aussi, partie intégrante de cette fabuleuse épopée.

Pionnières, artistes, aventurières ou guerrières, elles ont bravé la solitude, la violence et les préjugés pour faire entendre leur voix dans un monde d’hommes. ‘Women of the West’ dresse le portrait de ces femmes audacieuses, souvent oubliées de l’Histoire, mais essentielles à la construction de l’Ouest américain.

À travers des récits poignants et des illustrations puissantes, cet album met en lumière des destins hors du commun, marqués par le courage, la liberté et la soif de justice. Redécouvrez l’épopée de l’Ouest comme vous ne l’avez jamais lue : du point de vue de celles qui l’ont vécue.

Si les scénarios fournis par Tirburce Oger aux dessinateurs et dessinatrices qui ont participé à l’élaboration de cet album sont instructifs et documentés à souhait, les différents graphismes, pleins de charme et de beauté, font de cet opus une réussite totale.

‘Women of the West’, de Tirburce Oger chez Grand Angle

‘Little England’, de Jean-Claude Van Rijckeghem et Thomas Du Caju chez Paquet

En novembre 1941, la ville de Moulmein en Birmanie, aussi appelée ‘petite Angleterre’, est une contrée lointaine de l’Empire britannique.

Jonathan, 16 ans, fils du commandant de la base aérienne, va à l’école anglaise, mais il est fasciné par la véritable Birmanie, celle des pagodes, de la jungle immense et surtout de sa mère, dont on chuchote qu’elle est une cousine du dernier roi birman.

Mais le Japon attaque Pearl Harbor et la guerre, qui était si loin en Europe, se rapproche dangereusement. Les Anglais ne s’inquiètent pas et préparent la fête de Noël sans vouloir comprendre que les forces nipponnes sont prêtes à fondre sur cette petite colonie de privilégiés.

‘Little England’ est l’histoire tendre et violente d’un adolescent pris dans le tourbillon de l’Histoire et de ses sentiments. Quant aux dessins de Du Cajou, d’un réalisme inouï, ils ne cessent d’impressionner tout au long de ce récit rondement mené.

‘Little England’, de Jean-Claude Van Rijckeghem et Thomas Du Caju chez Paquet

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