par Charles Demoulin
19 novembre 2025
La période de Saint-Nicolas est proche. L’occasion pour Janette de vous proposer quelques titres de bandes dessinées susceptibles de régaler les jeunes de 7 à 77 ans. Des BD qui parcourent toutes les époques, allant de 3000 av. J.-C. à nos jours, en passant par l’Empire romain, le moyen âge, la Révolution française, le Japon des samouraïs, ou, encore, en nous embarquant sur le Radeau de la Méduse ou en nous contant l’incroyable histoire du crâne de René Descartes.
‘Corsica’, de Marc Bourgne et Laurent Libessart chez Casterman
Férus de la bande dessinée de Jacques Martin et de son héros Alix l’Intrépide, c’est tout naturellement que Laurent Libessart et Marc Bourgne ont décidé d’imaginer les aventures d’un Alix encore jeune gamin. Une idée qui a fait son chemin, mais qui, surtout, a plu aux accros de maître Martin puisque vient de sortir le cinquième volet de ‘Alix Origines’.
Cette fois, c’est en Corse que notre tout jeune Alix, fils d’Astorix, un chef de clan celte, va faire halte. Une halte durant laquelle il aidera, avec ses compagnons de route, une jeune bergère à rejoindre non seulement son village, mais aussi à déjouer un incroyable complot visant tout spécialement Marius.
Marius, un jeune garçon de 10 ans, est envoyé par son père, le gouverneur Calenus, à Gênes pour étudier. Il voyage sous la protection d’Astorix et de son fils Alix. En chemin, leur navire est pris dans un ouragan et l’équipage est contraint de se réfugier sur la côte corse, ravagée par un incendie. Sur la plage, ils rencontrent Catalina, une jeune bergère séparée de son village à cause du feu.
Elle refuse d’abandonner sa terre. Alix décide de l’aider à retrouver sa famille. Marius, malgré les dangers, insiste pour les accompagner, obligeant Astorix et ses hommes à les suivre. Leur périple les confronte à un paysage dévasté, une nature hostile et des obstacles de plus en plus périlleux dont le préteur de Corse Sulburnus. Un être peu scrupuleux qui, apprenant la présence de Marius sur l’île, envoie un détachement de soldats avec pour consigne de le capturer et ainsi de faire pression sur son père.
Scénario et dessins semi-réalistes toujours d’une incroyable efficacité. Cette série a encore de beaux jours devant elle.
‘Les Neronia’, de Jean Dufaux et Jérémy chez Dargaud
Avec ‘Les Neronia’, Jean Dufaux et Jérémy entament le quatrième et dernier cycle de la saga de ‘Murena’. Après l’intermède exercé par Theo Caneshi, c’est au tour de Jérémy de prendre en charge le dessin, lui qui avait été formé par Philippe Delaby, le cocréateur de la série.
Sur fond de complots, de trahisons et d’ambitions dévorantes, Murena met en scène une vision sans concession de l’Antiquité romaine, plus proche de ce que fut sa réalité quotidienne. Le graphisme de Jérémy, d’un réalisme parfait, excelle autant pour décrire Rome et sa campagne avoisinante que pour nous faire ressentir les émotions et les pensées les plus secrètes des personnages de cette fresque historique puissante, portée par le scénario riche en rebondissements de Jean Dufaux.
À Rome, le peuple est inquiet. La conspiration avortée de Pison, le grand incendie qui a ravagé la cité durant plusieurs jours… Autant d’événements qui ont porté atteinte à la popularité de Néron. Tigellin suggère à l’empereur d’organiser des jeux, les Neronia, afin de détourner l’attention et de faire applaudir son ‘talent’ de poète dont nul n’est dupe.
Pendant ce temps, et tandis que l’Hydre, cette guerrière mystérieuse, voit son influence grandir dans les cercles du pouvoir, Lucius Murena reste un homme traqué. Mais il n’hésite pas à s’introduire auprès de Néron, au cœur du volcan, pour lui rappeler que leurs destins sont liés et qu’il doit prendre garde. Car Néron n’est qu’un homme. Et les dieux détournent parfois leurs regards des hommes, même des empereurs…
Que dire, sinon un nouveau sublimissime moment de BD où scénario et graphisme font de cette saga un monument d’exception ?
‘Jérusalem T1’, de Jean-Pierre Pécau et Alexandre Jubran chez Delcourt
Ce duo, aidé par Bertrand Denoulet aux coloris, nous propose, en trois volumes, l’histoire antique et épique de l’une des cités les plus fascinantes et emblématiques au monde. Sion, Jérusalem, Al-Qods. Fondée vers 3000 av. J.-C. cette cité abrite des lieux sacrés des trois religions du Livre : le Mur des Lamentations, le Saint- Sépulcre et la Mosquée Al-Aqsa.
Cet opus s’avère le premier tome d’une ambitieuse trilogie consacrée à la naissance de cette cité millénaire, l’une des plus illustres créées par l’Homme.
Il est indéniable que cette trilogie, superbement documentée, va sans nul doute nous aider à mieux comprendre non seulement le début historique de ce peuple, mais sans nul doute les raisons de ce conflit qui a abouti à ce qui fait aujourd’hui une actualité plus qu’incendiaire.
Côté scénario, Jean-Pécau, qui fut professeur d’histoire, a pour obsession la minutie et l’authenticité de ses scénarii. Quant au dessinateur brésilien Alexandre Jubran, il tient, tout comme son scénariste, à fournir rigueur et précision dans cette ambitieuse fresque historique pour le moins très instructive et spectaculairement mise en images.
‘La tête de mort venue de Suède’, de Daria Schmitt chez Aire Libre/Dupuis
Cette histoire débute dans les années 1930, période de crise et de ‘vaches maigres’, lorsque le crâne de René Descartes, trésor de la collection de Georges Cuvier, déambule parmi les squelettes de la galerie d’Anatomie comparée au Jardin des Plantes. Cela en attendant son transfert au musée de l’Homme. Mais après sa trop longue histoire, il est en proie à une grave crise d’identité : le doute dont il avait fait un outil infaillible le ronge, et il n’est même plus certain d’être qui il est.Autour de lui, les reliques animales s’animent elles aussi et, pour solder un contentieux vieux de trois siècles, entrent en dialogue avec le théoricien de ‘l’animal-machine’, chacune selon sa personnalité. C’est donc une enquête qui commence, ou plutôt une maïeutique conduite de main de maître par la grande baleine bleue. Il faut aider le crâne à y voir clair, reconstruire son passé et, pourquoi pas, le faire revenir sur certaines théories erronées !Après ‘Le bestiaire du crépuscule, Daria Schmitt prolonge son exploration des grands mythes et livre avec ‘La tête de mort venue de Suède’ une nouvelle œuvre puissante et magistrale pour la très prestigieuse collection ‘Aire Libre’.
Incontestablement un titre qui va trouver place au pinacle de la BD, non seulement suite à l’inventivité du scénario, mais également grâce à un dessin tout bonnement spectaculaire.
‘L’Ogre – acte 1’, de Jean Dufaux et Juan Luis Landa chez Glénat
1427. Le Pays de France est ravagé par la guerre de Cent Ans qui oppose Français et Anglais, Armagnacs contre Bourguignons. Les Anglais ont pris l’avantage et occupent la moitié du pays. Ils se sont installés à Paris où la reine mère, Isabeau de Bavière, leur fait bon accueil. Son fils, le dauphin Charles VII, s’est réfugié à Chinon où il tente d’organiser la résistance contre l’envahisseur pour tenter de reconquérir les territoires perdus.
Dans ce pays en proie à la famine, à la guerre et aux pillages, un tueur, talonné par la faim et le goût des carnages, profite du désordre général pour occire femmes et enfants sans pitié. On le surnomme ‘l’Ogre’. Charles VII doit agir et charge son capitaine, Guillaume de Blamont, de le retrouver pour mettre fin à ses exactions.
Pendant ce temps, l’Ogre continue de tuer jusqu’à ce qu’il tombe sur une apparition : une jeune femme qui ne semble pas le craindre et devant laquelle il mettra, enfin, genou à terre. Son nom est Jeanne d’Arc. Elle se prépare à rejoindre le dauphin à Chinon. L’Ogre attachera ses pas à ceux de Jeanne. La protégeant, il y trouvera sa rédemption.
Alors que le destin les conduit devant la cour royale, l’Histoire de France se prépare à basculer… Une histoire que puise Jean Dufaux dans les fondements de la guerre de Cent Ans. Un Dufaux qui confirme à nouveau ses immenses talents de conteur, mais aussi de passionné pour tout sujet historique. Quant aux dessins de Juan Luis Landa, ils démontrent la possibilité que possède ce dessinateur d’y aller de plans larges, de cadrages et de découpages à couper le souffle.
‘Pornic’, de Fourquemin et Hautière au Lombard
Dernier volet de cette série en cinq opus que les auteurs consacraient à quatre ados plongés dans les tourments de la Révolution française, ce volume nous emmène à Pornic, le 22 mars 1793.
Alors que la ville tremble sous la menace des cohortes royalistes, Titor part en mission au côté d’un bataillon de quatre cents soldats républicains pour récupérer huit tonneaux de blé, et permettre à la ville d’éviter une famine qui se révélerait désastreuse pour les civils comme les militaires.
Resté à Pornic, Pince-Mitraille assiste à la prise de la ville par les royalistes. Alors qu’il tente d’échapper une nouvelle fois à Lambert, tous deux sont faits prisonniers et emmenés chez le marquis de Valoire pour être interrogés. C’est là que, grâce à Pince-Mitraille, Léocadie et Mélina, le jeune capitaine de Valoire découvre toute l’étendue de la traîtrise de son père. Confrontera-t-il celui-ci pour sauver sa jeune cousine, ou bien laissera-t-il les machinations du noble cupide se poursuivre ?
De son côté, Titor, qui espère toujours retrouver Pince-Mitraille à Pornic, tente avec les derniers fragments du contingent républicain de reprendre la ville. Un élan d’audace qui risque bien d’être couronné de succès. Mais pour combien de temps encore ? Car la guerre de Vendée ne fait que commencer, et le nouveau chef des troupes royalistes de Machecoul, François Athanase Charette de La Contrie, semble prêt à tout pour arriver à ses fins.
Alors que se terminent les aventures de nos jeunes héros emportés par le tourbillon de l’Histoire, les auteurs livrent une conclusion dense, documentée et captivante à ce récit niché dans un pan méconnu de la Révolution française. Tout cela complété d’un riche dossier sur les événements de la bataille de Pornic, ainsi que sur les grandes figures qui font leur apparition dans ce dernier tome.
‘L’Oubliée du Radeau de la Méduse’, de Gilles Cazaux et Thierry Soufflard chez Marabulles
Coup de projecteur sur l’unique femme du ‘Radeau de la Méduse’, toujours restée dans l’ombre.
Inspiré de faits réels et du célèbre tableau de Géricault présenté au Louvre en 1819, ce récit retrace l’épopée dramatique des survivants de la frégate ‘La Méduse’, échouée au large de l’actuelle Mauritanie.
Entre tempêtes, mutineries et actes de bravoure, suivez le destin bouleversant de Blanche qui lutte pour survivre sur ce radeau de fortune au milieu de l’Atlantique. Une fresque humaine poignante racontée par la voix d’un survivant où se mêlent espoir et barbarie dans un huis clos maritime qui interroge les limites de la morale et de l’humanité.
Une manière totalement différente d’étudier dans ses moindres détails cette œuvre majeure à caractère dramatique de la peinture du XIXe siècle qui rompt de manière plus que nette, avec l’ordre et la quiétude de la peinture néo-classique. Aujourd’hui, cette œuvre compte parmi les plus admirées du romantisme français.
À mettre en exergue le dessin de Gilles Cazaux fait pour donner plus de puissance encore à un récit fait pour mettre en évidence le rôle de Blanche. Ce qui en a parfois modifié la véracité. Un album découverte qui mérite en tous points le détour.
‘Le Trépassé de Kermellec’, de Patrice Pellerin chez Quadrants
Parus entre 1994 et 2006, ces 6 tomes, qui rejoignent le catalogue Delcourt, et le second cycle, totalisent plus de 850 000 exemplaires vendus.
Avec une rigueur scientifique, Patrice Pellerin veille à l’authenticité historique en s’appuyant sur les savoirs de spécialistes des arts et des techniques du XVIII siècle. Auteur discret et passionné, il réussit le tour de force de trouver le point d’équilibre entre un feuilleton haletant et une fidélité historique avérée.
Nous sommes en 1741. Le corsaire Yann de Kermeur se rend au domaine de Kermellec pour un rendez-vous tardif. À peine arrivé, des cris l’attirent dans la chapelle où il découvre le comte mortellement blessé. Yann recueille ses dernières paroles, une statuette aztèque, un mystérieux portrait…
Soudain, un groupe de villageois surgit, prenant le corsaire pour le meurtrier. ‘L’Épervier’ vient de tomber dans un funeste traquenard. Réussissant à se sauver grâce à l’intervention de la comtesse, pourtant petite-fille du défunt, il voit son navire réquisitionné par le commissaire de la Motte et son équipage mis aux fers.
Grand classique de la BD ayant pour toile de fond le grand large, cette série est faite pour plaire à tous ceux et celles qui aiment respirer l’iode marin… et la beauté des dessins que signe Pellerin.
‘Le Samouraï Rouge’, de Jarry et Vax chez Soleil
Avec ‘Terres d’Ynuma’, les éditions ‘Soleil’ lancent une nouvelle série d’heroic fantasy d’inspiration asiatique dont le premier cycle est prévu en cinq albums qui seront toutefois indépendants les uns des autres.
Quand l’une des cloches du temple Dobushi résonne sur Ynuma, la prêtresse Mei-Jen et le légendaire samouraï rouge se mettent en chasse pour exorciser les esprits égarés et trancher les démons.
Au fil des saisons, Mei-Jen et Zhao traquent les esprits tourmentés qui franchissent le Voile. De l’automne aux marais hantés, à l’hiver glacial des montagnes d’Onna, en passant par les brumes perfides du printemps, leur quête les mène aux confins d’Ynuma.
Mais sous la chaleur implacable de l’été, Zhao devra affronter un ennemi plus redoutable encore : son propre passé.
Nicolas Jarry a la bonne idée de sortir des sentiers battus lorsqu’il s’agit de s’attaquer à l’univers des samouraïs, de leur code d’honneur et de leur époque. Une époque qui perdura pendant près de 700 ans. C’est-à-dire du XIIe à la fin du XIXe. Ce premier opus laisse augurer des lendemains qui chantent à cette nouvelle saga. D’autant que le dessin de Vax, est non seulement soigné et dynamique à souhait, mais également d’un esthétisme qui magnifie plus encore l’ensemble.
‘Premières fouilles’, d’André Taymans et Giorgia De Salvo aux éditions du Tiroir
Avec cet album, André Taymans offre un préquel à sa série ‘Eden’ et continue de revisiter, à travers les aventures de l’arrière-petite-fille du professeur Challenger, ‘Le monde perdu’, roman emblématique d’Arthur Conan Doyle. Pour cet album, il cède les pinceaux à une jeune dessinatrice italienne, Giorgia De Salvo.
Juillet 1967. La jeune Kathy Malone, arrière-petite-fille du célébrissime professeur Challenger et petite-fille du non moins célèbre journaliste Edward Malone, débarque à Madagascar pour effectuer un stage de vacances sur un champ de fouilles paléontologiques dirigé par le professeur Mulligan.
Celui-ci, se basant sur le carnet de bord d’un éminent confrère décédé, espère mettre à jour un important cimetière de dinosaures. Mais peu de temps après l’arrivée de Kathy, le précieux carnet de bord est dérobé et les catastrophes s’enchaînent, plongeant la petite communauté scientifique dans l’angoisse.
Pour les amateurs d’André Taymans, c’est du Taymans pure souche, avec, ci et là, son héroïne qui aime s’exhiber poitrine dénudée. Mais il est vrai que c’est bien joli à regarder, même si cela n’apporte rien au scénario.
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