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Dans les rayonnages de chez Dargaud

par Charles Demoulin

3 novembre 2026

Depuis 1943, la célèbre maison d’édition française créée par Georges Dargaud en 1936, s’est tournée vers la bande dessinée… au plus grand bonheur des amateurs des héros de papier qui virent arriver des incontournables comme Astérix, Blake et Mortimer, le Lieutenant Blueberry, Achille Talon, la Rubrique-à-Brac, XIII, Blacksad, Murena… et même Lucky Luke, venu de chez Dupuis.

‘XIII Trilogy : Sheridan – Sept jours en août T1’, de Jean-Pierre Pécau et Colin Wilson

William Sheridan s’est lancé dans la campagne présidentielle américaine avec des ambitions réformatrices qui dérangent certains intérêts, à commencer par des banquiers et des membres de la NRA (National Rifle Association of America).

En coulisses, des politiciens décident alors d’employer la manière forte pour faire pression sur lui. Ils organisent l’assassinat d’un jeune Noir de Harlem par deux policiers véreux. Ce qui provoque des émeutes raciales à travers le pays, susceptibles d’effrayer la population blanche et de l’inciter à rejeter un progressiste tel que Sheridan. Refusant d’édulcorer son programme, celui-ci demande à un ami de jeunesse, Tim Kowalski, de remonter la piste des deux tueurs présumés.

La série ‘XIII Trilogy’ poursuit la saga XIII avec une succession de trilogies consacrées à des personnages clés de la série de Jean Van Hamme et William Vance. Après le major Jones, c’est au tour du clan Sheridan de bénéficier d’un éclairage inédit avec ce retour en arrière sur la destinée de William, le frère aîné, inspiré par John Kennedy.

‘Sept jours en août’, qui peut être lu sans qu’il soit nécessaire de connaître la saga originelle, est un authentique polar mené à un rythme endiablé. Son charme réside autant dans la personnalité originale de Kowalski et dans le duo improbable qu’il forme avec un flic, vague sosie de l’acteur Walter Matthau, que dans le graphisme réaliste de Colin Wilson, qui nous plonge dans un New York cradingue et dangereux évoquant la ville des années 70.

Voici donc le premier volet d’une trilogy qui se veut aussi actuel que réaliste, et dont on attend la suite avec une impatience non dissimulée. Et ce même si le graphisme de Wilson se détache fortement de celui de ceux qui ont œuvré sur les diverses déclinaisons de XIII.

‘XIII Trilogy : Sheridan – Sept jours en août T1’, de Jean-Pierre Pécau et Colin Wilson

‘XIII – So Help Me God ! T30’ d’Yves Sente et Iouri Jigounov 

Au petit jeu du chat et de la souris, Jason Mc Lane, alias XIII, est sans égal. Dans la partie d’échecs qui se joue pour conserver le pouvoir aux États-Unis, il est tout sauf un pion. Mais entre les tentatives d’assassinat orchestrées par le président Thomas Allerton, la volonté de son épouse Janet Fitzsimmons de le propulser vice-président, et les documents compromettants récoltés à Moscou avec lesquels il doit jongler, Mc Lane a fort à faire. 

Il dispose toutefois d’un atout de poids : la puce implantée dans son cerveau par la Fondation Mayflower a été désactivée. Peu de gens savent qu’il n’est plus le pantin de l’organisation ultraconservatrice. Il a donc les mains libres, mais seulement quatre jours devant lui, pour infiltrer les plus hauts sommets de l’État et sauver la démocratie américaine.

Nouveaux rebondissements dans la saga ‘XIII’. Commencé au tome 20, le deuxième cycle de la série concernant la Fondation Mayflower, ce mouvement d’extrême droite qui s’est emparé du pouvoir aux États-Unis, prend un tour nouveau. En effet, la méfiance grandit entre Janet Fitzsimmons, la présidente de la Fondation, et Thomas Allerton, le président américain, placé par ses soins.

Persuadée que la puce implantée dans le crâne de XIII fonctionne toujours, l’épouse de Jason Mc Lane veut installer celui-ci à la vice-présidence, en attendant mieux. Allerton n’est pas dupe et considère ce futur rival comme un homme à abattre.

Faisant croire qu’il est toujours la marionnette de la Fondation Mayflower, Jason peut alors travailler en sous-main à la chute de cette dernière, pour redonner à la démocratie américaine son éclat.

Porté par le dessin toujours impeccable de louri Jigounov, le scénario d’Yves Sente entremêle fiction et réalité comme jamais. Et on n’est pas loin de penser que les intrigues de XIII offrent un avant-goût de ce qui se passera sous peu au pays de l’Oncle Sam.

Premier volet d’un diptyque dont le titre sera ‘Trois présidents en trente minutes’, il est incontestable que ce numéro 30 de série XIII puise son scénario dans une actualité pour le moins aussi chaude que versatile venue d’outre-Atlantique

‘XIII – So Help Me God ! T30’ d’Yves Sente et Iouri Jigounov 

‘Blake et Mortimer – Affaires classées’, par un collectif de scénaristes et de dessinateurs

Le 26 septembre 1946 déboulait, dans les pages du Journal Tintin, un duo de Britanniques qui allait révolutionner le monde de la bande dessinée. Un militaire blond, moustache vivace, cravate kaki et trench-coat beige, et un scientifique barbu, mèche rousse et rebelle, nœud papillon et pardessus vert, vont œuvrer, main dans la main, au service de la Couronne. Leur objectif : préserver les valeurs du ‘monde libre’ et le mode de vie occidental face aux multiples menaces qui les assaillent.

Quatre-vingts ans plus tard, et près de 40 ans après la mort de leur créateur, Edgar P. Jacobs, Francis Blake et Philip Mortimer font mieux que toujours être là : ils sont des icônes de notre paysage culturel. Forte de 31 albums, dont plus de la moitié confectionnée par des auteurs ayant repris le flambeau après la disparition de Jacobs, la série est un incontournable de la BD.

Il n’est donc pas question de laisser ce vieux couple toujours vert souffler discrètement les 80 bougies d’un très gros gâteau ! Pour ce faire, en plus des rééditions des aventures de Blake et Mortimer en version ‘Journal Tintin’, un collectif a été formé afin de les célébrer dans un livre très particulier, qui constitue une grande première. Il fallait bien ça pour fêter les noces de chêne du célèbre duo.

Sous le titre ‘Affaires classées’, dix histoires inédites de six pages chacune révèlent des parties encore immergées de l’univers de Blake et Mortimer. Les auteurs invités avaient pour mission de donner corps à des personnages croisés par les héros de Jacobs au cours  de leurs aventures ‘classiques’.

La couverture de cet objet unique est signée Antoine Aubin, dessinateur du second tome de ‘La Malédiction des trente deniers’, de’ L’Onde Septimus’ et de ‘Huit heures à Berlin’.

Outre tous les scénaristes et autres dessinateurs qui se sont attachés à perpétuer l’œuvre de Jacobs, lcette BD offre aussi à de nouveaux auteurs de proposer leur vision de Blake et Mortimer. C’est notamment le cas de Jérôme Félix et de Guénaël Grabowski qui nous livrent : ‘Un destin inattendu’, ou si vous préférez, la rencontre de Francis Blake et de… Virginia Campbell.

Un album qui multiplie les clins d’œil à un Edgard P. Jacobs qui n’aurait certes pas renié la paternité de ces dix petites affaires pour le moins captivantes à souhait, et dessinées chacune sous le sceau de cette ‘ligne claire’ devenue intemporelle et que pratiquait Jacobs au début des années 1950. 

‘Blake et Mortimer – Affaires classées’, par un collectif de scénaristes et de dessinateurs

‘Umami’, de Willy Ohm

Passer son temps à surprendre les maris infidèles, ça donne soif. Déambulant dans la nuit tokyoïte, Tabako enrage de ne plus avoir une goutte de whisky pour se rincer le gosier. L’invitation du restaurant éphémère Umami qu’il vient de recevoir, avec alcool à volonté, est donc une bénédiction pour le détective privé. Mais une fois attablé face à une bouteille de Nika Black, douze ans d’âge, Tabako n’en croit pas ses yeux.

Autour de lui, les clients s’écroulent les uns après les autres, foudroyés par la soupe de ramen qu’on vient de leur servir. Qui a cuisiné ce plat aussi délicieux que fatal ? C’est la question à laquelle le détective veut répondre, par une enquête qui expliquera peut-être aussi le décès de sa fille, cheffe talentueuse.

Oubliez Los Angeles et Humphrey Bogart. Willy Ohm montre avec ‘Umami’ que Tokyo a aussi son mot à dire dans l’univers des détectives privés. Et puisque la BD fait partie de la collection ‘Cantina’, l’art culinaire est forcément au centre de son intrigue. Dès le titre de l’album, les premiers jalons de cette enquête dans la capitale japonaise sont posés. L’umami est en effet considéré par les scientifiques comme la cinquième saveur, avec le sucré, le salé, l’acide et l’amer. Willy Ohm en fait un goût secret, addictif et potentiellement létal, comme la pire des drogues.

Dans le restaurant où se rend Tabako, l’umami est ainsi utilisé comme une arme. Servie par un dessin où l’influence d’Akira Toriyama fait plaisir à voir, l’enquête pour découvrir quel cuisinier se cache derrière ces recettes mortelles se situe en 1986, dans un Tokyo de jeu vidéo, où les personnages ne sont pas tous humains.

Loufoque, drôle, aux couleurs acidulées, le récit n’en a pas moins tous les caractères du roman noir. Et c’est ce contraste réjouissant qui en fait toute sa saveur. 168 pages où le dessin Willy Ohm va tout d’abord vous surprendre avant de vous régaler. Et ce d’autant plus que l’histoire se révèle un polar totalement délirant. Bref, une BD qui récrée et qui nous extirpe de ce climat anxiogène dans lequel nous vivons actuellement.

‘Umami’, de Willy Ohm

‘URSS 89 – Les tribulations d’un étudiant étranger en Union soviétique’ de Youssef Daoudi

Au printemps 1989, Youssef Daoudi, 19 ans alors, débarque à Moscou pour y poursuivre ses études. Trente-cinq ans plus tard, l’auteur nous conte ses tribulations dans ce qui s’appelait encore l’Union soviétique.

Outre sa passion pour le dessin et le cinéma, ses amours contrariées et l’incroyable effervescence culturelle, il décrit, toujours avec humour, le marché noir, les queues devant les magasins vides, la décrépitude du régime, la tache sur le front de Gorbatchev, le coup d’État avorté de 1991 et l’ascension fulgurante de Boris Eltsine. Le jeune étudiant pensait suivre paisiblement ses études et voilà qu’il assiste à un moment d’Histoire.

Au fil de cette carte postale de cent cinquante pages, Youssef Daoudi égrène ses souvenirs, pour former le kaléidoscope d’une époque. Il raconte avec truculence et nostalgie : la vie au foyer, la cantine soviétique, les bobos de santé, l’étouffante organisation du Parti, les restrictions, le décalage culturel, le fatalisme et l’incroyable résilience des Russes !

L’histoire aurait pu s’arrêter là, car vivre le quotidien des habitants de l’Union soviétique est une expérience en soi. Mais le hasard voulut que l’auteur soit à Moscou en 1991. Daoudi se fait alors chroniqueur historique, décryptant la tentative de coup d’État et partageant l’angoisse des Moscovites qui voient débouler les chars dans leur ville.

Au bon endroit au bon moment, Youssef Daoudi livre donc avec URSS 89 un récit précieux à plus d’un titre, témoignage d’une période et d’événements qui ont façonné la Russie d’aujourd’hui.

Une autre manière de se forger une opinion sur cette époque charnière que connut une Union soviétique en totale mutation. Si c’est souvent drôle, le ressenti de l’auteur baigne totalement dans la nostalgie.

‘URSS 89 – Les tribulations d’un étudiant étranger en Union soviétique’ de Youssef Daoudi

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