par Charles Demoulin
25 octobre 2026
Si nombre de villes ou de pays vous sont bien connus, le voyage littéraire que Janette vous propose aujourd’hui va tout d’abord vous emmener au bout du bord du monde, là où se situent les frontières de la raison.
‘Une lumière dans la brume’, de Juliette Sachs chez Eyrolles
Aujourd’hui est un grand jour : Charlotte rouvre les portes du Manoir des Brumes, hôtel jadis prestigieux laissé à l’abandon pendant des années.
Mais la renaissance de la demeure est aussi celle de sa propriétaire. En s’investissant corps et âme dans cette nouvelle entreprise, Charlotte espère mettre de la distance entre elle et ses souvenirs.
Hélas, dès les premiers jours d’ouverture, tout joue contre elle : non seulement certains des clients se montrent franchement casse-pieds, mais bientôt, les vols inexpliqués se multiplient, et des chuchotements étranges résonnent dans les couloirs. Que se passe-t-il dans cette vieille bâtisse ?
Charlotte doit-elle recommencer à se méfier de menaces qu’elle croyait avoir laissées derrière elle ? Maxime, son grincheux, mais ingénieux cuisinier, sera-t-il capable de l’aider ?
Une lecture bien construite, sans temps morts, axée sur un nouveau départ, et qui vous aidera à passer agréablement ces longues soirées d’automne qui sont désormais à nos portes.
‘Au bord du monde’, de Bernard Weber chez Albin Michel
Combien de personnes doivent croire au même mensonge avant qu’il ne devienne la nouvelle réalité ? C’est la question que se pose Lucien Loiseau, journaliste scientifique, lorsqu’il décide d’écrire un article sur le phénomène du platisme.
Mais dans une société où règnent les réseaux sociaux, les influenceurs et l’IA, son enquête prend un tour inattendu et l’entraîne bientôt au bord de ce nouveau monde, là où tout peut basculer…
À travers les aventures surprenantes de son héros, Bernard Werber nous emmène dans un voyage vertigineux aux frontières de la raison. Un voyage qui questionne sur l’absurdité de notre monde d’aujourd’hui où nombre de vérités, d’une logique implacable, se trouvent plus que largement bafouées.
‘La fierté de la famille’, de Philipp Oehmke chez Belfond
Contrairement à son mari Harry, Ruth Schönwald a toujours pensé que toutes les émotions ne sont pas bonnes à dire et que certains problèmes sont bien mieux lorsqu’ils sont enfouis sous le tapis. Elle a même construit sa vie ainsi.
Alors certes, Ruth a quelques regrets. Elle aurait pu faire carrière, elle a préféré se consacrer à sa famille. Les enfants sont devenus adultes, son mari est toujours à ses côtés, elle a de quoi être fière.
Aujourd’hui tout particulièrement, Ruth est en joie : la benjamine ouvre une librairie ‘queer’ à Berlin et tout le monde a fait le déplacement pour l’inauguration, même Chris, leur fils aîné, venu de New York où il est professeur.
Ruth est comblée. Que pourrait-il arriver ? L’harmonie sera forcément totale. À moins que tous les non-dits accumulés depuis des années ne fassent exploser la cocotte-minute familiale.
C’est le journal allemand ‘Die Zeit’ qui, commentant cet ouvrage, concluait : « Voici enfin le grand roman social allemand contemporain qu’on attendait depuis si longtemps sans jamais le voir venir. » Un roman-fleuve qui entre profondeur et causticité, se veut une véritable découverte pour les lecteurs. Un récit qui se présente également comme étant la première œuvre de fiction écrite par Philipp Oehmke.
‘Plus fort que le silence’, d’Erik Pilardeau, Eddie Alvarez avec Erwan Denys chez City
Il suffit parfois d’une goutte de salive pour faire basculer deux destins. Erik Pilardeau est né dans les
Ardennes. Eddie Alvarez a grandi au Texas. Rien ne prédisposait ces deux hommes à se rencontrer. Mais cela jusqu’au jour où un test ADN leur révèle l’impensable : ils sont frères.
Nés sous X, séparés par un océan de secrets, ces deux enfants au passé inconnu sont devenus des adultes désireux de comprendre leurs origines. Soixante ans plus tard, la vérité éclate. Mais comment construire son histoire quand elle n’est faite que de silences ?
Entre déboires administratifs, fausses pistes et refus légaux, ce témoignage vibrant retrace le parcours du combattant de deux frères pour arracher leur identité à l’oubli. À travers leur quête intime, c’est la voix de milliers d’enfants nés sous X qui résonne.
Le silence a toujours été une histoire. Alors, je vous souhaite la bienvenue dans l’histoire de ces deux frères, l’un vivant dans les Ardennes et l’autre au Texas. Deux frères qui se rencontrent pour la première fois après soixante ans. Un récit aussi beau que bouleversant, et surtout empreint d’intenses émotions.
‘juments éreintées’, de Bibiana Collado Cabrera chez La Place
Paru en 2023 et réimprimé à sept reprises, ‘Juments éreintées’ a connu un succès fulgurant en Espagne.
Ce n’est pas un récit de transfuge de classe de plus, car même si on pense à Annie Ernaux ou à Édouard Louis, Bibiana Collado Cabrera renouvelle le genre par son humour mordant, son sens aigu de l’autodérision et son ancrage dans l’Espagne populaire contemporaine.
Beatriz est docteure en littérature et entend encore la voix de sa mère lui dire qu’une honnête femme ne se plaint pas… surtout quand elle a ses règles. Elle a longtemps vécu avec Pedro, professeur d’université, progressiste en apparence, sans toujours nommer ce qui se passait : contrôle, humiliation, manipulation par petites touches.
Héritière du monde ouvrier et rural, son corps, sa langue et ses ambitions sont sans cesse disqualifiés par la société, par la culture, par ceux qu’elle aime.
Ce que Bibiana Collado Cabrera apporte de singulier, c’est de faire de la fatigue une catégorie politique : épuisement du corps au travail, épuisement psychique dans le couple, épuisement du récit lui-même : répétitions, fragments, motifs récurrents donnent l’impression d’un continuum de fatigue.
Ancrée dans une sensibilité millennial très marquée (crise post-covid, Camela, Estopa, Rosalia comme marqueurs de classe et de génération), elle parle aussi de ce que la littérature européenne n’a presque jamais
raconté de l’intérieur : la migration des populations du sud de l’Espagne vers Valence et la Catalogne, une identité composite, déracinée, plurilingue.
Outre le prix de l’ascension sociale, les fallas, fêtes populaires célébrées à Valence, outre le personnage de Camela, le patriarcat, ou encore le capitalisme, cet ouvrage s’ingénie à décrire, tout ce que la société fait subir au corps des femmes
‘Ce que dit le silence’, de Françoise Bourdon chez Terres de France aux Presses de la Cité
Dans ses Ardennes natales, Paul Mailfait choisit d’étudier la médecine contre la volonté maternelle. En 1908, devenu médecin, en voyage à Messine, il porte secours aux victimes d’un séisme et sauve Cosima des décombres.
Ému par cette jeune fille sourde à la beauté presque irréelle, il l’héberge puis l’épouse. En France, Cosima apprend la langue des signes et partage avec Paul un amour fusionnel. C’est une période d’immense bonheur.
Mais l’Histoire rattrape les deux amants. Paul, envoyé en mission humanitaire en Turquie, sera le témoin impuissant des massacres perpétrés contre les Arméniens.
Pendant la guerre de 14-18, alors que les Ardennes occupées sont coupées du reste de la France, que Paul et Cosima sont séparés, la jeune femme rejoint un réseau de résistance.
Dans le chaos assourdissant d’un monde qui explose, voici une magnifique histoire d’amour contée par la plume sensible, élégante et superbement documentée de Françoise Bourdon. Une plume qui cette fois est largement trempée dans de la tristesse et dans de vives émotions.
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