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BD, mon cher souci

par Charles Demoulin

7 juillet 2026

Cette semaine, on laissera place à Marcel Pagnol qui, avec Naïs, revisite Zola. À Robert Louis Stevenson, qui voit son ‘Île au trésor’ mise en BD par Chauvel et Simon. À la vie de ces tribus apaches après la guerre de Sécession. Ou encore à ces auteurs qui nous parlent de ‘Vie paisible’, de ‘Puzzle Game’, du rôle joué par l’Église catholique sous le IIIe Reich, ou encore de John Dortmunder, braqueur notoire et de fiction, créé par l’écrivain Donald E. Westlake.

‘Comanche Trail’, de Christian Rossi chez Casterman

États-Unis, 1865. La guerre de Sécession s’achève avec la victoire du Nord. La conquête de l’Ouest s’intensifie, les forts construits par les tuniques bleues se multiplient. La présence des tribus indiennes va s’évanouir en quelques décennies.

Sud de l’Arizona. L’Apache nommé Woan parcourt les mesas pendant cette période. Son destin est raconté dans ‘Golden West’. ‘Comanche Trail’ est un épisode inédit de ses aventures.

Après une longue période de bannissement, ce jeune guerrier apache peut enfin prendre la route pour retrouver les siens. Mais la malédiction qui pèse sur lui s’est-elle vraiment dissipée ?

Rongé par le doute, Woan fait la rencontre de l’infortunée Petal, épouse d’un chef comanche. Elle a subi une mutilation aussi atroce qu’injuste qui motive la vengeance de ses frères. 

Embarqué à leurs côtés pour laver l’honneur de la jeune femme, Woan va découvrir la puissance des sentiments et les mystères de la magie…

Au-delà d’un western profondément humain qui s’attarde à la condition de la femme au sein de la tribu, on reste en admiration totale face aux planches hyperréalistes que nous propose un Christian Rossi éblouissant de maîtrise. Que ce soit côté personnages, beauté des décors, ou palette ocre des coloris. Du grand art !

‘Comanche Trail’, de Christian Rossi chez Casterman

‘Une vie paisible’, de Meralli et Jop chez Dargaud

Denis, retraité célibataire et solitaire, mène une vie paisible entre parties de pêche et siestes sur l’eau. Dans son monde, loin des contraintes, il profite de la visite hebdomadaire de ses enfants pour leur déléguer les petites tracasseries domestiques du quotidien.

Un jour, alors qu’il somnole dans sa barque, des hurlements déchirent le silence : dans un cosy à la dérive, un bébé s’époumone. Perplexe, Denis s’empare de la nacelle, met l’enfant en sécurité… et se précipite à la gendarmerie pour y déposer ce butin insolite.

Là, rien ne se passe comme prévu, et, de fil en aiguille, il apprend avec stupeur qu’à la suite d’une erreur administrative il est considéré comme le responsable légal de cet enfant qu’il ne connaît pas… encore !

Swann Meralli et Jop signent une comédie tendre et moderne sur la parentalité… mais pas seulement celle que représente l’arrivée inopinée du bébé dans la vie

bien rangée de Denis. L’album explore aussi avec délicatesse et subtilité, les liens qu’il entretient avec ses propres enfants, Edmond et Annie, désormais adultes.

La simplicité et l’authenticité du récit sont illuminées par le dessin rond, solaire et ultra-lisible de Jop, qui, plutôt réaliste, ancre dans une certaine réalité cette drôle d’histoire de bébé sauvé des eaux. Un album plein de tendresse, de douceur et qui va droit au cœur. Tout bonnement beau !

‘Une vie paisible’, de Meralli et Jop chez Dargaud

‘L’île au trésor’, David Chauvel et Fred Simon chez Delcourt

Découvrez, dans une édition prestige – dos toilé et dorure en couverture – éditée en bande dessinée, un grand classique de la littérature : ‘L’île au trésor’ de Robert Louis Stevenson, publié en livre en 1883. 

L’histoire incroyable de Long John Silver, le pirate le plus célèbre de la littérature jeunesse, mais qui a séduit et séduit encore nombre d’adultes.

La vie du jeune Jim Hawkins est changée à tout jamais le jour où il trouve, dans les bagages d’un vieux loup de mer balafré, une carte mystérieuse qui révèle la position d’une île lointaine et fabuleuse : l’île au trésor…

Il embarque dès lors à bord de l’Hispaniola, fait la connaissance d’un certain John Silver, et débute avec lui une aventure qui deviendra très rapidement incroyable.

Ici aussi, on épinglera des personnages et des décors superbement réalisés par un Fred Simon qui ne peut cacher son amour pour tout ce qui touche de près aux vaisseaux, frégates et autres navires de commerce de cette époque.

‘L’île au trésor’, David Chauvel et Fred Simon chez Delcourt

‘Dortmunder, Bank shot’, de Doug Headine et Jesús Alonso Iglésias chez Dupuis Aire Noire

John Dortmunder, alter ego malchanceux de Parker et cambrioleur, prépare son prochain gros coup. Tout cela serait simple si notre héros n’avait pas la poisse.

Dans cette réjouissante aventure imaginée par ‘l’homme le plus drôle du monde’ selon le célèbre Washington Post, une bande de braqueurs tente de s’emparer d’un mobile home bourré d’argent.

Il faut savoir qu’une banque de Main Street, qui a dû temporairement déménager, a effectué ce changement d’adresse dans un mobile home. Or, l’argent qui s’y trouve est grandement convoité par notre ami Dortmunder.

Pour s’emparer du magot, il n’a qu’à neutraliser les agents de sécurité, à mettre sur roues la banque mobile et à s’enfuir. Tout ça serait simple si notre héros n’avait pas la poisse…

Après ce roman et le film qui le suivit, film où Robert Redford y tenait le rôle de Dortmunder, voilà que c’est au tour de la BD de s’emparer de cet antihéros qui était le genre d’homme sur qui le soleil brille seulement quand il a besoin de rester dans l’ombre.

Un savoureux récit d’humour noir qui a vraiment sa place dans cette collection Aire Noire lancée en mars 2025 chez Dupuis.

‘Dortmunder, Bank shot’, de Doug Headine et Jesús Alonso Iglésias chez Dupuis Aire Noire

‘Mea culpa T1/2’, de Brisard et Malatini chez Glénat

Quel rôle a joué l’Église catholique sous le IIIe Reich ? Le pape au Vatican et, en Allemagne, les évêques, les curés de campagne et les millions de catholiques… Amis ou ennemis des nazis ? Collabos ou résistants ? 

L’officier SS de la Gestapo Karl Neuhaus est le chef de la section spéciale pour les questions religieuses et il se méfie de ces faux agneaux. Sur ordre d’Hitler, son équipe d’espions a infiltré les plus hautes autorités catholiques du pays et parvient à influencer jusqu’à l’ambassade du Vatican à Berlin et l’entourage du pape Pie XII à Rome.

Mais tout bascule le 20 juillet 1944 : ‘l’opération Walkyrie’, une tentative de coup d’État qui devait assassiner Hitler échoue de peu, mais ébranle le régime nazi. Pour les conjurés, le pire est à venir : le Führer va se montrer sans pitié pour ces traîtres, à commencer par ceux qui apparaissent comme les instigateurs de ce complot : l’Église allemande et le Vatican.

Dès le 20 juillet au soir, le chef de la Gestapo, Heinrich Müller, charge Neuhaus d’éradiquer tous ces résistants catholiques jusqu’au dernier. Personne ne doit être épargné. Ni les évêques, ni même le pape…

Basé sur des faits réels et des sources historiques rares issues des archives allemandes et russes (Neuhaus a été capturé par l’Armée rouge à la fin de la guerre), le nouveau diptyque du journaliste Jean-Christophe Brisard nous plonge au cœur des intrigues politiques mêlant l’Allemagne nazie et le Vatican.

Aux côtés de Michael Malatini et de son dessin percutant, l’auteur nous offre un thriller historique passionnant et terrifiant, jonglant entre fiction, espionnage et drame religieux. Un thriller qui interroge le rôle de l’Église durant la Seconde Guerre mondiale.

Inutile de vous dire que la suite et fin est attendue avec la plus grande des impatiences. C’est vrai que le travail graphique et les découpages de Malatini magnifient ce récit d’une extrême crédibilité, vu le remarquable travail de recherches effectué par Christophe Brisard.

‘Mea culpa T1/2’, de Brisard et Malatini chez Glénat

‘Naïs’, d’Éric Stoffel et David Ratte chez Grand Angle

Dans les faubourgs de Marseille, Toine, ouvrier bossu, aime en secret la belle Naïs. Mais elle vit une idylle avec Frédéric, le fils débauché des patrons de son père. 

Pour Micoulin, paysan rude et fier, cette liaison entre sa fille et ‘le fils du maître’ est une insulte à son honneur. Il va peu à peu basculer dans une haine meurtrière. Toine va devoir choisir : sauver Frédéric ou perdre Naïs…

Mélangez la puissance de Zola aux senteurs provençales et à la poésie de Pagnol, ajoutez-y la plume d’Éric Stoffel, et vous obtenez cette BD à la fois chaleureuse et pesante qui va droit au cœur, et où, une nouvelle fois, Pagnol s’attache à démontrer cette large opposition existante entre le monde paysan et celui de la bourgeoisie.

‘Naïs’, d’Éric Stoffel et David Ratte chez Grand Angle

‘The Puzzle Game’, de Herik Hanna et Denys au Lombard

1978. Au sommet de sa gloire, le romancier Fred Stone et sa femme Grace sont la cible d’un mystérieux tueur masqué. L’épouse décède, le mari est dévasté. Le romancier, détruit.

Trois ans après cette tragédie, Fred Stone vit reclus, à l’écart du monde et d’une célébrité dont il n’a que faire. L’auteur se voit néanmoins projeté à nouveau sur le devant de la scène par son éditeur, qui vient d’exhumer son premier roman oublié : ‘The Puzzle Game’.

Invité malgré lui au festival de Crane Bay, sa ville natale, Stone y retrouve son agent, Jerry, ainsi qu’une ancienne maîtresse, Velma. Mais sa plus étonnante rencontre est sans doute celle de cette mystérieuse inconnue qu’il semble reconnaître. Ou bien peut-être est-ce celle, beaucoup moins agréable, avec un nouvel agresseur masqué? Pour le romancier, ce jeu de puzzle ne fait peut-être que commencer…

Vingt ans après sa première collaboration avec les éditions Le Lombard, Denys, qui s’inspire ici pour son trait des comic books américains, revient en force avec ce thriller envolé, en parfaite osmose avec le scénario tendu de Herik Hanna et les couleurs puissantes de Léa Chretien. 

Entre hommage hitchcockien et thriller machiavélique, ‘The Puzzle Game’ navigue dans les méandres moites d’une Amérique des années 80 à l’atmosphère singulière, brillamment rendue par le trio. Un récit aussi dense que haletant, qui réserve bien des surprises et des stupeurs tant à son protagoniste qu’au lecteur attentif.

‘The Puzzle Game’, de Herik Hanna et Denys au Lombard

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