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Petite balade bédéistique du côté de chez Dargaud, Dupuis et Le Lombard

par Charles Demoulin

26 mai 2026

Piliers historiques de la BD franco-belge, Dargaud, Dupuis et Le Lombard, regroupés aujourd’hui sous la bannière du géant français ‘Média-Participations’, occupent une position centrale et dominante dans l’édition et la production. Voici quelques titres parmi leurs dernières parutions.

‘L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre’, de Guillaume Bouzard chez Dargaud

2025, désert de Tabernas en Andalousie. Sur le tournage d’une série télévisée dont Lucky Luke est le héros, Bouzard noircit son carnet de notes dans le but d’en dessiner le making of.

En professionnel accompli et bien décidé à s’immerger dans son sujet, il a même obtenu un diplôme d’authentique cow-boy ! Arrivé sur place, le dessinateur ne se contente pas de prendre des notes. Il s’immerge pleinement dans le tournage au risque de se trouver dans le champ de la caméra. Il propose même son aide aux différents corps de métier… sans grand succès, il est vrai.

L’immortel auteur de ‘Jolly Jumper ne répond plus’ a encore frappé ! Entre reportage documenté et humour déjanté, Guillaume Bouzard raconte à sa manière les coulisses du tournage d’une série télévisée live, consacrée au personnage de Morris et Goscinny. Série qui sera diffusée en 2026 sur Disney+ et France Télévisions.

« Jamais le dernier pour la déconne », comme il se définit lui-même dans une case de l’album, Bouzard mélange l’absurde et l’humour potache en se croquant dans le rôle du naïf, éternel gaffeur, mais plein de bonne volonté. Il glisse dans certaines planches des dessins réalistes hilarants – à prendre au second degré – et met en scène sa relation à distance avec son éditeur. 

« Cette BD est un regard unique sur l’envers du décor, celui d’un auteur qui ne raconte pas le tournage, mais son tournage », comme le résume Julien Vallespi, le producteur de la série, dans un texte d’introduction où il rend hommage à la tendresse, l’autodérision et un sens aiguisé de l’observation de Bouzard, ce personnage bien réel, mais que Goscinny aurait pu inventer. On ajoutera encore que cette BD qui s’en vient dévoiler les coulisses de la production est aussi drôle qu’inattendue, qu’elle fourmille d’un tas de clins d’œil, et qu’elle va mettre à mal vos zygomatiques. 

‘L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre’, de Guillaume Bouzard chez Dargaud

‘L’écoute’, d’Aleksi Cavaillez chez Dargaud

Victor est un jeune garçon pas comme les autres. Devenu sourd profond, il s’est vite senti à l’écart, à la fois dans le monde des entendants auquel il est attaché et dans celui des sourds qu’il rejette. Même s’il parvient à lire tant bien que mal sur les lèvres, il peine, en dépit de ses efforts, à se mêler pleinement à ses camarades de classe entendants.

Dans sa famille, des tensions dues à la nouvelle situation de l’enfant apparaissent. Alors, Victor se recroqueville inexorablement dans une bulle de méfiance envers le monde extérieur et décroche à l’école.

L’arrivée de Maïté, jeune fille au pair espagnole, ne se fait donc pas sous les meilleurs auspices. Grâce à la facilité communicative, la relation entre l’étudiante et le jeune garçon se construit à petits pas. Malgré les difficultés, Victor va-t-il perdre pied ou au contraire sortir de sa coquille ? C’est tout l’enjeu de l’année que va passer Maïté dans la famille de l’enfant.

L’auteur, Aleksi Cavaillez est devenu sourd à l’âge de cinq ans. Cette expérience personnelle traumatisante nourrit ‘L’écoute’, une autofiction dont l’ambition première est de transmettre des sensations, celles de Victor, un jeune enfant tombé dans le monde du silence.

Mais cette bande dessinée toute en sensibilité ne se contente pas de décrire, de l’intérieur, comment le garçon appréhende le monde à travers son handicap. Elle dépeint également ses traumatismes, ses difficultés à trouver sa place en tant qu’enfant ‘différent’, et sa relation, forcément biaisée, aux autres. Outre sa famille, ses camarades, les enseignants et les praticiens, c’est son duo formé avec Maïté, la nouvelle jeune fille au pair, qui dominera ce récit. 

Le dessin, aussi vif qu’une écriture et fait de noirs intenses, participe à la fois à la dramatisation de l’intrigue et à l’intimité et la sensibilité du récit. Plus surprenant, la musique tient une belle place dans cette tendre chronique d’une enfance en sourdine.

‘L’écoute’, d’Aleksi Cavaillez chez Dargaud

‘Mystère à Champignac’ d’Elric & Sophie Guerrive chez Dupuis

Après Zorglub de José-Luis Munuera et Champignac de BeKa & Etien, l’univers de Spirou et Fantasio s’enrichit d’un tout nouveau spin-off : Seccotine !

Seccotine, jeune journaliste, quitte Bruxelles pour s’installer à Champignac. À peine arrivée, elle découvre que le village est frappé par une mystérieuse vague de disparitions animales.

Chargée de réaliser un reportage sur cette affaire, elle se retrouve au cœur d’une communauté profondément divisée : d’un côté, fermiers et chasseurs s’organisent en milice d’autodéfense, prêts à en découdre ; de l’autre, des habitants prônent un mode de vie en communauté, suivant les préceptes d’Arthur Nature, fondateur d’une marque d’alimentation locale et biologique. Entre radicalité, défiance et théories fumeuses, la jeune Bruxelloise peine à démêler le vrai du faux.

Le mystère s’épaissit le jour où elle assiste à un phénomène troublant, presque surnaturel : les animaux semblent s’échapper d’eux-mêmes, comme sous l’emprise d’une étrange force…

À la fois hommage et réinvention, ce premier volume affirme une ambition claire : donner à la journaliste l’espace et la profondeur qu’elle mérite, tout en renouant avec l’étrangeté joyeuse et l’esprit de fantaisie des premiers albums de Spirou et Fantasio.

Et puis, pour les nostalgiques, ils vont avec délectation, replonger dans ces premières bédés dédiées à Spirou et à Fantasio. Des bédés qui portaient la griffe d’un certain Franquin. Un pur délice ! 

‘Mystère à Champignac’ d’Elric & Sophie Guerrive chez Dupuis

‘Un espoir sans papiers’, de Ingrid Chabbert et Espé chez Dupuis

Broyé par une tempête, un canot de migrants s’échoue sur l’île d’Aix, petit bout de terre au large de la Charente-Maritime. Parmi eux : Ahmed, mineur algérien parvenant à fuir la police en se cachant chez Sidonie, une retraitée rugueuse qui vit une terne retraite solitaire.

Prenant Ahmed pour son fils disparu des décennies plus tôt, la vieille dame, Sidonie Delahaute 78 ans, va le prendre sous son aile et le protéger, espérant de la sorte réparer la déchirure béante d’un douloureux passé familial mal cicatrisé. De quoi peut-être offrir à Ahmed comme à elle… une nouvelle chance.

Un jeune migrant. Une vieille dame croyant retrouver son fils disparu. Un duo improbable, pour la plus touchante des odes à la vie et à la tolérance. Un émouvant récit de filiation, une poignante fable humaniste et un brûlant manifeste en faveur d’un meilleur accueil des migrants, ‘L’espoir sans papiers’ ne pourra que vous toucher au cœur de mille manières.

Comme l’évoque si bien le titre, voilà une bédé pleine d’espoir, d’humanité et qui nous touche tel un coup de poing en ces moments où les migrants font quasiment, chaque semaine, la Une des médias.

‘Un espoir sans papiers’, de Ingrid Chabbert et Espé chez Dupuis

‘Attends-moi’, de David Muñoz et Tirso Cons au Lombard

Elle a la soixantaine. C’est fou ce que le temps passe vite malgré la solitude. Mais aujourd’hui, une triste nouvelle l’occupe. Elle vient d’apprendre le décès de son fils.

S’ils ne se parlaient plus beaucoup, le chagrin qu’elle éprouve n’en est pas diminué. Alors qu’elle récupère ses effets personnels, la voisine de palier l’interpelle. C’est qu’un bien éminemment plus encombrant l’inquiète. Son fils avait un chien. Vaillant.

Si elle refuse d’abord de le recueillir, elle ne peut finalement se résoudre à l’abandonner à son triste sort. Et si l’adoption de Vaillant sonnait comme la possibilité d’accepter la disparition de son fils ? Alors qu’un lien de confiance se tisse entre ces deux êtres sensibles, un accident survient dans la centrale nucléaire toute proche. Il faut évacuer immédiatement, ne prendre que le strict nécessaire. Et selon les autorités, les animaux de compagnie n’en font pas partie.

À son plus grand désarroi, elle est contrainte de rompre l’équilibre fraîchement établi, de bousculer l’apaisement émotionnel retrouvé, et de laisser son chien sur place. Une séparation, un abandon, qui la déchire. Mais ce qui semblait être une fin pour tous les deux… devient un nouveau commencement.

Avec ‘Attends-moi’, Tirso Cons et David Muñoz questionnent avec sensibilité notre rapport aux vivants, et plus particulièrement aux animaux de compagnie. À l’aube d’une catastrophe, qu’advient-il de ces êtres précieux qui pansent et réparent ce que les humains eux-mêmes peinent à identifier ?

Sous un trait aussi vif que poétique, les deux auteurs nous livrent une leçon touchante de résilience et de fidélité. Une leçon qui ne pourra pas vous laisser insensibles !

‘Attends-moi’, de David Muñoz et Tirso Cons au Lombard

‘Diable Pâle… et pour quelques Winchesters de plus’, de Brugeas et Siner au Lombard

Taglito joue un jeu très dangereux. Indien blanc, il a pris fait et cause pour le combat de ses frères de sang apaches, dont le territoire a été arbitrairement partagé entre les États-Unis et le Mexique.

Capable de se fondre au sein de la population de pionniers et de colons, Taglito infiltre leurs rangs, manipule aussi bien bandits que shérifs, et multiplie les stratagèmes audacieux afin d’obtenir, en secret, des armes qu’il peut ensuite livrer à la tribu qui l’a adopté.

Pris entre deux mondes qui se déchirent, contraint de mentir, de se travestir, de trahir, et de composer avec une violence qui peut surgir à chaque instant, celui que l’on appelle Diable Pâle doit sans cesse réinventer son rôle pour survivre et servir la cause qu’il s’est choisie. Car dans ce Far West sans pitié, il suffit d’un faux pas pour que le masque tombe.

Pour leur première collaboration, le scénariste Vincent Brugeas et le dessinateur Nicolas Siner font le choix d’explorer un genre qui les intriguait depuis longtemps, le western, mais en inversant toutefois les codes qui lui sont propres. Le point de vue est ainsi placé du côté des Apaches, l’homme blanc héritant en quelque sorte et pour une fois, du rôle de méchant s’agitant beaucoup et échouant souvent.

Convaincu de son engagement pour les Apaches, mais rappelé à son passé par un fantôme sorti de nulle part, Taglito alias Diable Pâle est un personnage profond et porteur de sens, qui apporte un autre regard sur la fascinante mythologie de l’Ouest sauvage.

Une nouvelle série originale, au dessin d’une extrême qualité, et qui débarque de manière plus qu’efficace laissant augurer des lendemains qui chantent pour les titres à venir.

‘Diable Pâle… et pour quelques Winchesters de plus’, de Brugeas et Siner au Lombard

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