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Muse : Marguerite Thomas-Clement, pionnière des droits des femmes au Luxembourg

par Anne Fourney

17 mai 2026

Des rues portent son nom dans plusieurs localités du Luxembourg. Marguerite Thomas-Clement, née il y a 140 ans, en 1886, a été la première femme députée au Luxembourg. Elle fut la seule femme à siéger au parlement de 1919 à 1931, parmi une cinquantaine d’hommes. Elle a lutté pour faire valoir les droits des femmes et des pauvres.

En 1919, le Luxembourg adopte le suffrage universel, accordant le droit de vote à tous les citoyens de plus de 21 ans, hommes et femmes, mettant fin au suffrage censitaire réservé à une minorité aisée. Cette réforme intervient dans un contexte de crise après la Première Guerre mondiale, marqué par l’abdication de la grande-duchesse Marie-Adélaïde et le maintien de la monarchie par référendum. C’est dans ce contexte que Marguerite Thomas-Clement, institutrice née en 1886, qui se présente sur la liste sociale-démocrate de la circonscription Centre, est élue à la Chambre des députés. Elle aborde des sujets jusqu’alors absents des débats, tels que les mauvaises conditions de travail et de rémunération des femmes dans la sidérurgie, défend les prostituées détenues à la prison des femmes pour cause de maladies contagieuses, milite pour l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes ou encore dénonce les mauvaises conditions d’hygiène de la maternité nationale.

Elle fut une vraie pionnière de la défense des droits des femmes et fut la seule femme à siéger au parlement de 1919 à 1931. Elle est réélue aux législatives de 1925 puis aux législatives partielles de 1928. En 1924, elle est aussi élue échevine de la Ville de Luxembourg. Alors qu’elle quitte les socialistes pour rejoindre le parti radical socialiste, elle n’est pas réélue en 1931.

Marguerite Thomas-Clement avait épousé le socialiste Xavier Thomas, membre de l’Action républicaine, en 1917. Elle meurt en 1979, à Noerdange, à l’âge de 91 ans, après avoir connu des changements sociétaux notables en matière de droits des femmes, même s’il restait fort à faire. Il faudra attendre 1965 pour qu’une femme, Astrid Lulling, siège à nouveau à la Chambre des députés. Marguerite Thomas-Clement a bénéficié d’une reconnaissance posthume de son rôle de pionnière dans la défense des droits des femmes, au fil de rétrospectives historiques.

Anecdotes

Dans le Luxemburger Landes‐Zeitung und Freie Presse du 26 février 1929, cité sur le site du CID Fraen a Gender (cid‐fg.lu), un témoin la décrit ainsi :
« Elle a une telle prestance qu’elle en confond d’aucuns. Nous utiliserions pour cela, si nous […] ne voulions pas être galants à l’égard d’une dame, l’expression gauloise appropriée de ‘culot’. Emplie de cette assurance, elle plane et elle froufroute à travers la salle plénière de la Chambre, les salles de consultation du conseil échevinal […] et à travers les assemblées populaires enfumées, braillantes et puant la sueur qui se bousculent en période électorale autour du pupitre de l’école du village ou la tribune du bastringue. Elle parle avec une habileté aisée, saisissant parfaitement la psychose populaire. D’une manière légère, enveloppante et badinante, tout en maîtrisant une forme claire, nette et impeccable. En patois comme en français.
[…] Son attitude politique des dernières années est seulement due à la haine qui la sépare de certains dirigeants du parti socialiste. Elle a tout sacrifié à cette haine : ses principes, son programme, ses amis et – son avenir ! »

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