par Charles Demoulin
3 mai 2026
Au-delà de la présentation de quelques nouveautés qui, comme d’habitude, se veulent en tout genre, Janette est heureuse d’accueillir dans sa bibliothèque les éditions Weyrich dont le siège se situe à Luzery Bastogne, non loin de la frontière luxembourgeoise.
‘XX’ de Sam Holland chez HarperCollins Noir
Le compte à rebours a commencé. Qui sera la prochaine victime ? Jamais l’inspecteur principal Adam Bishop n’a été confronté à une scène de crime pareille.
Cinq corps retrouvés sous des chiffres peints à la bombe. Très vite, l’évidence s’impose : le tueur compte à rebours. Mais vers quoi ? Adam n’en a aucune idée, jusqu’à ce que le Dr Romilly Cole réapparaisse dans sa vie.
Ensemble, ils découvrent que la vérité se cache dans une affaire vieille de plusieurs décennies, et que seule Romilly en détient la clé. Mais le temps presse : les chiffres tombent. Les victimes aussi. Et plus le compteur approche de zéro, plus la menace se rapproche d’eux.
Suite à de très nombreux rebondissements et à des chapitres particulièrement courts, Sam Holland va vous tenir constamment en haleine tout le long de ce thriller percutant, rythmé et d’une noirceur glaçante. Et ce d’autant plus que la course contre la mort a bel et bien commencé pour celui ou celle qui sera la sixième victime. Une course contre la montre que l’inspecteur Adam Bishop se doit absolument de gagner.
Cœurs sensibles s’abstenir. Par contre, pour les amateurs de polars glaçants et d’enquêtes complexes où l’horreur est au rendez-vous, ce ‘XX’ est à ne manquer sous aucun prétexte.
‘Repose en paix Rosalie’ d’Agnès Dumont et Patrick Dupuis chez Weyrich Noir Corbeau
Agnès Dumont et Patrick Dupuis, un duo à quatre mains qui a mis en scène un autre duo constitué pour sa part du commissaire retraité Roger Staquet et de l’inspecteur Paul Ben Mimoun, nous offre ici le cinquième volet des enquêtes de ces fins limiers.
Huy. Roger Staquet, commissaire retraite, se glisse au sein d’une maison de repos pour enquêter discrètement sur un décès suspect.
Cette plongée dans le monde du quatrième âge permettra à Roger et à son complice, l’inspecteur Paul Ben Mimoun, de rencontrer des personnes attachantes, drôles, bizarres, voire dangereuses. Vols, agressions, menaces ou histoires d’amour, la vie aux ‘Bleuets’ est plus mouvementée qu’il n’y paraît.
Elle enfila un gilet vaporeux sur son chemisier, consciente qu’elle vivait sa dernière chance, une ultime folie avant d’être clouée au lit pour de bon, comme nombre des résidents qui l’entouraient.
Si son fils avait pu la voir, entrouvrant sa porte pour vérifier que le couloir était libre, il n’en serait pas revenu, lui qui la considérait tantôt comme une sainte éthérée, tantôt comme un bibelot fragile à protéger au péril de sa vie, mais jamais comme une femme. Encore moins autonome.
Le pauvre ! Il est vrai que sa carrière dans la police ne l’avait pas aidé à développer son imagination. Il était tellement conventionnel, ce garçon, si terre à terre parfois, un peu comme son père, décédé depuis des années.
Après Louvain-la-Neuve, Liège, Viroinval et Sclessin, c’est sur les hauteurs de Huy que les auteurs entraînent aujourd’hui les lecteurs. Huy et ses ‘Quatre merveilles’ : Li Bassinia, Li Pontia, Li Rondia et Li Tchestia. Huy et ses petites ruelles qu’Agnès Dumont et Patrick Dupuis vont nous dévoiler et nous faire arpenter.
Une enquête plus qu’agréable à suivre. Un excellent moment de détente. Une envie de se plonger dans les quatre premiers titres de cette série qui constitue une belle découverte assurément.
‘Inséparables’, de Stephanie Wambugu chez Albin Michel
Providence, État de Rhode Island. Quand, à quelques jours de la rentrée des classes, Ruth rencontre Maria, comme elle d’origine modeste, elle est aussitôt fascinée.
Maria, élevée par sa tante depuis le suicide de sa mère, est aussi charismatique et insolente que Ruth est discrète et obéissante. Très vite, une amitié intense naît entre les deux jeunes filles.
Les années passent. Tandis que Maria assume sa sexualité et son désir d’être artiste, Ruth semble se contenter de suivre son sillage, d’abord à l’université, puis dans le monde de l’art du New York des années 1990.
Et si l’ambition met leur amitié à rude épreuve, un lien puissant et ambigu, fait d’amour, d’admiration et de jalousie, continue de les unir au fil du temps. Jusqu’à l’ultime face-à-face qui décidera de leur destin.
Qu’est-ce que réussir sa vie ? Assumer ses désirs, ses passions ? Atteindre son idéal ? Ce premier roman remarquable, qui révèle le talent de Stephanie Wambugu, aborde avec une grande finesse le passage à l’âge adulte et la construction sociale d’une identité.
C’est également un roman qui, au-delà d’être centré sur les thèmes de l’amitié et de l’amour, s’attarde sur ce que c’est que l’art, et comment devenir artiste. Un roman qui est loin de vous laisser indifférent. Une méditation poignante et tout en émotion sur le temps qui s’égrène.
‘La ruée vers l’aube’, de Ludivine Labbé chez Eyrolles
Journaliste pour un média écologiste parisien, Yara s’investit corps et âme dans son travail, s’évertuant à laisser ses fantômes derrière elle, en Guyane. Vingt ans déjà qu’elle tourne le dos à sa terre natale, après un choc terrible.
De l’autre côté de l’Atlantique, Ulysse, flic muté à Cayenne, traverse une mauvaise passe, entre divorce douloureux et chaos professionnel. Deux vies que tout oppose, jusqu’à ce qu’un cambriolage, une photo et une enquête pour meurtre les réunissent dans une aventure haletante en plein cœur de l’Amazonie…
Ulysse aimerait tant être cette forêt, se laisser traverser par l’existence sans la penser, se passer de permission, de validation, d’autorité, de hiérarchie, de ce système agonisant auquel il continue de contribuer, faute de mieux, d’espoir ou de courage. Et plus que tout, il aimerait trouver la force de se pardonner.
Yara et Ulysse sauront-ils, dans un monde à bout de souffle, retrouver la puissance de l’aube ?
Entre quête intime et enjeux politiques, désillusions et émotions, un roman sur l’espoir de lendemains meilleurs dans un monde où l’avenir paraît sombre. Une histoire profondément touchante, aux enjeux écologiques, et qui vous donnera peut-être l’envie de vous évader vers cette terre d’outre-mer couverte en grande partie par la forêt tropicale.
‘La fille au moulin bleu’, de Christian Büsch chez Vérone
« Progressivement, la mémoire me revient. Doucement, les morceaux d’un vaste puzzle se remettent en place. Effectivement, ils m’ont battu, roué de coups. Mais surtout, ils m’ont toujours posé cette même et unique question à laquelle je n’avais pas de réponse. Pendant des heures ! Enfin à bout, en sueur, épuisé, déchiré et en larmes, je me suis évanoui. »
Sans raison apparente, des individus le poursuivent, l’attrapent et le questionnent brutalement: « Mais où est ton père? » Là, sans savoir pourquoi, sa vie bascule et il se retrouve embarqué dans une palpitante course-poursuite et une chasse au trésor semée d’incessants rebondissements. Il n’est pas enfant unique, il tombe amoureux…
Une enquête policière à couper le souffle, parsemée de découvertes œnologiques sur le plateau de Herve en Belgique, mais aussi de révélations historiques surprenantes dans l’ombre d’un secret de Napoléon.
Si je vous dis que l’auteur est architecte, vous comprendrez aisément pourquoi son récit est structuré de manière minutieuse, et que le moindre détail est passé à la loupe. Et puis, au-delà d’une écriture fluide et agréable à lire, Christian Büsch, dans cette intrigue haletante, n’a pas son pareil pour la mener avec brio.
‘La meilleure façon de marcher’, de Ben Montgomery chez Paulsen
Emma Gatewood fut la première femme à parcourir dans sa totalité le mythique sentier des Appalaches. À l’âge de 67 ans, elle a marché 3 500 kilomètres à travers les forêts américaines. 3 500 kilomètres de tempêtes, de nuits à la belle étoile. 3 500 kilomètres en petites chaussures de toile, avec un baluchon pour seul bagage.
Aux siens, elle écrit qu’elle est « partie faire un tour ». Élevée dans la pauvreté, victime de violences conjugales, cette mère de famille de 11 enfants échappe à un destin tragique. Pas à pas, avec un courage et une détermination qui forcent l’admiration, Emma Gatewood parvient à reconquérir sa liberté.
Ce récit lumineux nous invite à mettre un pied devant l’autre pour découvrir, à ses côtés, la meilleure façon de marcher. Un livre apaisant au possible qui vous fera oublier une actualité qui n’a rien pour vous faire rire. Un livre qui vous invitera peut-être à rechausser vos sandales et à nouveau… marcher !
‘Celles qui ne dorment pas’, de Dolores Redondo chez Gallimard série noire
Fin février 2020, lors de fouilles dans le gouffre de Legarrea en Navarre, Nash Elizondo, psychologue médico-légale, et son équipe de chercheurs découvrent à cinquante mètres de profondeur une dépouille de brebis, une guirlande de minuscules roses desséchées et le corps d’une jeune fille : Andrea Dancur, portée disparue depuis trois ans.
Parmi ses proches, chacun a quelque chose à cacher, et la silhouette menaçante du grand-père fait obstacle aux confidences. Mêlant approche scientifique et sensibilité aux croyances et aux légendes locales, Nash entame une enquête discrète, soutenue par Amaia Salazar, désormais inspectrice de la Police forale de Navarre. Mais l’annonce du confinement ne va pas lui faciliter la tâche.
Née en 1969 à Donostia-San Sebastián, Dolores Redondo a connu un succès planétaire avec la trilogie du Baztán, traduite en trente-huit langues et adaptée au cinéma. Ce nouveau thriller, nimbé d’ésotérisme, de drames intimes et de croyances basques, se présente comme addictif et, du coup, impossible à lâcher. C’est vrai aussi que ce roman se présente comme un puzzle que l’on a de cesse de terminer au plus vite.
‘Les mensonges de nos mères’, d’Hannah Beckerman chez City
En apparence, c’est un tragique, mais banal accident : Isla, 17 ans, est tuée par un chauffard qui prend la fuite. Mais Abby, sa mère, ne peut pas supporter que le coupable soit en liberté alors qu’il a fauché sa fille à l’aube d’une vie pleine de promesses.
Alors, elle commence à chercher pour comprendre ce qui s’est réellement passé ce jour-là. Et peu à peu, elle découvre que sous des allures de fille parfaite et de bonne élève à l’école, Isla dissimulait bien des secrets. Et s’ils avaient poussé quelqu’un à l’assassiner ?
Au fur et à mesure, les recherches d’Abby déclenchent des événements qui auront des conséquences irréparables. Dans les maisons voisines, les familles se déchirent : les mères, les maris et les fils ont tous
quelque chose à cacher qui pourrait avoir un lien avec la mort d’Isla. Mais il est déjà trop tard : la vérité va éclater et risque de tout dévaster.
Un thriller domestique, aux chapitres courts qui alternent présent et passé, et qui s’impose comme une réflexion sociale avec, en continuité, cette question lancinante : « Connaît-on vraiment nos enfants, et jusqu’où irions-nous pour les protéger ? »
‘Le Petit Polémiste se marie’, d’Ilan Duran Cohen chez Actes Sud
Alain Conlang, le petit polémiste assermenté et adoré du grand public, est de retour ! Condamné à une peine d’un an dans un institut d’épanouissement, autrefois appelé prison, pour avoir tenu des propos sexistes lors d’une soirée privée, il va devoir prouver qu’il mérite de retrouver sa place dans la société – hyperinclusive, écopunitive – de l’égalité parfaite et du bonheur absolu qu’il honnit secrètement.
Déterminé à jouer les prisonniers modèles pour écourter son séjour, il se plie quotidiennement à ce qui s’apparente à une thérapie de conversion citoyenne, un lavage de cerveau bienveillant.
Au programme : séances de groupe, questionnaires biquotidiens pour vérifier l’intégration des préceptes et les progrès accomplis, séances de coaching avec la star Teddy Baroque qui doit le mener vers le chemin de la réussite, démontage chronométré d’aspirateurs, à quelles fins ?, et douches rationnées.
Malgré les efforts accomplis, ses sentiments pour une candidate à la renaissance, Blanche Barrault, une comédienne soupçonnée de possession illégale de DVD alors que la fixation d’œuvres artistiques est prohibée, pourrait retarder sa libération, voire la compromettre. Mais l’aime-t-il seulement ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi l’a-t-il demandé en mariage ?
Entre désopilantes chroniques carcérales, histoire d’amour impossible, dystopie mordante sur la tyrannie du bien collectif et de la bienveillance, la suite des (més)aventures du Petit Polémiste s’annonce des plus réjouissantes. Une irrésistible comédie sur la tyrannie du bonheur. Une projection possible de notre société en 2036.
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