par Charles Demoulin
28 avril 2026
Cette sélection BD en tout genre est vraiment faite pour contenter tous les goûts. Il y a du rire, du western, de la danse, du polar, un voyage vers la lune. Mais il y a aussi des retours dans le passé à l’époque de la Rome antique, ou du Moyen Âge. Bref, il ne vous reste plus qu’à choisir ce qui répondra le mieux à votre envie du moment.
‘Skating Wilder’, de Brandon Dumais et AJ Dungo chez Casterman
Personne ne sait exactement qui l’a inventé, mais il a envoyé des générations de braves guerriers s’élancer sur les trottoirs.
À l’image d’In Waves, ‘Skating Wilder’ propose une double narration et retrace à la fois l’insolite histoire du skateboard et celle, plus personnelle, des meilleurs et des pires souvenirs d’AJ et Brandon sur leurs planches à roulettes.
Véritable phénomène de société, on découvre au fil des pages combien ce sport a depuis toujours été un symbole de contre-culture, un véritable art de vivre, et combien il a modelé le paysage urbain.
Cet album, qui s’adresse plus volontiers aux mordus du skate, retrace l’histoire du skate, celle d’une certaine Amérique, ainsi que le développement des différentes techniques et tricks.
Il s’agit d’une ode à la liberté, mais aussi à comment, à partir d’une planche en bois et de 4 roues, quelques gamins ont créé un style de vie transgénérationnel et universel. En fait, à l’historique du skate, les auteurs y ont ajouté des histoires personnelles qui nous fournissent leur lot d’émotions.
‘Studio Danse Academy’, de Beka, Macé et Perrault chez Bamboo
Studio Danse voit arriver de nouveaux élèves pour suivre les cours de Mary et de Mademoiselle Anne. Louise, Mila et Nour vont user les parquets de la classe de modern-jazz et les barres de la classe de classique.
Evana va pouvoir faire montrer ses progrès à ses nombreux abonnés, car les réseaux sociaux sont toute sa vie, et l’avis des autres sa raison d’être. Quant à Véra, elle fera tout pour être la première, même dans le cœur d’Octave, le seul garçon du cours. Entre séances d’entraînements et spectacle de fin d’années, les nouveaux élèves vont être confrontés à tous les problèmes de notre époque : le regard des autres, l’empreinte carbone, le sexisme, et même l’anorexie quand une élève cesse de se nourrir pour être comme il faut, du moins comme elle pense qu’il faut.
À mettre en exergue le crayon de Clémence Perrault, qui imprègne d’une vivacité très dansante, mais également d’une incroyable légèreté, toutes les pages de ce récit aux questionnements d’actualité.
‘Le Petit Pape Pie 3,14 Bienvenue à St Connard’, de Boucq chez Fluide Glacial
Avec ce troisième opus du ‘Petit Pape Pie 3,14’, François Boucq poursuit les aventures de son souverain pontife aussi candide qu’imprévisible, dans une fable comique qui révèle l’absurdité de notre époque. Avec un sens du burlesque jubilatoire, l’auteur provoque la rencontre du sacré, du progrès… et de la bêtise humaine.
Alerté par l’ange du Paradis Fiscal de la mystérieuse disparition de Saint Connard du registre des saints, le Petit Pape part mener l’enquête sur le terrain, accompagné de l’inénarrable Monseigneur Gontrand. Leur périple en papamobile les conduit vers deux communes rivales : Saint-Connard-le-Viel, où l’on marche littéralement sur la tête, et Ville-Neuve-de-Saint-Connard, cité futuriste dominée par la technologie et l’obsession de la performance.
Entre traditions absurdes, innovations délirantes et querelles municipales grotesques, le Petit Pape découvre que la disparition d’un saint peut révéler bien plus que des erreurs administratives célestes : une radiographie hilarante de la société contemporaine, partagée entre nostalgie du passé et fascination pour le progrès.
Le dessin constitue, comme toujours chez François Boucq, un spectacle en soi. Graphiquement spectaculaire – architectures impossibles, personnages ultras expressifs, mise en scène dynamique – l’album confirme le talent de Boucq pour mêler réalisme technique et fantaisie la plus totale.
La représentation monumentale de la ville inversée, les mouvements et séquences d’action débridées ou les architectures futuristes labyrinthiques témoignent d’une maîtrise graphique exceptionnelle. Chaque case fourmille de détails, de trouvailles visuelles, d’exagérations maîtrisées, de clins d’œil dissimulés à l’arrière-plan, de dialogues et jeux de mots savoureux, offrant plusieurs niveaux de lecture et un plaisir renouvelé à chaque relecture.
Si vous aimez le délire et l’irrévérence, cette histoire complète du Petit Pape Pie 3,14 est à ne manquer sous aucun prétexte. Et puis, c’est si bon de se ‘marrer’ en ces temps difficiles où des malades qui gouvernent de grands pays font tout pour mettre notre monde en péril.
‘Ray Ringo – La captive’, de Corbeyran et Surzhenko au Lombard
Ray Ringo, le courageux convoyeur de la Wells Fargo, et son ami Jerry, le jeune métis, se lancent dans une mission périlleuse pour retrouver Lean, la fiancée de Ringo, enlevée par sa famille mormone, avant de tomber aux mains des Shoshones, une tribu indienne bien décidée à la garder captive.
Tandis que la jeune prisonnière tente de résister à l’emprise de Nayati, l’impitoyable guerrier qui a jeté son dévolu sur elle, les deux pisteurs parviennent à retrouver sa trace. Ringo réussira-t-il à rendre justice à celle qu’il aime sans céder à la vengeance ?
Des plaines arides de l’Ouest aux forêts hostiles, Ringo affronte les embuscades dans une course contre la montre. Une aventure haletante, rythmée par l’action, les grands espaces et le souffle du danger.
Créé par William Vance, Ray Ringo nous revient grâce au duo Corbeyran-Surzhenko. Un Surzhenko au dessin superbe et dont le talent n’est plus à démonter. Qu’on se souvienne, c’est lui qui a notamment repris le personnage de Durango enfanté par Swolfs. Quant à Corbeyran, il va vous surprendre une fois encore par la qualité de cette nouvelle intrigue.
‘Harry Dickson – Le vampire aux yeux rouges’, de Catacchio, Headline et Vergari d’après Jean Ray chez Dupuis
Allemagne, ville de Hildesheim. Harry Dickson vient assister à l’exécution d’Ebenezer Grump, le ‘Vampire aux yeux rouges’, un criminel sanguinaire arrêté quelques mois plus tôt par le célèbre détective.
Mais Dickson est troublé. Car Grump pourrait bien avoir été manipulé par une intelligence supérieure… Et voici que l’assassin soudain terrifié supplie Dickson de veiller à ce qu’il soit bel et bien guillotiné, car il craint la venue d’une menace effroyable ! Une enquête du type éprouvante va s’ouvrir.Une adaptation du ‘Vampire aux yeux rouges’, un des plus remarquables récits de Jean Ray, où le mythique Sherlock Holmes américain plonge en plein cauchemar au pays des goules et des morts-vivants !
On notera au-delà d’un scénario savamment construit, le graphisme très ‘ligne claire’ que nous distille un Onofrio Catacchio qui ne cesse de s’affiner dans ce style qu’utilisait un certain E.P. Jacobs avec ces héros Blake et Mortimer.
‘Corum – Le chevalier des épées’, de David Chauvel et Merli d’après Michael Moorcock chez Glénat
À une époque où les dieux arpentaient le monde, une horde de cavaliers humains sème la terreur. Assoiffé de sang, leur chef, le comte Glandyth, ne laisse que des cendres derrière lui en rasant châteaux, cités et forteresses.
Bientôt, Corum Jhaelen Irsei, dernier survivant d’une race oubliée, la race des Vadhaghs, va voir son destin basculer. Capturé, mutilé, celui que l’on surnomme ‘Le Prince à la Robe écarlate’ est sauvé par le comte Moidel. Ce dernier, afin de défendre son territoire, va invoquer un sorcier mystérieux, Shool, qui confie à Corum une mission quasi impossible : voler le cœur du plus puissant des dieux du Chaos, le Chevalier des Épées, Arioch, responsable de la destruction de son peuple.
Désespéré de n’être que le jouet de divinités capricieuses et de leurs guerres absurdes, Corum s’engage dans une quête de vengeance pour regagner son honneur perdu et renouer avec son intégrité physique, mais qui le fera aussi remettre en question sa propre humanité…
Le scénariste David Chauvel signe son grand retour chez Glénat avec ce premier tome spectaculaire. Proche de l’univers d’Elric, cette nouvelle série de fantasy épique est la troisième saga de Michael Moorcock consacrée à ses plus grands personnages littéraires et adaptée en bande dessinée aux éditions Glénat.
Avec un récit dense et tragique, Chauvel offre à cette œuvre magistrale un souffle nouveau qui prend forme grâce au trait aussi incandescent que richement détaillé du prodige italien Luca Merli.
Pour les amateurs d’heroic fantasy, ce premier opus d’une nouvelle saga du genre laisse augurer des lendemains qui chantent. C’est à la fois épique et flamboyant, avec des combats dantesques et truffés de monstres les uns plus féroces que les autres. Bref, tout ce que l’on demande dans ce type de récit.
‘Agrippine’ – Ce qui ne peut être nommé’, de Blengino, Ali et Iozza chez Delcourt
Fin de l’an 54 après J.-C., Claude, quatrième Empereur de Rome, meurt empoisonné à l’âge de 63 ans. La coupable de ce meurtre, Julia Agrippine Mineure, est tout à la fois sa femme et sa nièce !
La dynastie décadente de la famille Julia ne compte plus que deux descendants mâles, prêts à se disputer le trône : Britannicus, frêle fils de Messaline, et le jeune et flamboyant Néron, fils d’Agrippine elle-même. Lorsque le premier succombe à son tour au poison, le second est prêt à prendre la tête de l’Empire.
Mais Agrippine a d’autres projets. Méfiante envers Néron et son inexpérience, inquiète de l’influence que sa maîtresse Poppée exerce sur lui, et consciente du destin cruel qui l’attend si jamais il pose la couronne de laurier sur sa tête, Agrippine caresse depuis longtemps un rêve impossible…. s’emparer pour elle-même de la Ville éternelle, se faire couronner Impératrice et devenir ainsi, la première femme de Rome à obtenir le pouvoir absolu !
Troisième et dernier volet de l’épopée sanglante d’Agrippine, la femme la plus ambitieuse de toute l’histoire de la Rome ancienne, prête à affronter jusqu’à son propre fils, pour arriver à ses fins.
Une trilogie passionnante. Un scénario habilement tissé qui repose sur un style graphique au trait nerveux qui nous laisse pourtant quelque peu sur notre faim quant aux visages figés des différents personnages.
‘Le goût du métal’, de Bruno Duhamel chez Grand Angle
Dans la région, les trésors, ça ne court pas les rues. Mais les boulots non plus.
Léo n’a ni l’un ni l’autre. Pourtant, ce n’est pas faute de chercher. Le problème, c’est la méthode. La pêche à l’aimant n’a jamais été la meilleure façon de trouver un emploi.En attendant, il vit chez sa sœur, et se contente du minimum, surtout quand il s’agit de faire la vaisselle. Mais quand cette dernière, à bout de nerfs, lui donne trois mois pour trouver du travail, Léo décide de passer aux choses sérieuses et d’investir dans un… détecteur de métal. Sans se douter qu’il s’aventure sur un terrain de chasse.
Comme à son habitude, l’auteur nous surprend à nouveau par le choix du thème de son nouvel album : un gars qui se balade avec un détecteur de métaux. Il faut bien avouer que c’est chose peut courante en BD. Et comme à sa bonne habitude, Bruno Duhamel va faire en sorte que d’emblée, nous allons grandement nous attacher à ce personnage.
Autre personnage qui va vous plaire, même s’il vous intriguera quelque peu : le vieux Gabriel, historien retraité bien décidé à mettre à la casse l’objet vénéré de Léo, notre nouveau chasseur de trésor.
Au-delà, tout cela est idéalement servi par un trait expressif à souhait que rehausse une palette de coloris appropriée à chaque situation. En fait, une BD terriblement humaine, qui sort de l’ordinaire, et dans laquelle déambule un loser qui nous fait énormément du bien.
‘Personne’, de Pelaez et Grabowski chez Dargaud
Seul. Daniel Nikto se réveille seul dans le vaisseau spatial qui l’emmène sur Europe, un des satellites naturels de Jupiter. Et cette situation a tout pour l’inquiéter. En effet, à la sortie de sa capsule de sommeil, le commandant aurait dû être accueilli par les autres membres de l’équipage.
Mais en ce 182e jour de la mission Europa, l’énorme bâtiment qui transporte Nikto semble désespérément vide. Même l’ordinateur de bord ne sait pas où se trouvent les cinq autres scientifiques embarqués pour explorer et coloniser la lune de Jupiter.
Que s’est-il donc passé pour que les astronautes aient disparu ? Livré à lui-même, le commandant est partagé entre la nécessité de résoudre le mystère et la peur de découvrir la vérité.
‘Personne’ nous propose un thriller psychologique haletant, un récit à suspense dans un vaisseau spatial en route, comme dans le film de Stanley Kubrick, vers l’orbite de Jupiter. Tout le sel de l’histoire est le dévoilement progressif des circonstances qui ont conduit à cette situation de crise : Daniel Nikto a laissé derrière lui sa femme, avec qui il est en instance de divorce, et sa fille adorée, Enya.
De révélations en fausses pistes, Philippe Pelaez mène les lecteurs par le bout du nez jusqu’à la résolution finale. Le dessin réaliste de Guénaël Grabowski contribue grandement à planter une atmosphère oppressante à souhait. Car rappelez-vous, dans l’espace, personne ne vous entend crier.
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