par Emilie Geoffroy
23 avril 2026
Il y a des phrases qui reviennent comme des automatismes dans nos vies bien remplies. “Je verrai ça le mois prochain.” “Quand ce sera plus calme.” “Après cette période chargée.” Elles semblent raisonnables, presque organisées. Comme si repousser permettait de garder le contrôle. Mais en réalité, ce réflexe dit souvent autre chose : une charge mentale trop pleine, un quotidien qui laisse peu d’espace, et parfois une habitude silencieuse de passer après tout le reste. Et si le “mois prochain” devenait surtout un endroit où l’on dépose ce qu’on ne s’autorise pas à vivre maintenant ?
Repousser n’a rien à voir avec un manque de motivation. Psychologiquement, la procrastination est souvent un mécanisme d’évitement émotionnel. Le cerveau fait un calcul très simple : si une action demande de l’effort, de l’énergie ou génère une légère tension (décision, inconfort, peur de mal faire), il privilégiera l’option la plus “douce” immédiatement : ne pas y penser.
Ce soulagement est réel… mais court. Car ce qui est mis de côté ne disparaît pas. Il reste en arrière-plan, comme une tâche ouverte dans votre esprit. Et plus le temps passe, plus cette tâche peut devenir lourde, non pas parce qu’elle est complexe, mais parce qu’elle a été reportée.
On pense souvent que ce qu’on reporte relève de la logistique : “je n’ai pas eu le temps”, “je suis trop occupée”. Mais si vous regardez honnêtement, Janette, ce qui glisse au mois prochain est rarement neutre.
Ce n’est pas seulement ce dossier à traiter ou ce rendez-vous à prendre. C’est souvent :
Et ce point est important : dans une vie où tout s’enchaîne, ce qui concerne votre bien-être passe souvent en dernier. Pas par négligence, mais par réflexe d’adaptation.
Petit à petit, votre propre place dans votre agenda devient flexible. Tout le reste passe avant. Et le “plus tard” devient une zone confortable où l’on met ce qui ne trouve pas sa place dans le présent.
Le “mois prochain” joue un rôle intéressant : il agit comme une soupape mentale. Il permet de se dire que ce n’est pas “non”, mais “pas maintenant”. Cela donne une impression de maîtrise, sans confrontation immédiate.
Mais à force, cet espace devient un empilement. Les choses reportées s’accumulent, non pas dans votre agenda, mais dans votre tête. Et cette accumulation crée une forme de fatigue diffuse : celle de savoir que quelque chose attend, sans jamais l’avoir vraiment traité.
C’est souvent là que naît une sensation de décalage : une vie bien remplie, mais peu de place pour soi.
La question n’est peut-être pas “quand aurai-je le temps ?”, mais plutôt : “à quel moment est-ce que je me considère comme prioritaire dans ma propre vie ?”
Car ce qui est toujours repoussé n’est pas forcément ce qui est le moins important. C’est souvent ce qui n’est pas protégé dans l’agenda.
Et pourtant, rien ne change vraiment si ce n’est jamais le bon moment. Parfois, il ne s’agit pas de tout transformer, mais de commencer par une seule chose. Une action simple, concrète, qui sort du “plus tard” pour revenir dans le réel.
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